Gouvernance
Paroles de DSI : Sept certitudes numériques passées au vitriol
Par Thomas Chejfec, publié le 21 août 2026
Sept chroniques, sept certitudes numériques gentiment malmenées. Dans ses « Paroles de DSI », Thomas Chejfec, DSI d’une grande entreprise, regarde derrière les promesses du cloud, de l’IA ou de l’innovation pour révéler ce que l’entreprise préfère parfois ne pas voir. Retour sur ses tribunes publiées depuis le début de l’année 2026.
Il paraît que le numérique simplifie tout. C’est probablement pour cela qu’il faut désormais des architectes pour comprendre le cloud, des comités pour autoriser l’innovation, de l’IA pour rédiger nos pensées, des tableaux de bord pour mesurer notre sobriété et une DSI suffisamment diplomate pour expliquer que « tout, tout de suite » reste une architecture assez difficile à maintenir.
Depuis le début de l’année, Thomas Chejfec poursuit dans ses « Paroles de DSI » son exploration méthodique de ces petits arrangements avec nos certitudes numériques. Le progrès rend service, bien sûr. Mais il trace nos paiements, anesthésie parfois nos compétences, consomme davantage à mesure qu’on lui demande d’être plus sobre et finit même par banaliser les technologies censées nous donner de l’avance.
Quant à l’innovation, nous la voulons disruptive, audacieuse et rapide, à condition naturellement qu’elle ait rempli le formulaire, démontré son ROI et obtenu trois validations avant jeudi.
Derrière les provocations taquines et les critiques acidulées, le fil conducteur demeure sérieux et ancré dans le quotidien des DSI : la technologie ne dispense jamais de choisir. Choisir ce que l’on veut encore maîtriser, les compétences que l’on refuse d’abandonner, les risques que l’on accepte de prendre et, surtout, ce que l’entreprise est prête à remettre en cause chez elle. Retour sur les sept chroniques de Thomas Chejfec publiées depuis le début de l’année dans les colonnes d’IT for Business. Histoire d’occuper vos journées de vacances et de regarder le numérique légèrement de travers. C’est souvent sous cet angle qu’on distingue le mieux ses angles morts…
La fin du cash, la fin de l’angle mort
Le cash avait une fonctionnalité devenue presque exotique : permettre une transaction sans produire immédiatement quelques lignes de données pour raconter qui vous êtes, où vous étiez et ce que vous faisiez. La disparition de cet ultime angle mort ne pose donc pas seulement une question de paiement, mais de pouvoir : lorsqu’un intermédiaire contrôle l’infrastructure de tous nos échanges, la liberté finit elle aussi par devenir un paramètre configurable.
Le prix du « OUI » permanent
Une DSI qui dit toujours oui est certainement très populaire ; elle risque simplement de finir avec vingt priorités numéro un, une dette technique sympathique et plus personne pour décider laquelle abandonner. Dire non n’est donc pas empêcher le business d’avancer : c’est obliger l’entreprise à choisir ce qu’elle veut réellement faire, exercice curieusement moins séduisant que de tout déclarer stratégique.
Quand le cloud tue la compétence
Le cloud nous a débarrassés d’une quantité impressionnante de complexité, au point parfois de nous débarrasser aussi de la compétence nécessaire pour la comprendre. À force de savoir parfaitement consommer, provisionner et orchestrer ce que d’autres maîtrisent en dessous, la DSI peut découvrir un jour qu’elle n’a pas seulement externalisé ses serveurs, mais également une partie de sa liberté de décider autrement.
Non, l’IA ne nous rend pas idiots
Bonne nouvelle : l’IA ne nous rend pas idiots et nos présentations n’ont même jamais paru aussi intelligentes. Mauvaise nouvelle : lorsqu’elle fait progressivement à notre place l’effort qui permet précisément de comprendre, raisonner et arbitrer, nous risquons de devenir extraordinairement compétents… tant qu’elle reste branchée.
Pourquoi le numérique ne sera jamais sobre
Tout le monde souhaite un numérique sobre, à condition qu’il reste plus rapide, plus disponible, plus redondant, plus intelligent et, naturellement, capable de stocker absolument tout. Le problème n’est donc peut-être pas que l’IT consomme trop, mais qu’elle consomme exactement ce que nos usages exigent d’elle : la sobriété arrive généralement dans la conversation lorsque la dépendance, elle, est déjà installée.
L’innovation n’a pas à demander la permission
Les entreprises adorent l’innovation, surtout lorsqu’elle possède déjà un business case, un ROI incontestable, une gouvernance irréprochable et la preuve qu’elle fonctionnera avant même d’avoir été essayée. À force de vouloir supprimer le risque avant d’expérimenter, on obtient effectivement un environnement très sécurisé : notamment contre la possibilité qu’une idée nouvelle y survive.
En retard ou rattrapé
Quand tous les concurrents peuvent acheter les mêmes clouds, ERP, CRM et modèles d’IA, posséder la dernière technologie procure surtout l’immense avantage concurrentiel… de disposer de la même que tout le monde. L’avance durable se déplace alors ailleurs, vers ce qui se copie beaucoup moins facilement : une culture capable de remettre en cause ce qui fonctionne encore avant d’attendre que le marché lui explique que cela ne fonctionne plus.
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