En France, les grands acteurs informatique sont des intégrateurs alors qu’aux Etats-Unis, ce sont plutôt des éditeurs. Ces derniers auraient pourtant un rôle non négligeable à jouer dans le renouveau du numérique dans l’Hexagone.

Le renouveau du numérique passe par le développement des éditeurs français, y compris ceux qui offrent des services web.

« Citez-moi trois intégrateurs américains et trois éditeurs français. »

Faites le test : la plupart des ingénieurs informaticiens français sont incapables de répondre à cette question. A l’inverse, aucun problème pour citer des éditeurs américains ou des intégrateurs français. Et pour cause : les plus gros acteurs informatiques français sont des intégrateurs alors qu’aux Etats-Unis, ils sont éditeurs. Cette exception française gène le développement du numérique en France.

Les éditeurs créent plus de valeur

Premier enjeu, la balance commerciale : dans le domaine informatique, elle est nettement déficitaire à cause des grands éditeurs américains. L’open source s’est développé en grande partie en réaction à l’hégémonie de ces grands acteurs. Cependant, c’est une réponse défensive et insuffisante. Il faut aussi et surtout favoriser l’émergence d’éditeurs locaux pour tirer parti de l’innovation permanente(1) qui remet en cause les situations acquises.

Deuxième enjeu, l’emploi. Aujourd’hui, la délocalisation touche aussi le secteur des services : de nombreux pays comme l’Inde et la Chine forment des ingénieurs informaticiens. C’est une raison de plus pour développer les filières d’excellence que constituent les éditeurs. Les centres de décision des entreprises doivent être en France pour préserver l’emploi.

Troisième enjeu, la fiscalité. Les éditeurs réalisent de 20 à 25 % de bénéfice par rapport au chiffre d’affaires. Cependant les grands éditeurs étrangers sont passés maîtres dans l’art d’éviter les fiscalités locales. A ce titre les acteurs du web (Saas, Cloud) constituent un nouveau type d’éditeurs qui échappent davantage à la fiscalité locale. Il est intéressant d’envisager de nouvelles fiscalités(2), mais il faut surtout favoriser l’apparition de leaders d’origine locale.

« Je suis un éditeur logiciel, je ne suis pas un voleur »

Le prix d’un logiciel semble souvent arbitraire au client. On nous a enseigné que le prix d’un bien tendait vers son coût marginal de fabrication, à savoir zéro pour un logiciel qui ne coûte pratiquement rien à dupliquer. Ceci ne tient pas compte des coûts d’ingénierie qui deviennent prépondérants pour développer non seulement la première version du logiciel mais aussi toutes les versions suivantes qui sont nécessaires pour continuer à se démarquer de ses concurrents. La vraie valeur d’un logiciel est celle qu’elle apporte au client.

A l’inverse, un client ne voit pas trop d’inconvénient à payer pour une prestation de service ou de développement même si ces développements spécifiques s’avèrent souvent coûteux à maintenir et parfois inutiles.

Pourtant, lorsque les besoins clients sont similaires il serait plus économique de développer un progiciel générique plutôt que d’effectuer des développements spécifiques pour chaque client. Le poids excessif des intégrateurs empêche cette solution naturelle de s’imposer. Parfois les intégrateurs proposent de commercialiser ou d’offrir en open source le logiciel développé lors d’une prestation. Cela fonctionne rarement car un développement générique nécessite un travail différent et beaucoup plus coûteux notamment au niveau des spécifications, de l’architecture et du développement.

Éditeur, filière d’excellence

Chez les intégrateurs, les projets au forfait sont contraints par les ressources : en cours de projet, le prestataire doit parfois renégocier le périmètre fonctionnel pour que la qualité des développements n’en pâtisse pas. Chez les éditeurs, les projets sont contraints par la qualité ou par les fonctionnalités. Nombre d’ingénieurs informaticiens se désolent que la seule voie de progression de carrière soit la voie du management. La voie d’excellence technique existe pourtant chez les éditeurs.

Mon souhait n’est pas d’opposer éditeurs et intégrateurs : nous sommes des partenaires. Cependant, il est indispensable de comprendre les spécificités des éditeurs pour appréhender le rôle particulier qu’ils doivent jouer pour permettre un renouveau du numérique en France.

(1) http://pro.01net.com/editorial/585119/plaidoyer-pour-un-renouveau-du-numerique-en-france/

(2) http://www.economie.gouv.fr/rapport-sur-la-fiscalite-du-secteur-numerique

 

 Poursuivre la lecture avec les premier et troisième volets.

Vincent Bouthors

Vincent Bouthors