En s’offrant Tableau Software et son célèbre outil de self-BI, Salesforce renforce sa position face à Microsoft, SAP, Oracle ou Google et veut encourager ses utilisateurs à mieux tirer profit de la richesse de ses données CRM.

15,7 milliards de dollars pour Tableau ! Salesforce acquiert à prix fort le leader historique de la visualisation des données et de la Self BI. Pour Tableau, s’accoler à des grands acteurs du SaaS est une opération certainement salutaire à l’heure où la concurrence des solutions « nativement Cloud » telles que Qlick Sense, Domo et Power BI a rendu son marché plus complexe et concurrentiel.

Pour Salesforce, Tableau constitue un renforcement clé dans la visibilité et l’exploitation de ses riches données CRM par ses clients ainsi que dans la valorisation du potentiel de sa vaste plateforme à commencer par son moteur IA dénommé Einstein.

On le sait, Salesforce a prévu cette année de réaliser plusieurs acquisitions pour s’étoffer au-delà de son univers CRM. Tableau est sans conteste un gros morceau que l’éditeur n’a pour l’instant pas l’intention d’ingérer trop rapidement et compte opérer comme une entreprise indépendante. Rappelons que Salesforce avait déjà acquis, il y a un an, l’un des grands acteurs de l’intégration de donnée (iPaaS, APIM, etc.), MuleSoft, pour 6,5 millions de dollars. Avec désormais Tableau dans son escarcelle, Salesforce renforce sa position de plateforme de données centrale dans l’entreprise.

Surtout, cette acquisition confirme une tendance à la consolidation du marché de l’analytique. Mi-mai, Sisense absorbait la plateforme de décisionnel et de nettoyage de données Periscope Data. La semaine dernière, Google annonçait l’acquisition de Looker pour 2,6 milliards de dollars. Bref, le marché de la BI dans le cloud se concentre autour de grands acteurs et la concurrence s’intensifie alors que le marché gagne en maturité.

Comme le souligne Forrester, ce mariage reste cependant relativement risqué pour les deux entreprises. À un prix aussi élevé, Tableau est pour Salesforce une acquisition lourde qui nécessitera du temps et beaucoup d’effort pour aligner les stratégies et roadmaps. Pour Tableau, dont l’analytique CRM ne représente qu’une infime partie de ses revenus, toute la difficulté sera de préserver son hétérogénéité et ses clients hors CRM.

Enfin, cette acquisition ne sera probablement pas sans conséquence pour les entreprises et les DSI clientes d’au moins l’une des deux entreprises. Il y a aura probablement des optimisations de licences à jouer et une surveillance fonctionnelle à opérer à l’avenir pour tous ceux qui utilisent Tableau avec un CRM concurrent de Salesforce (on pense notamment à Dynamics 365) voire ceux qui utilisent Salesforce avec un outil de visualisation concurrent (Domo, PowerBI, Click Sense…).