Antoine Gourévitch
Directeur associé senior The Boston Consulting Group Paris

Si le nombre d’applications peut se multiplier avec le temps, il en va de même pour le nombre d’architectures technologiques – c’est à dire les combinaisons de matériels et de logiciels techniques. Cette inflation augmente la complexité et les coûts opérationnels de l’IT. Elle induit aussi une fragmentation qui empêche l’entreprise de réaliser des économies d’échelle a priori à sa portée. La cohérence de l’architecture technique conditionne donc l’efficacité de l’informatique d’une entreprise.

Pour la plupart des entreprises, le potentiel de réduction des architectures technologiques est vaste. Beaucoup peuvent, sans risque, diminuer de moitié leur nombre, avec pour conséquences des économies pouvant atteindre 15 % des coûts informatiques totaux. Un groupe industriel mondial en offre une bonne illustration. La stratégie de croissance de l’entreprise via des acquisitions a fait passer le nombre de ses applications à plus de 9 000 et le nombre de ses architectures technologiques à plus de 1 700. Cette variété d’architectures entravait la capacité de l’entreprise à tirer parti des effets d’échelle, de même que sa capacité à rapidement intégrer de nouvelles applications. Désireuse de rationaliser radicalement l’environnement, l’entreprise a examiné ses architectures technologiques, à la recherche de possibilités de standardisation. Elle a finalement décidé que sept architectures technologiques standards seraient suffisantes pour couvrir 80 % de ses besoins applicatifs. En appliquant ce degré de standardisation aux applications qu’elle hébergeait en interne, en augmentant la virtualisation et en encourageant une standardisation toujours plus grande chez ses fournisseurs, l’entreprise a pu réduire ses coûts d’infrastructures informatiques d’environ 40 % sur trois ans.

Un groupe d’assurances européen a mené une politique de rationalisation tout aussi efficace. Avec le temps, l’environnement des serveurs de l’entreprise (sur le modèle « une application, un serveur ») était devenu extrêmement complexe et inefficace. Résultat : même dans les périodes les plus chargées, la puissance de calcul n’était utilisée qu’à 15 %. En ne retenant que 20 architectures standards pour ses serveurs, l’entreprise a pu préparer son environnement IT à la virtualisation de ses systèmes. Cela lui a permis d’éliminer 83 % de ses serveurs physiques, de réduire de 22 % le coût total de ses serveurs et de se préparer à une bascule vers le cloud computing, qui lui ouvre de nouvelles perspectives d’économies.