Fort d’une stratégie écologique éprouvée sur son cœur de métier, le gestionnaire d’infrastructures de transport et de stockage de gaz en France et en Europe Teréga a décliné sa culture du développement durable à son IT.

En 2017, Teréga a lancé BE (Bilan Environnemental) Positif, un programme ayant à la fois pour objectif d’amener la société à la neutralité carbone en 2020, point d’étape qu’elle vient de franchir, et de créer de la valeur environnementale à horizon 2025. Ce programme est articulé autour de trois idées fortes : éviter, réduire et, enfin, compenser (quand éviter et réduire sont impossibles).

Toutes les activités du Groupe sont passées au filtre de BE Positif, la dimension Green IT ayant rejoint le programme début 2019. « Nous en avons fait un segment dédié du plan d’entreprise en réorganisant la DSI en Direction Transformation, Digitale et Performance et en mettant en place des indicateurs permettant de suivre note performance dans ce domaine. Parallèlement, nous avons commencé par mesurer nos impacts en consommation énergétique mais aussi du point de vue des ressources en eau, abiotiques, etc. afin d’élaborer un plan d’action IT », explique Laetitia Mahenc RSE de Teréga, en charge du programme BE Positif.

La société a ainsi identifié six grandes thématiques : terminaux, impression, code applicatif, centre de calcul, stockage et réseau. Dans un premier temps, elle s’est focalisée sur les leviers sur lesquels elle pouvait agir rapidement, à savoir les terminaux et les impressions.

Laetitia Mahenc
RSE de Teréga, en charge du programme BE Positif

La stratégie retenue pour les terminaux consiste à acheter du matériel haut de gamme qu’elle peut garder plus longtemps parce qu’il ne sera pas rapidement dépassé techniquement. « Typiquement, j’utilise un PC tactile acheté pourtant il y a plus de sept ans », souligne Laetitia Mahenc.
« Ce qui sous-entend aussi qu’au bout de cinq ans, il se peut que nous n’ayons plus de support mais c’est un choix que nous assumons, précise Jésus Viu, Responsable du Service Infrastructures Programmables de Teréga. Cela étant dit, nous avons renforcé notre démarche de virtualisation en l’étendant au poste de travail de façon à limiter les risques, avec notamment des Chromebooks, ce qui facilite notre démarche visant à prolonger la durée de vie de nos terminaux ».

Coté impression, la société a mis en place une stratégie astucieuse et ludique en faisant apparaitre des pop-ups à l’écran à chaque fois qu’une personne voulait imprimer :  » êtes-vous sur de vouloir faire ça ? parce que si vous imprimez vous allez générer un impact qui équivaut à X heures d’éclairage chez vous, 2 arbres coupés, etc ».
« Notre objectif était de sensibiliser parce que nous sommes persuadés que chacun dans l’entreprise a son rôle à jouer. Nous avions juste oublié le côté pratique : le pop-up apparaissait 5 secondes après que les gens soient partis à l’imprimante où il attendaient vainement leurs impressions. De fait, le pop-up bloquait la procédure tant qu’ils n’avaient pas confirmé. On apprend aussi en marchant et au final, malgré ce petit couac, nous avons réduit de manière significative notre consommation de papier et d’encre », raconte Leticia Mahenc.
Pour motiver ses troupes, Teréga a aussi lancé une sorte de concours ludique entre les services, le « winer » étant celui qui consommait le moins de papier.
Enfin, elle a mis en place des coffres-forts électroniques (notamment pour les fiches de paies) et adopté la signature électronique de DocuSign afin de faciliter la dématérialisation des processus internes mais aussi avec les partenaires et les clients. Résultat, en un an, la société a réduit ses impressions de 30%.

Jésus Viu,
Responsable du Service Infrastructures Programmables de Teréga

Si Teréga n’est pas sûr que son économie en papier compense le cout environnemental des ressources IT consommées par les traitements liés à la dématérialisation, la société entend bien apporter prochainement une réponse à cette équation épineuse. « En appui sur des données notamment fournies par notre prestataire de cloud AWS, nous co-développons avec Gekko un outil qui va nous permettre de faire le bilan carbone digital et faciliter l’aide à la décision dans notre trajectoire IT », explique Jésus Viu. Cet outil devrait aussi permettre d’optimiser la stratégie cloud adoptée par la société il y a trois ans pour réduire son empreinte environnementale numérique.

Teréga utilise des solutions SaaS et les clouds publics AWS et CGP, sélectionnés sur leurs outils et performances mais aussi sur leur stratégie Green IT notamment en termes d’utilisation d’énergies renouvelables pour alimenter les datacenters. « Intuitivement, nous sommes persuadés que le cloud est plus économique en ressources, ne serait-ce qu’en raison de son élasticité et parce que sur le cloud, on peut arrêter des environnements de développement ou de test quand on n’en a plus besoin alors que c’est plus difficile à faire en interne. Avec notre outil, nous le prouverons avec des chiffres et surtout nous ferons ressortir les axes d’amélioration continue », déclare le responsable du service infrastructure programmable.

Toujours en cours, la migration vers le cloud a été décidée pour agir sur les quatre derniers leviers identifiés par la société : centre de calcul, stockage, réseau et code applicatif.
Pour ce dernier volet, la société a profité de la migration pour adopter de nouvelles pratiques.  La société a ainsi « réusiné » ses applications en Serverless: « Avec le Serverless, les développements sont découpés en tout petits services qui sont activés uniquement quand l’application en a besoin, explique Jésus Viu.  Du coup, la consommation en ressources est forcément réduite. Nous avons été un peu ambitieux au départ en voulant refactorer toutes nos applications en Serverless. Pressés par le temps, nous en avons transposé une partie à l’identique et la différence entre les deux approches s’est tout de suite vue : le Serverless est nettement moins consommateur de ressources ». Parallèlement, la société challenge aussi ses développeurs sur les ressources qu’ils utilisent de façon à les amener à travailler différemment.

Enfin, ces différentes transformations ont été possibles parce que Teréga pratique la culture de l’essai, donnant sa chance à toutes les idées. « Nous avons dû faire des choix parfois difficiles à valoriser mais ils s’avèrent plus durable dans le temps », conclut Laetitia Mahenc.

Retrouvez sur ITforBusiness.fr, notre série d’articles sur le Green IT :

Saison 2021 :

Episode 01 : Teréga en action sur tous les fronts du Green IT

Saison 2020 :

Episode 01 : Mesurer l’empreinte environnementale du numérique
Episode 02 : Une IT plus responsable grâce à l’écoconception
Episode 03 : Embarquer les utilisateurs dans une démarche Green IT
Episode 04 : Green IT, une source d’économies et d’innovation
Episode 05 : Stratégie GreenIT : Bien peser le choix du matériel
Episode 06 : Maîtriser la fin de vie de son matériel IT
Episode 07 : La société de la Tour Eiffel fait confiance à Sextant pour optimiser son efficacité énergétique
Episode 08 : 25 mesures sénatoriales pour une société numérique plus verte
Episode 09 : Le dur métier des DSI de « smart city »
Episode 10 : Un algorithme pour optimiser l’éco-conception d’un site