Data / IA
IA dans le BTP : un potentiel largement sous-exploité
Par Xavier Biseul, publié le 24 mars 2026
Moins de 10 % des entreprises du secteur recourent à des solutions d’IA. Les cas d’usage se concentrent sur l’automatisation des tâches administratives, alors que les réels gains de productivité portent sur la planification des chantiers ou la gestion des risques.
Considéré comme l’un des secteurs d’activité les plus hermétiques au numérique, le BTP entre difficilement dans l’ère de l’intelligence artificielle.
Mais alors que les usages demeurent pour le moment limités, son potentiel de transformation est, en revanche, bien réel selon une étude de l’Observatoire des métiers du BTP, réalisée par le cabinet Plein Sens, auprès de 621 dirigeants.
Moins de 10 % des entreprises interrogées déclarent utiliser des solutions d’IA, mais 36 % envisagent leur déploiement dans les années à venir. Avec, comme toujours, un effet de taille. Environ, la moitié des PME et grandes entreprises se projettent dans l’adoption de l’IA, contre moins de 30 % des TPE.
Pour quels cas d’usage ? L’étude montre que l’IA générative est avant tout utilisée par les fonctions supports comme un assistant à la rédaction et à la synthèse documentaire, pour répondre aux appels d’offres, automatiser des tâches administratives ou rédiger des offres d’emploi.
Les réels gains de productivité sont pourtant à chercher ailleurs et, en particulier, dans la planification des chantiers et les gestions de projet. En analysant en temps réel l’état d’avancement d’un chantier, les conditions météorologiques ou la disponibilité des ressources, l’IA peut en effet permettre d’anticiper les retards potentiels et réajuster automatiquement les plannings.
Elle peut également jouer un rôle stratégique dans la gestion des risques. « En s’appuyant sur l’analyse des historiques de sinistres ou d’aléas, elle permet de révéler les facteurs de fragilité d’un projet, qu’il s’agisse d’un retard fournisseur, d’un incident technique ou d’un défaut d’approvisionnement », avance l’étude.
Une fois le projet validé, l’IA peut, dans la phase de conception, « générer des esquisses ou des plans détaillés en se basant sur des paramètres prédéfinis, voire déceler des erreurs de conception en comparant le projet à des bases de données de bâtiments similaires. »
Elle est également capable d’analyser un plan ou une maquette en 3D « afin d’identifier les incohérences ou erreurs susceptibles d’engendrer des reprises coûteuses une fois le chantier lancé ».
Mais l’adoption de l’IA ne doit pas s’arrêter aux cols blancs des bureaux d’études. Sur le terrain, le chef de chantier devient un « data manager local » qui surveille des tableaux de bord numériques, intègre les alertes remontées par l’IA pour briefer ses équipes. Sa fonction tend à devenir plus analytique, l’IA lui fournissant des indicateurs pour cibler les points bloquants ou les non-conformités.
Son déploiement dans le BTP se heurte toutefois à des freins à la fois technologiques, économiques, organisationnels et culturels. Les solutions d’IA ne sont pas toujours adaptées aux réalités de terrain et offrent une faible interopérabilité avec les logiciels existants. Leur coût d’acquisition peut, par ailleurs, se révéler rédhibitoire pour les petites structures.
Mais c’est avant tout sur le volet RH que le bât blesse avec un vieillissement des salariés et des dirigeants, et une faible acculturation au numérique de la profession. « L’expérience du BIM l’a montré : sans standardisation, formation et accompagnement, la technologie seule ne transforme pas les métiers, d’autant plus lorsqu’elle est coûteuse à déployer. »
Sur ce dernier point, l’Observatoire des métiers du BTP propose, entre autres initiatives, de dispenser des sessions de sensibilisation aux dirigeants de TPE-PME et de mettre à leur disposition des ressources pédagogiques sectorielles (fiches, vidéos, cas d’usage), facilitant une première appropriation. Il suggère également de concevoir un parcours de formation « IA & données pour le BTP », dans le prolongement de la certification professionnelle « CléA Numérique ».
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