ChannelScope
De la TPE au CAC 40, Synology assemble une offre matérielle et logicielle complète
Par Vincent Verhaeghe, publié le 04 mai 2026
À l’occasion de la nomination récente de Chad Chiang à la tête de sa filiale européenne et du lancement officiel du PAS 7700, Synology a réuni la presse française pour une conférence aussi dense que stratégique. Au menu : un nouveau serveur de stockage NVMe haut de gamme, un système d’exploitation dédié aux entreprises, deux briques de collaboration appelées à concurrencer Microsoft 365 et une console IA inédite. Le tout chapeauté par un discours assumé sur la souveraineté des données.
La nomination de Chad Chiang en début d’année donne le ton. Désormais en charge de l’Europe, le dirigeant a profité de la conférence pour aligner les indicateurs de traction de la marque sur le Vieux Continent. Synology revendique aujourd’hui 80 % des entreprises du CAC 40 parmi ses clients, plus de 500 000 sites protégés via ses applications et 400 exaoctets de données sous gestion via ActiveProtect, sa plateforme de sauvegarde dédiée. « Si vous voulez héberger vos données chez vous, sans payer d’abonnement, sans dépendre de qui que ce soit, Synology est aujourd’hui une marque de confiance établie sur ce marché », souligne Chad Chiang. La cible s’étend dédormais de la TPE à la DSI des grands comptes, et Synology n’hésite plus à citer NetApp ou Everpure parmi ses concurrents directs.
Le constructeur assume ainsi son positionnement : se présenter comme une alternative de confiance, à la fois éloignée des hyperscalers américains et indépendante des acteurs chinois. Un argumentaire qui porte d’autant mieux que les DSI des groupes européens ont entamé un mouvement de fond depuis deux ans, et que les acteurs taïwanais en récoltent mécaniquement les fruits. Pour le channel, le message est clair : la marque dispose désormais des références et du discours nécessaires pour se positionner sur des projets jusque-là inaccessibles.
L’offensive productivité on-premise face aux hyperscalers
« On a confié la majorité de nos données à des hyperscalers américains sans trop se soucier des conséquences », lâche d’emblée Ivan Lebowski, Sales Team Leader chez Synology France. Un constat qui sert de rampe de lancement à toute la stratégie logicielle présentée ensuite. Synology Office, déjà disponible depuis dix ans, monte d’un cran avec des arguments qui résonnent favorablement aux oreilles des entreprises : pas de frais de licence, aucune limite au nombre d’utilisateurs, versionning illimité des fichiers, large support des formats bureautiques ouverts et propriétaires et hébergement local sur le NAS du client, avec possibilité de gérer des sauvegardes en ligne sur des services tiers ou sur le service C2 propre à Synology.
L’offre collaborative s’enrichit surtout de deux annonces majeures. Synology ChatPlus, successeur du chat historique de la marque, et Synology Meet, sa première solution de visioconférence intégrée, viennent compléter la suite. Selon les modèles de NAS retenus, ChatPlus peut gérer jusqu’à 10 000 utilisateurs et Meet accueillir 7 000 participants simultanés en visio. Surtout, ces deux briques sont commercialisées sous forme de licences perpétuelles : un achat unique, sans abonnement récurrent, à rebours des modèles SaaS dominants. Synology proposera un outil de migration automatique depuis l’ancien Chat. MailPlus, le serveur de messagerie devant concurrencer Outlook, s’enrichit pour sa part de fonctionnalités IA pour résumer, traduire ou rédiger directement depuis l’interface.
Pour les revendeurs, la proposition de valeur reste à établir sur cette partie logicielle. Face à des clients de plus en plus échaudés par les hausses tarifaires de Microsoft 365 et de Google Workspace, Synology offre certes un modèle CAPEX amortissable, mais une fois les licences vendues, il faudra trouver des pistes pour proposer du service additionnel sur ces outils logiciels.

Ivan Lebowski, Sales Team Leader chez Synology France
L’IA encadrée comme nouvel argument commercial
Synology pousse également ses pions sur le terrain de l’intelligence artificielle, mais avec une approche qui tranche avec celle des hyperscalers. Le constructeur cible explicitement le phénomène de Shadow AI, ces usages individuels par les salariés d’IA grand public par des collaborateurs qui exposent les données confidentielles des entreprises. La parade s’appelle la console IA, déjà déployée et appelée à monter en puissance.
Son principe est inhabituel. Plutôt que d’envoyer brutalement les requêtes utilisateurs vers les services d’IA externes, le NAS analyse au préalable le contenu et masque automatiquement les données sensibles : noms propres, adresses mail, numéros de téléphone, montants. Le service IA externe ne reçoit donc jamais d’information confidentielle. Lorsque la réponse revient, le NAS réinjecte les données masquées avant de la présenter à l’utilisateur. Une mécanique qui, sur le papier, réconcilie usage de l’IA générative et conformité.
Synology va plus loin en annonçant deux développements à court terme. Certains modèles de la série Enterprise pourront accueillir un GPU externe pour exécuter localement des fonctions de recherche sémantique en langage naturel, d’OCR, de reconnaissance d’image et de transcription audio. En parallèle, le constructeur prépare une connexion native à un serveur LLM déployé sur site, via API compatible OpenAI. De quoi ouvrir aux clients la voie d’une IA entièrement souveraine, sans aucune sortie de données du périmètre de l’entreprise.
PAS 7700, la montée en gamme assumée
Reste la pièce maîtresse de cette conférence : le PAS 7700, dont la sortie est officiellement programmée pour le 20 mai. Synology ne s’en cache pas, l’objectif est désormais d’aller chercher Everpure et NetApp sur leur propre terrain. La fiche technique a de quoi crédibiliser la démarche. Architecture full NVMe de bout en bout, châssis 4U embarquant 48 disques extensibles à 216 via les unités PAX224, processeur AMD à 24 cœurs, 64 Go de RAM en standard et jusqu’à 1 To en option, deux ports 10 GbE auxquels peuvent s’ajouter quatre ports 100 GbE via cartes additionnelles. Le constructeur revendique 30 Go/s de débit, plus de deux millions d’IOPS et une latence inférieure à la milliseconde. Sur une charge SQL mixte, les performances annoncées sont triplées par rapport au précédent serveur full-flash phare de la marque.
Côté fiabilité, le PAS 7700 mise sur une architecture dual contrôleur avec bascule en 5 à 10 secondes en cas de défaillance, une déduplication en ligne et post-traitement (jusqu’à 5 sur 1 selon les charges), un tiering hot/cold avec algorithmes prédictifs, des snapshots immuables, des dossiers WORM, des disques SED autochiffrants et la prise en charge du NVMe over Fabrics. L’isolation entre ports de management et ports de données complète la copie, dans une logique clairement orientée datacenter d’entreprise.
Un OS dédié aux grandes entreprises
L’OS de la machine ne sera pas DSM mais bien DSM Enterprise, une déclinaison spécifique dédiée à la gamme PAS. La feuille de route prévoit dans un premier temps les briques stockage et sauvegarde (Hyper Backup, Active Protect, Synology Drive, Synology Office), avant l’ajout progressif des autres composants de la suite collaborative. Pour les partenaires habitués au DSM grand public, la marche à franchir est réelle : DSM Enterprise impose une autre logique projet, des compétences storage plus pointues et une posture de conseil d’infrastructure.
Synology prépare déjà la suite avec le PAS 3600, prévu pour le quatrième trimestre 2026. Architecture identique au PAS 7700 sur le plan de la redondance, mais bâtie sur du SATA pour proposer un point d’entrée plus accessible en termes de coût, alors que les prix du stockage flash s’envolent. Le châssis 4U n’embarquera cette fois que 12 disques. « Nous sommes bien conscients que tout le monde ne pourra pas s’offrir une appliance comme le PAS 7700, mais l’arrivée en fin d’année du PAS 3600 n’est pas liée à un changement de stratégie pour offrir une alternative face à la hausse des prix. Ce produit était prévu dans notre roadmap », précise d’emblée Ivan Lebowski.
Une bascule à accompagner
L’addition de toutes ces annonces dessine une trajectoire claire. Synology ne se contente plus de défendre ses positions sur la PME ou le mid-market : la marque ouvre un front simultané sur le stockage haut de gamme, la productivité d’entreprise et l’IA souveraine. Pour le channel français, l’enjeu n’est plus de revendre des NAS au catalogue mais de structurer des projets d’infrastructure complets, avec ticket moyen et marges supérieures à la clé. À condition pour les partenaires de monter rapidement en compétences sur les architectures critiques.
Image d’ouverture retouchée avec l’aide de Gemini
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