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Un an après sa sortie du giron Koesio, Heliaq unifie son cloud et renforce sa direction

Par Vincent Verhaeghe, publié le 30 avril 2026

Portée par une acquisition par trimestre et une offre cloud rebaptisée Prism, l’ESN bordelaise Heliaq, avatar de la branche corporate de Koesio, structure sa seconde année d’indépendance. Nouveau directeur général délégué pour Heliaq Solutions, plateforme cloud unifiée, rapprochement avec Infomaniak : Clément Lacorre, directeur marketing opérationnel, détaille une feuille de route dictée par la consolidation.

La scission opérée au printemps 2025 a redessiné les contours du groupe Koesio et de son entité Koesio Corporate IT. Rebaptisée Heliaq, elle est détenue à 51 % par le fonds Chevrillon, 20 % par Arkéa Capital, 20 % qui restent propriété de Koesio, et les 9 % restants reviennent à la direction générale et aux managers. Derrière cette bascule capitalistique, une ligne de partage commerciale nette. « Koesio reste sur sa cible de TPE et PME, tandis qu’Heliaq se concentre sur les ETI et les grands comptes du secteur privé et du secteur public », résume Clément Lacorre, directeur marketing opérationnel d’Heliaq (à droite sur la photo). Le portefeuille inclut déjà plusieurs conseils départementaux, la SNCF, Artemis, le groupe Ramsay, Carrefour Proximité, et des référencements sur des centrales d’achat régionales et nationales comme le Resah. Philippe Goubert (au centre sur la photo) préside l’ensemble, Éric Julien (à gauche) en assure la direction générale depuis le siège bordelais.

Un nouveau directeur général délégué pour la partie services

L’architecture interne distingue deux entités. Heliaq porte les environnements de travail et les infrastructures, Heliaq Solutions concentre le cloud, la cybersécurité et l’ensemble des services managés pour le groupe. C’est cette filiale MSP qui accueille un nouveau directeur général délégué : Stéphane Caumont, arrivé de Cheops Technology, un des grands concurrents d’Heliaq. Rattaché à Éric Julien, il hérite de trois missions clairement identifiées. D’abord consolider l’intégration des sociétés acquises ces dernières années. Ensuite développer Prism, la plateforme cloud tout juste unifiée. Enfin renforcer l’offre cybersécurité autour du SOC et du micro-SOC.

Le 1er avril 2026 a marqué la clôture du premier exercice complet d’Heliaq en entité autonome. L’héritage était conséquent avec pour l’exercice précédent 350 millions d’euros de chiffre d’affaires, 720 collaborateurs et 26 agences. Douze mois plus tard, le compteur affiche 370 M€ (en hausse de 15 %), trois nouvelles agences et une quatrième acquisition déjà enregistrée. Avec comme point d’orgue la mise en œuvre d’une plateforme cloud. « Dans un contexte de croissance du groupe, nous annonçons le lancement de la plateforme Prism portée par Heliaq Solutions, avec un objectif de 200 clients d’ici la fin de l’année », indique Clément Lacorre.

En provenance de Cheops Technology, Stéphane Caumont vient de rejoindre Heliaq pour prendre en charge la direction de la partie Solutions du groupe couvrant les services managés, le cloud et la cybersécurité.

Prism, l’héritage Quadria remis à plat

Le lancement de Prism tient davantage du principe de rationalisation que du pur effet d’annonce. « Les solutions cloud, ce n’est pas nouveau du tout chez nous. Historiquement, avant d’être Koesio Corporate IT, nous étions  Quadria qui était déjà actif sur le cloud dans les années 2000 », rappelle Clément Lacorre. Prism agglomère ainsi les briques héritées de Quadria, mais aussi d’Aviti et de CIS Valley, trois sociétés intégrées au fil des années. Le ménage s’imposait : le groupe opère aujourd’hui dans douze data centers, un chiffre que la direction juge excessif et qu’elle entend rationaliser pour optimiser les coûts, en interne comme côté client.

La plateforme propose trois niveaux, articulés autour de la criticité des applicatifs métiers. Le cloud privé Heliaq, hébergé dans des sites qualifiés dont certains en HDS pour la santé à Bordeaux, accueille ce qui doit être souverain ou certifié. L’hybridation avec les hyperscalers s’applique aux charges qui l’exigent, typiquement pour des clients privés opérant à l’international. Enfin l’on-premise reste dans la boîte à outils quand il s’agit de certains environnements Oracle ou IBM.

La plateforme intègre aujourd’hui HyperV et VMware, et accueillera très prochainement Proxmox. « On met les œufs au bon endroit », formule Clément Lacorre, qui assume une approche de souveraineté à la carte plutôt qu’un discours radical. « L’approche de type Cloud Temple, ce n’est pas forcément celle qu’on souhaite adresser. Ce sont des coûts énormes, qui ne s’adressent pas à la même typologie de client. »

Côté poste de travail, Heliaq a noué un partenariat avec Infomaniak pour proposer une alternative française et européenne à la suite Microsoft. L’hébergeur suisse fournit une suite collaborative décorrélée de l’écosystème Redmond, mise à disposition des clients qui veulent sortir de Microsoft 365 sans renoncer à leurs usages. Azure reste toutefois proposé pour les clients privés qui le réclament, notamment lorsqu’ils travaillent à l’international.

IA interne, IA client : deux chantiers distincts

Sur l’intelligence artificielle, Heliaq opère sur deux fronts. En interne, l’ESN utilise Copilot pour les gains de productivité classiques, et intègre des LLM spécialisés dans ses outils opérationnels. ServiceNow, colonne vertébrale du ticketing, a été agrémenté d’une couche IA pour accélérer la résolution des incidents. La même logique s’applique au SOC, où l’IA qualifie les alertes, distingue les faux positifs des vraies menaces et aide les équipes techniques à dimensionner leurs interventions. 

Côté offre de services, l’ESN capitalise sur son partenariat avec Nvidia, qui lui a valu le titre de Rising Star France décerné par le fondeur américain. Elle a également remporté récemment deux prix Dell, l’un sur l’IA, l’autre sur le développement workplace. Les projets client remontent des cas d’usage concrets. L’un d’eux, tourné en vidéo, concerne Meddenovo, une biotech française spécialisée dans la recherche de molécules curatives pour le cancer avant revente aux industriels pharmaceutiques. Contraint par des enjeux de souveraineté et de secret industriel, le client a fait installer par Heliaq une infrastructure GPU Nvidia dans les data centers opérés par l’ESN. « Ils gèrent 20 programmes au lieu de deux en simultané », détaille Clément Lacorre.

Précision revendiquée par la direction : Heliaq ne se transformera pas en éditeur. « On n’est pas SaaS, on n’est pas éditeur, ce n’est pas notre cœur de métier. On est plutôt là pour faciliter et infogérer tout ça », tranche Clément Lacorre. Le positionnement MSP reste le cap.

Quatre acquisitions en un an, une responsable M&A à la barre

Même séparé du groupe Koesio, Heliaq a hérité de son gène de croissance externe. Quatre opérations ont été bouclées depuis le lancement d’Heliaq, soit un rythme d’une acquisition par trimestre. La plus récente concerne Kaistos, petite entreprise francilienne spécialisée exclusivement sur l’infrastructure, rachetée pour sa dizaine de clients et son savoir-faire. L’intégration des sociétés Protego (cybersécurité) et Upinfo (cloud et cyber) a également structuré l’exercice 2025.

Pour soutenir la cadence, Heliaq vient de recruter une responsable M&A qui rejoindra le siège bordelais dans les prochaines semaines sous l’autorité directe d’Éric Julien. Un dossier significatif serait dans les tuyaux sans que la direction ne puisse en dire davantage à ce stade. « On est toujours en recherche active sur la croissance externe », confirme Clément Lacorre. La cible privilégiée reste le cloud et la cybersécurité, le volet environnement de travail étant jugé suffisamment armé.

Reste la question de la digestion. Heliaq revendique une structure groupe mature, des process et des outils stabilisés, une offre de services en cours de simplification pour gagner en lisibilité. De quoi absorber sans friction des structures de petite taille, mais la hiérarchie n’ignore pas que chaque opération mobilise les équipes d’intégration. Avec 720 collaborateurs, l’ESN joue désormais dans la cour des grands.


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