Googlebook veut réinventer le PC avec Android et Gemini mais oublie encore quelques détails pour convaincre les DSI

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Les Googlebooks sont officiellement lancés mais le plus dur reste à faire… Convaincre.

Par Laurent Delattre, publié le 22 septembre 2026

Avec Googlebook et son nouveau Googlebook OS, Google ne lance ni un Chromebook de luxe ni un simple Android « agrandi ». Le géant américain tente en réalité de créer une troisième voie face aux PC Windows et aux Mac, en faisant d’Android le socle d’un véritable ordinateur personnel pensé spécifiquement pour l’IA. Techniquement séduisante, l’équation l’est beaucoup moins lorsqu’on la regarde depuis la DSI : l’IA n’est pas prête pour l’Europe, l’écosystème applicatif reste à construire et, surtout, l’un des grands arguments historiques de ChromeOS (sa gestion de flotte d’une simplicité redoutable) n’a pas encore totalement franchi le Rubicon.

Il aura fallu quinze ans à Google pour reconnaître implicitement que le Chromebook avait une tare : ChromeOS avait été formidablement pensé pour un monde où presque tout finirait dans le navigateur. Ce monde est largement arrivé mais les utilisateurs n’ont néanmoins jamais abandonné leur appétence pour les applications locales, tout comme les développeurs ne peuvent toujours pas se passer d’un vrai terminal, les créatifs de Photoshop et les entreprises de leurs vieilles applications ancestrales.

Bref, les utilisateurs ont toujours préféré Android et ses Apps à Chromebook et son navigateur Web.

Googlebook OS est une implémentation native d’Android pour le format PC et l’IA, sur laquelle Google a greffé les couches « Desktop » de ChromeOS.

Hier soir, ses partenaires OEM ont officiellement lancé les précommandes des premières machines. Disponibles en France à partir de 1 099 euros début octobre, les premiers modèles sont signés Acer, Asus, Dell, HP et Lenovo, autant de partenaires de longue date de Microsoft mais aussi de Google sur les Chromebooks. Et c’est probablement le premier écueil que Google n’a pas su éviter. Les machines « Googlebook » ressemblent furieusement aux modèles Windows équivalents, ne se différenciant que par la petite barre lumineuse sur le capot, seule vraie marque distinctive de l’univers Googlebook.

Googlebook n’est pas un nouveau Chromebook

Le Chromebook était et reste (tout au moins pour l’instant avant une disparition progressive) une machine ChromeOS, essentiellement cloud-first, optimisée pour le Web, simple, sécurisée et relativement peu exigeante matériellement.

Googlebook vise beaucoup plus haut : écran forcément tactile, 16 Go de mémoire minimum, processeurs Intel Core Ultra Series 3 ou Snapdragon X Elite, NPU dépassant 45 TOPS, matériaux premium et jusqu’à dix ans de mises à jour.

Et contrairement à Chromebook, Googlebook exécute nativement les applications Android, conserve un véritable navigateur Chrome « desktop » avec toutes ses extensions, accueille des applications adaptées, comme Photoshop, Lightroom ou CapCut et propose même nativement un environnement Linux isolé derrière un hyperviseur pKVM.

Surtout, contrairement au Chromebook, le Googlebook se veut l’extension naturelle du smartphone Android et inversement. C’est même l’argument numéro 1 avancé par le marketing de Google devant la très forte intégration de l’IA Gemini.

Googlebook favorise la continuité des expériences PC-mobiles avec notamment des applications projetées à l’écran (par casting), des fichiers accessibles directement et la reprise d’une activité d’un appareil à l’autre.

Google essaie en somme de faire pour Android ce qu’Apple a construit depuis longtemps entre iPhone et Mac.

 

Le Googlebook est pensé pour l’ère de l’IA

Néanmoins la vraie rupture recherchée et revendiquée par Google est ailleurs : le Googlebook n’a pas simplement été conçu pour faire tourner de l’IA, il est pensé autour d’elle. Google parle même du passage d’un « operating system » à un « intelligence system ».

Tous les modèles embarquent ainsi un NPU dépassant les 45 TOPS et Gemini est intégré directement à l’environnement de travail (attention toutefois, les Googlebooks n’offrent qu’une seule année gratuite d’abonnement à Google AI).
Le nouveau Magic Pointer (le curseur souris augmenté des Googlebooks qui s’active d’un raccourci clavier ou d’un mouvement de souris) peut invoquer Gemini sur ce qui est affiché à l’écran (texte, image ou contexte) sans passer par une application séparée.
La dictée vocale améliorée transforme une prise de notes orale en texte structuré, synthèses ou listes d’actions.

La fonction native « Créer mon Widget » permet de fabriquer un widget personnalisé simplement en décrivant en langage naturel ce que l’on souhaite afficher sur son bureau. Suivre un déplacement, les résultats d’une équipe sportive, le compte à rebours avant un événement ou informations métier : Gemini génère directement l’interface correspondante, sans demander à l’utilisateur de coder quoi que ce soit. Techniquement, Google s’appuie sur sa technologie Antigravity et sur RemoteCompose, le nouveau moteur de widgets d’Android, capable de produire des interfaces adaptatives et redimensionnables.
Chez IT for Business on parie que cette fonction ne sera anecdotique ni pour le grand public où chacun pourra se faire sa mini app perso, ni pour l’entreprise où il est facile d’entrevoir la prolifération de mini-tableaux de bord, suivis de KPI ou vues opérationnelles générés à la demande. Reste évidemment à savoir jusqu’où une DSI pourra encadrer leur création, leurs sources de données et les droits d’accès associés. Un point qui reste largement à éclaircir.

Sans oublier la présence d’un vrai terminal Linux qui permet aussi d’exécuter des outils d’IA pour développeurs, comme Claude Code ou Antigravity.

Le pari est « IA » intéressant, mais pas totalement différenciant : les PC Copilot+ imposent déjà des NPU de plus de 40 TOPS et Apple a lui aussi profondément enfoui ses modèles dans macOS et Apple Intelligence. La différence tient donc moins à la présence de l’IA qu’à la place qu’elle occupe dans l’interface des Googlebook. Google veut faire de Gemini une couche transversale capable de comprendre ce que l’utilisateur regarde et fait, plutôt qu’un chatbot supplémentaire épinglé dans la barre des tâches. C’est intéressant mais, pour l’instant, on reste plutôt sur notre faim. Sans compter que certaines fonctions comme « Créer un widget » ne seront pas disponibles au lancement en Europe. On attendait mieux et plus de Google.

Reste une question essentielle aux réponses encore absentes : quelle part de cette intelligence sera réellement exécutée localement, quelles données partiront vers Gemini dans le cloud et, surtout, jusqu’où les administrateurs pourront-ils contrôler ces fonctions ? Pour l’instant, tout à l’air essentiellement de s’appuyer sur le Cloud Google et le NPU a l’air aussi peu exploité qu’il ne l’est sur les Copilot+ PC sous Windows.

Un écosystème applicatif aux abonnés absents

Le principal problème des Googlebooks est que l’actuel parc applicatif Android est inadapté aux grands écrans et au fonctionnement PC. Il suffit pour s’en persuader de voir comme les applications smartphones s’adaptent déjà mal aux tablettes.

 Google demande désormais aux développeurs Android d’adapter leurs applications au clavier, à la souris, au multifenêtrage et aux grands écrans. Mais l’obligation d’optimisation Googlebook de son programme Apps Experience n’entrera d’ailleurs pleinement en vigueur que le 1er mars 2027. Une manière assez claire de reconnaître que l’écosystème n’est pas du tout prêt au jour du lancement. Et qu’il lui faudra du temps.

Pour l’entreprise, une plateforme étrangement prometteuse

Bien sûr, les Googlebooks ne sont pas compatibles avec l’existant applicatif Windows ou macOS. Et cela reste un handicap dans bien des organisations.

Pourtant, Googlebook pourrait trouver sa place dans les entreprises plus vite qu’on ne l’imagine.

Pour un collaborateur qui vit déjà dans Chrome, Microsoft 365 SaaS, Salesforce, ServiceNow, Teams, Slack ou Google Workspace, le déficit applicatif devient beaucoup moins dramatique. À l’inverse, l’accès natif au gigantesque parc Android, le terminal Linux et la proximité avec les smartphones professionnels ouvrent des scénarios auxquels ChromeOS répondait imparfaitement.

La sécurité mérite également l’attention : racine de confiance Titan, architecture héritée de ChromeOS, détection locale des malwares et environnement Linux virtualisé. Google promet en outre dix ans de mises à jour.

Reste néanmoins un énorme « mais »…

Mais où est passée la magie de l’administration Chromebook ?

Le Chromebook avait convaincu certaines DSI moins par ses applications que par sa Google Admin Console. Enrôlement, politiques de sécurité, applications autorisées, certificats, effacement à distance, kiosques, mises à jour : ChromeOS Enterprise Upgrade transformait la gestion de milliers de postes en exercice presque banal. Cette mécanique continue d’ailleurs d’exister pour les Chromebooks actuels.

Sur Googlebook, Google promet bien une administration combinant Google Admin Console et solutions tierces. Mais il parle lui-même d’une transition « progressive » sur plusieurs années et promet encore de fournir « plusieurs voies » permettant aux entreprises de migrer vers la nouvelle expérience. Un vocabulaire des plus révélateurs : la parité administrative avec ChromeOS n’est pas encore là.

Des éditeurs MDM commencent déjà à annoncer un support préliminaire, signe que l’écosystème se met en place, mais aussi qu’il reste à construire.

C’est finalement tout le paradoxe du Googlebook. Google vient peut-être de résoudre le principal défaut du Chromebook en lui donnant un véritable écosystème applicatif (celui d’Android) et une ambition de PC premium pensé pour l’ère agentique. Mais, ce faisant, il abandonne le terrain extraordinairement balisé qui faisait de ChromeOS un objet si rassurant pour la DSI.

Googlebook OS ressemble déjà davantage à un vrai PC. Mais il lui reste bien du chemin à parcourir avant de devenir le vrai poste de travail d’entreprise de l’ère de l’IA.

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