Ce que les DSI doivent retenir de la conférence Google I/O 2026 et l'IA grand public de Google

Data / IA

Google I/O 2026 : Google installe Gemini et Search au cœur de l’ère agentique

Par Laurent Delattre, publié le 20 mai 2026

Google I/O 2026 marque un basculement stratégique : l’IA n’est plus seulement une fonction ajoutée à Search, Workspace, YouTube ou Android, elle devient la couche d’exécution de tout l’écosystème Google. Avec Gemini 3.5 Flash, Gemini Omni, Spark, Antigravity, AI Search et Universal Cart, Google veut transformer ses milliards d’utilisateurs en utilisateurs quotidiens d’agents IA.

Google I/O était historiquement la grande conférence développeurs de Google, l’équivalent maison d’une WWDC d’Apple : un rendez-vous destiné à présenter Android, les API, les outils de développement, les services web et les grandes orientations techniques du groupe. Mais depuis trois ans, elle est devenue la vitrine des innovations IA grand public de la firme américaine. Au point que certains l’ont renommé « Google A/I ». Et l’édition 2026 confirme cette mutation tout en exposant à la face du monde la maturité de la vision de Google et sa capacité à dicter l’agenda des innovations autour des expériences connectées mobiles, du Web, de la recherche Web, du e-commerce.

En 2026, Google est entré dans ce que Sundar Pichai appelle l’« ère Gemini agentique ». Autrement dit, le moment où l’IA ne se contente plus de répondre, résumer ou générer, mais planifie, surveille, construit, réserve, achète, code et agit pour l’utilisateur, soit depuis Gemini App, soit depuis Google Search.

Google ne présente plus Gemini comme un chatbot concurrent de ChatGPT ou Claude, mais comme une couche transversale appelée à irriguer Search, Workspace, YouTube, Android, Chrome, Shopping, les lunettes connectées, les outils développeurs et les applications métiers. Google est devenu un écosystème agentique qui se déploie absolument partout.

Des chiffres affolants pour mesurer l’adoption de l’IA

Et quelques chiffres ultra parlants pour ne pas dire ultra déroutants démontrent l’ampleur de cette transformation. L’IA est devenue une infrastructure d’usage massif.

Sundar Pichai a choisi un indicateur parlant : les tokens. Il y a deux ans, Google traitait 9 700 milliards de tokens par mois sur ses différentes surfaces. L’an dernier, à Google I/O, le volume atteignait environ 480 mille milliars. Aujourd’hui, il dépasse 3,2 quadrillions de tokens par mois, soit une multiplication par sept en un an. « Je n’avais jamais imaginé dire quadrillion dans une keynote I/O », a glissé Sundar Pichai, manière de souligner l’ampleur du saut d’échelle. Cela représente 3.200.000 milliards de tokens manipulés par les IA de Google chaque mois. Autrement dit, les IA de Google génère tous les mois l’équivalent de dizaines de milliards de livres… Et la croissance annuelle est exponentielle !

AI Overviews compte désormais plus de 2,5 milliards d’utilisateurs mensuels, AI Mode a dépassé le milliard d’utilisateurs en un an, et l’application Gemini est passée de 400 millions d’utilisateurs mensuels à Google I/O 2025 à plus de 900 millions aujourd’hui, dans plus de 230 pays et plus de 70 langues.

Le phénomène ne se limite pas aux usages grand public. Google revendique désormais plus de 8,5 millions de développeurs construisant chaque mois avec ses modèles, environ 19 milliards de tokens traités par minute par ses API de modèles, et plus de 375 clients Google Cloud ayant chacun dépassé les 1000 milliards de tokens consommés sur les douze derniers mois.

La créativité IA suit la même trajectoire. Google affirme que plus de 50 milliards d’images ont déjà été générées avec ses modèles Nano Banana. NotebookLM a servi à créer plus de 1,5 milliard de notebooks, podcasts, slide decks et autres formats de synthèse. Stitch, l’outil de design d’interface, aurait généré plus de 100 millions d’écrans UI en un an. Pour un marché encore souvent présenté comme émergent, l’adoption ressemble déjà à une industrialisation !

Alors, oui, évidemment, cette accélération se paie aussi en infrastructure. Google est passé de 31 milliards de dollars de capex annuel en 2022 à une prévision de 180 à 190 milliards de dollars cette année. Le groupe met en avant ses TPU de huitième génération et affirme pouvoir désormais distribuer l’entraînement sur plus d’un million de TPU dans le monde et atteindre près de 1 500 tokens par seconde sur certains scénarios d’inférence.

Ces chiffres mesurent l’ampleur du phénomène. Mais Google I/O 2026 a surtout démontré, par ses annonces très éclairantes, comment Google est en train de s’approprier l’économie du Web en réinventant tout son écosystème à l’ère agentique en utilisant l’IA comme amplificateur.

Gemini 3.5 Flash et Gemini Omni : des modèles pour l’exécution

Il n’y a pas d’IA sans modèles. Et Google poursuit sans relâche non seulement sa quête pour s’installer en tête des benchs mais aussi pour explorer de nouveaux territoires IA…

Gemini 3.5… un nouveau modèle frontière par trimestre

La première grande annonce technologique est Gemini 3.5 Flash. Google le présente comme le premier modèle d’une nouvelle famille combinant « intelligence frontière » et capacité d’action. Il est disponible dans l’application Gemini, AI Mode dans Search, Antigravity, Gemini API, Google AI Studio, Android Studio, Gemini Enterprise Agent Platform et Gemini Enterprise.

Le positionnement est intéressant. Google n’a pas lancé Gemini 3.5 Pro à I/O 2026, préférant nous réserver la surprise pour dans un mois. L’éditeur a préféré mettre en avant Gemini 3.5 Flash, c’est-à-dire la version « allégée ». Avec des guillemets. Car le terme ne reflète pas la réalité. Google affirme que 3.5 Flash dépasse Gemini 3.1 Pro sur presque tous les benchmarks, avec 76,2 % sur Terminal-Bench 2.1, 1656 Elo sur GDPval-AA, 83,6 % sur MCP Atlas et 84,2 % sur CharXiv Reasoning. Surtout, il serait quatre fois plus rapide que d’autres modèles frontières en sortie de tokens. Tout en étant 25% moins cher.

C’est le point clé pour les entreprises. Les agents consomment énormément de tokens, enchaînent les appels, lisent des documents, raisonnent, testent, itèrent et convoquent parfois des sous-agents. Google parle lui-même de l’« agent decoding » comme d’un « monstre à tokens ». D’où l’importance d’un modèle moins cher, plus rapide, mais suffisamment robuste pour gérer des workflows longs.

Et c’est exactement ce qu’est Gemini 3.5 Flash qui devient le modèle par défaut de tout l’écosystème Google et qui se veut le modèle idéal pour faire tourner les usages agentiques à grande échelle.

La démonstration Antigravity sert précisément cet argument. En interne, Google indique être passé de 500 milliards de tokens par jour en mars dans ses outils IA de développement à plus de 3 trillions aujourd’hui. Dans la keynote, l’équipe Antigravity a surtout frappé fort avec une démo spectaculaire : construire un système d’exploitation fonctionnel à partir d’un projet vide. Résultat annoncé : 12 heures, 93 sous-agents travaillant en parallèle, plus de 15 000 requêtes modèle, 2,6 milliards de tokens consommés et moins de 1 000 dollars de crédits API.

Une phrase de Varun Mohan, « nous dépassons les outils IA qui nous aident à écrire, pour aller vers des agents qui nous aident à agir », résume parfaitement le basculement de Google I/O 2026.

Gemini Omni… un premier pas vers les World Models

Reste que les modèles frontières demeurent essentiels pour faire progresser l’intelligence de l’IA. Google poursuit ses efforts et continue d’explorer de nouvelles pistes. Des efforts qui donnent naissance à une nouvelle famille de modèles : Gemini Omni.

Gemini Omni porte une ambition différente de Gemini 3.5 : faire passer l’IA multimodale de la génération à la simulation. Demis Hassabis l’a présenté comme un modèle capable de créer « n’importe quoi à partir de n’importe quelle entrée ». Concrètement, on lui soumet un mélange de texte, d’images, de sons et de vidéos, et il produit par exemple une vidéo cohérente que l’on affine ensuite par simple conversation, comme si vous dirigiez un monteur. Avec Omni, plus besoin de jongler avec les modèles Gemini, Nano Banana, Veo, Lyria (pour les sons et musiques), etc.
Texte, image et vidéo peuvent être combinés pour générer ou modifier des séquences, changer un décor, transformer un angle de caméra ou ajouter des éléments sans perdre la cohérence de la scène. Il maintient la cohérence des personnages et décors d’une scène à l’autre, simule mieux la physique du réel (gravité, fluides, mouvements), et chaque instruction s’appuie sur les précédentes.
L’originalité de Gemini Omni est de combiner les concepts les plus avancés de LLM multimodaux avec certains des concepts exploratoires des fameux « World Models » qui doivent permettre aux IA de comprendre et anticiper le monde physique. Autrement dit, Gemini Omni ne se contente pas d’assembler des pixels, mais tente de simuler la physique, le mouvement, la gravité, l’énergie cinétique et la continuité d’une scène.
La première version « Gemini Omni Flash » arrive dans Gemini, Flow et YouTube Shorts, avant une ouverture aux développeurs et entreprises via API.

Spark, Antigravity et Gemini App : l’agentique devient l’interface

On l’a déjà évoqué, la vraie rupture de Google I/O 2026 ne se situe pas tant dans les modèles que dans les agents. Spark est l’annonce la plus stratégique côté grand public. Google le décrit comme un agent personnel disponible 24/7, capable de travailler dans le cloud, même lorsque l’ordinateur est fermé ou que le téléphone est verrouillé. Il repose sur Gemini 3.5 et sur le harnais agentique d’Antigravity.

Spark… l’OpenClaw façon Google

Avec OpenClaw et Claude Cowork, l’IA agentique généraliste a déboulé en force sur les machines des utilisateurs avancés et autres expérimentateurs de nouveautés technologiques. Gemini Spark est la réponse de Google à cette mouvance mais avec une volonté de la rendre bien plus accessible, sécurisé et moins bidouille.
Propulsé par Gemini 3.5 Flash, Gemini Spark tourne en arrière-plan via des machines virtuelles sur Google Cloud 24h/24 et 7j/7 et peut se connecter aux applications Google Workspace telles que Docs, Gmail, Sheets et Slides, ainsi qu’à des applications tierces comme Canva, OpenTable et Instacart. Google prévoit, dans un second temps, d’étendre les capacités de Spark à l’accès aux fichiers locaux via l’application Gemini App sur macOS.

Spark peut analyser des relevés de carte bancaire, suivre les emails d’une école pour extraire les échéances importantes, consolider des notes de réunion et produire un document de synthèse, ou encore préparer un email de lancement de projet. Spark agit pour l’utilisateur : on lui confie une mission en langage naturel (« organise mon anniversaire », « épluche mes relevés de carte bancaire pour repérer les abonnements oubliés »), et il enchaîne lui-même les étapes en jonglant avec les applications de l’écosystème Google et de ses partenaires. Une validation humaine reste obligatoire avant toute action sensible (paiement, envoi de message).

Google prévoit l’accès aux connexions MCP mais aussi la possibilité de dialoguer avec Spark par email ou chat, de créer des sous-agents personnalisés et de le faire agir dans le navigateur local.
Vu que l’outil arrive directement dans Gemini App, et que Gemini App est utilisé désormais par 900 millions d’utilisateurs actifs, il y a de forte chance que Spark devienne l’outil qui va vulgariser l’IA agentique dans le quotidien de tous.

Gemini App… Répondre au delà du langage textuel

L’application Gemini App devient, elle aussi, plus agentique. Avec Neural Expressive, Google veut rompre avec la logique du chatbot qui déroule une réponse textuelle uniforme. L’IA ne se contente plus de répondre : elle compose une interface adaptée à la demande. Une explication peut ainsi devenir une frise chronologique, un comparatif prendre la forme d’un tableau interactif, une idée créative s’illustrer par des images générées, et un sujet complexe s’enrichir de vidéos, de graphiques ou de modules explorables.

Google cherche ainsi à faire disparaître le « mur de texte » au profit de réponses vivantes, structurées et manipulables. Une façon de s’affranchir des limites de l’assistant conversationnel en adoptant les codes du Web. Gemini App devient ainsi le « Zero Layer » dont Forester anticipe l’arrivée, une interface dynamique capable d’organiser l’information, de la mettre en scène et de préparer l’action suivante.

Autre nouveauté, la fonction Daily Brief complète cette évolution de l’app Gemini. Cet agent prépare chaque matin un digest personnalisé à partir de Gmail, Calendar et des tâches connectées. Il ne se contente pas de résumer. Il organise par priorité, propose des actions et devient le point d’entrée quotidien vers l’agentique. « Les agents ne répondent pas seulement aux questions, ils travaillent proactivement pour vous », rappelle Google.

Antigravity 2.0 : Le vibe coding ancré dans le quotidien

Antigravity, de son côté, devient la plateforme développeurs de cette architecture agentique. Avec Antigravity 2.0, Google ne parle plus d’un simple IDE dopé à l’IA, mais d’un environnement Desktop pensé dès l’origine pour orchestrer des agents. L’interface met au centre les conversations avec les agents, les artefacts produits, les tâches longues et la coordination de sous-agents travaillant en parallèle. Le tout s’accompagne d’un CLI, d’un SDK, du support vocal via les modèles audio Gemini, et d’intégrations avec Android, Firebase et Google AI Studio.

L’intérêt est moins dans l’autocomplétion de code que dans la capacité à déléguer un objectif complet. Pour démontrer le potentiel de sa technologie, Google a demandé à Antigravity, associé à Gemini 3.5 Flash, de construire un système d’exploitation fonctionnel à partir d’un projet vide. Selon Google, l’expérience a mobilisé 93 sous-agents en parallèle, plus de 15 000 requêtes modèle et 2,6 milliards de tokens sur 12 heures, pour un coût inférieur à 1 000 dollars de crédits API.

Le résultat est bien évidemment très minimaliste. Mais la démonstration annonce en réalité l’entrée dans une génération d’outils capables de planifier, coder, tester, corriger et itérer de façon asynchrone. Selon Google, Antigravity ne remplace pas le développeur, mais transforme son rôle : moins d’exécution ligne à ligne, davantage de cadrage, d’arbitrage, de validation et de pilotage d’équipes d’agents. Comme avec Claude Code et OpenAI Codex, c’est, pour les DSI, une promesse d’accélération, mais aussi un nouveau sujet de gouvernance du code, des droits d’accès et de la traçabilité.

Search se réinvente en moteur agentique

Google Search est le produit le plus stratégique de Google. C’est aussi celui que l’IA générative menace le plus directement. La réponse de Google a pris trois ans à se décider. Mais elle est désormais là : Search devient « AI Search », mais sans le dire.

AI Mode passe à Gemini 3.5 Flash comme modèle par défaut pour tous les utilisateurs dans le monde. AI Mode dépasse déjà le milliard d’utilisateurs mensuels et ses requêtes ont plus que doublé chaque trimestre depuis son lancement. Google affirme même que les requêtes Search ont atteint un plus haut historique au dernier trimestre. Une façon comme une autre d’essayer de nous faire croire que l’IA ne cannibalise pas Google Search, mais l’intensifie. Dans un sens, c’est vrai. Ce n’est pas tant Google Search qui s’en trouve cannibaliser que le Web lui-même (Google n’est pas seul en cause, Claude et ChatGPT y participent aussi largement).

Mais surtout Google ose réinventer la boîte de recherche. Présentée comme sa plus grande évolution depuis plus de 25 ans, le nouveau champ de saisie « intelligent » accepte du texte, des images, des fichiers, des vidéos et même des onglets Chrome comme entrées. Il aide même désormais l’utilisateur à formuler des requêtes plus précises, au-delà de l’autocomplétion classique.

Le changement le plus profond vient toutefois des Search Agents. L’utilisateur pourra créer plusieurs agents de recherche qui travaillent en arrière-plan 24/7. Ils surveilleront le Web, les blogs, les sites d’actualité, les réseaux sociaux, mais aussi les données fraîches de finance, shopping ou sport. Exemples donnés : suivre des actions biotech selon des critères financiers précis, surveiller des annonces immobilières, détecter des sorties de sneakers ou être alerté lorsqu’une information pertinente apparaît.

« Google Search est désormais une recherche IA, de bout en bout » résume les responsables de cette évolution. Dit autrement, Google Search n’est plus seulement un index de liens. Il devient le grand orchestrateur de réponses, d’agents, de sources, de visualisations et d’actions de votre quotidien.

Autre nouveauté, l’arrivée de la Generative UI dans Search. Grâce à Antigravity et Gemini 3.5 Flash, Search pourra créer à la volée des interfaces adaptées à la question : graphes, tableaux, simulations, widgets, mini-apps, tableaux de bord. Dans la démonstration présentée à Google I/O, Search génère une visualisation interactive de trous noirs binaires et d’ondes gravitationnelles. Dans un autre cas, il fabrique un planificateur de week-end connecté à Gmail, Photos, Calendar, Maps, météo et restaurants.

Pour les éditeurs, les marques et les équipes SEO, ce basculement s’annonce encore plus majeur que l’apparition d’AI Mode et des AI Overviews de ces derniers mois. La visibilité dans Google ne se jouera plus seulement dans une liste de liens, ni même dans un encart AI Overview. Elle se jouera dans des expériences dynamiques générées par Search, avec des agents capables de surveiller, filtrer et recommander. C’est tout un nouveau domaine d’interactions et de visibilité qui va devoir être exploré.

YouTube suit le même mouvement. Ask YouTube transforme la plateforme vidéo en base de connaissances interrogeable. L’utilisateur pose une question, YouTube identifie les vidéos pertinentes, saute au passage utile, conserve le contexte et permet des questions de suivi. Google teste la fonction dès maintenant, avec un déploiement élargi aux États-Unis cet été.

La créativité réinventée : Pics, Docs Live, Flow et Stitch

Google I/O 2026 consacre aussi une autre idée : la créativité IA n’est plus réservée aux spécialistes. Elle entre dans les outils du quotidien dopée par l’agentique.

Docs Live en est l’exemple le plus bureautique. Au lieu de rédiger un prompt précis, l’utilisateur peut simplement « vider son sac » à la voix. Gemini récupère le contexte dans Drive ou Gmail, structure les idées, crée un brouillon, reformate, ajoute un tableau ou met en avant un point important. Docs Live arrive cet été pour les abonnés Pro et Ultra, avec des capacités vocales similaires dans Gmail et Keep.

Google Pics est un nouvel outil de création et d’édition d’images qui va être intégré dans Google Workspace. On décrit ce qu’on veut (un flyer, une infographie, une carte d’invitation) en langage naturel et Pics le génère sous forme d’image. L’outil permet de créer et modifier des visuels, de supprimer ou redimensionner des objets, d’éditer du texte dans une image ou de le traduire.
Google Pics est donc la réponse la plus direct à Canva, Claude Design d’Anthropic, Adobe Express d’Adobe, Microsoft Designer. Google tente au passage d’installer l’édition visuelle IA au cœur de la bureautique, là où se créent flyers, infographies, slides, contenus marketing ou supports internes. Avec cet atout clé que constituent les 4 milliards d’utilisateurs Workspace.
L’outil s’appuie sur Nano Banana, le très connu modèle de génération d’images de Gemini App.
Contrairement à ce qu’on peut faire avec Gemini App, Pics est un outil vraiment dédié à l’image et optimisé pour la création. Au lieu de regénérer toute l’image à chaque modification (le défaut majeur des outils IA actuels et de Gemini App), il segmente automatiquement les objets de l’image. On clique sur un élément précis, on tape une instruction ou on laisse un commentaire et seul cet élément change dans l’image qui n’est pas intégralement regénérée. Plusieurs collaborateurs peuvent travailler sur le même visuel en temps réel.

Google Stitch, inauguré l’an dernier mais toujours pas disponible en Europe cible les interfaces. Selon Google, plus de 100 millions d’écrans UI ont déjà été générés avec l’outil en un an. La nouvelle version 2.0 introduite à Google I/O 2026 introduit le concept de « Vibe Design » et permet de produire une interface à partir d’un prompt, puis de la modifier en temps réel par texte ou par voix avant export vers du code ou déploiement. Stitch peut générer un lien partageable via Google AI Studio, exporter les écrans vers Google Antigravity pour ajouter la logique backend, ou publier directement sur le Web avec Netlify. De quoi raccourcir le chemin entre idée, maquette, prototype et application.

Google Flow, le studio de création vidéo IA de Google Labs, devient, lui, un studio créatif agentique. Avec Gemini Omni, il peut transformer une vidéo sans altérer la performance originale, ajouter des effets, changer un décor ou introduire de nouveaux personnages. Le nouveau Flow Agent peut exécuter plusieurs actions à la fois. Dans la démo, une seule image devient 16 vidéos uniques avec des angles de caméra différents. Flow Tools permet de créer – ou plutôt « vibe coder » – ses propres outils créatifs par simple prompt : effets vidéo, animations dessinées, calques de texte, outils de montage spécifiques… Ces outils peuvent être partagés et remixés. Enfin, Flow Music étend cette logique à la musique générative, avec des outils pour transformer une idée, un riff ou une direction artistique en démo musicale exploitable.

Universal Cart, UCP, AP2 : Google veut contrôler le commerce agentique

Le dernier volet phare de Google I/O 2026 est peut-être le plus stratégique pour nos lecteurs DSI : le e-commerce. Google revendique plus d’un milliard d’actions shopping par jour sur ses services et un Shopping Graph de plus de 60 milliards de fiches produits. C’est sur cette base qu’il introduit trois nouveautés destinées à standardiser le fonctionnement du e-commerce agentique.

Nous avons déjà eu l’occasion d’évoquer le protocole UCP, Universal Commerce Protocol. Pour Google, UCP est au commerce agentique ce que HTTP a été pour le Web : un langage commun permettant aux agents et aux systèmes marchands de communiquer tout au long du parcours d’achat, de la recherche produit au suivi de livraison. Et Google vient de remporter une victoire majeure pour imposer son protocole sur le marché : Amazon, Microsoft, Salesforce et Stripe ont annoncé adopter et contribuer à piloter ce standard de fait.

Toujours du côté des protocoles, le e-commerce agentique avait également besoin d’un standard pour sécuriser et opérer des paiements directement par les agents IA. AP2, Agent Payments Protocol, ajoute cette couche paiement. L’idée est de permettre à un agent d’acheter pour le compte d’un utilisateur, mais avec des limites explicites : marques, produits, budget, critères d’achat, validation et traçabilité. Google parle de mandats numériques infalsifiables, créant un lien vérifiable entre utilisateur, marchand et processeur de paiement. AP2 doit arriver dans les produits Google dans les prochains mois, en commençant par Gemini Spark.

Google est en train d’imposer à tous son protocole d’achat agentique et son protocole de paiement agentique. Il ne manquait qu’une brique pour compléter le tableau : le panier agentique ! À Google I/O, la firme américaine a annoncé Universal Cart ! Ce panier agentique ne se contente pas de stocker des produits. Il surveille les baisses de prix, l’historique tarifaire, les ruptures de stock, les avantages liés aux cartes de paiement, les programmes de fidélité et les offres marchands. Il peut aussi raisonner sur les incompatibilités. Exemple donné : si un utilisateur construit un PC avec des composants issus de plusieurs marchands, le panier peut repérer les pièces incompatibles et suggérer des alternatives.

Dans un monde où les agents deviennent les nouveaux intermédiaires de l’achat en ligne, Google met tout en œuvre pour contrôler la couche de découverte, de comparaison, de panier, de paiement et de preuve. Tout ce qu’il faut pour aider les e-commerce à répondre à cette stratégique question : comment rendre ses offres lisibles, actionnables et préférables pour des agents, et non plus seulement visibles pour des humains ?

Ce que les DSI doivent retenir

Google I/O 2026 ne raconte pas simplement une nouvelle salve de fonctionnalités IA. Elle décrit un changement d’architecture que l’on voyait se profiler et que Google met désormais en action. Les applications deviennent des surfaces d’action. Les modèles deviennent des moteurs d’exécution. Les agents deviennent les nouveaux opérateurs des workflows. Et Search, Workspace, YouTube, Shopping ou Antigravity deviennent les interfaces de cette orchestration.

La promesse est forte : réduire l’écart entre intention et exécution. Mais la dépendance à l’écosystème Google se renforce d’autant. Avec Gemini 3.5 Flash pour l’exécution, Gemini Omni pour la création, Spark pour les tâches personnelles, Antigravity pour les développeurs, AI Search pour la recherche et Universal Cart pour le commerce, Google cherche à faire de Gemini la couche opérationnelle de l’Internet agentique. Complétant la vision du backend agentique présenté à Google Cloud Next avec le lancement de Gemini Enterprise Agent Platform (et Gemini Enterprise App).

Reste un point de prudence. Plusieurs annonces sont encore limitées aux États-Unis, à certains abonnements ou à des phases de test : Spark arrive d’abord auprès de testeurs de confiance puis des abonnés Google AI Ultra américains ; les agents Search et les mini-apps démarrent progressivement ; Universal Cart se lance d’abord aux États-Unis. L’Europe est en partie exclue de ces innovations en avance de phase. Il ne faudrait pas qu’elle manque cette transformation qui voit l’IA entrer dans les workflows, les achats, la recherche, la création et le poste de travail. Et qu’elle découvre sur le tard que Google a déjà industrialisé ce passage à l’échelle avant tout le monde.

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