Trop vite ou pas assez : selon Gartner, l’IA rafle quatre des cinq premiers risques émergents

Data / IA

Gartner : l’IA occupe quatre des cinq premières places du palmarès des risques émergents

Par Laurent Delattre, publié le 05 novembre 2026

Deux nouveaux risques liés à l’IA font leur entrée dans le TOP 5 du baromètre trimestriel de Gartner : le mauvais calcul stratégique sur l’IA et le décrochage concurrentiel face à ceux qui l’exploitent mieux. Signe que le danger ne tient plus seulement à ce que fait l’IA, mais à la manière dont les directions générales la pilotent.

L’IA générative est entrée pour la première fois dans le TOP 10 du baromètre des risques émergents de Gartner il y a environ 42 mois, au deuxième trimestre 2023. Elle s’était alors installée d’emblée à la deuxième place. À l’époque, le risque tenait surtout à sa diffusion massive et mal encadrée : confidentialité des données, propriété intellectuelle, cyberattaques facilitées. Aujourd’hui, la situation a considérablement évolué. Il est même surprenant de voir à quel point ce palmarès évolue tous les trois mois.

Désormais, même si l’IA en tant qu’outil continue d’inquiéter, les directions et auditeurs se préoccupent tout autant des choix stratégiques qui l’accompagnent et de leur éventuel retard dans sa maîtrise.

Trop vite, ou pas assez. C’est en fin de compte l’équation dans laquelle se sentent aujourd’hui piégées bien des organisations. Dans le baromètre du troisième trimestre 2026, les 308 responsables de la gestion des risques, auditeurs et dirigeants interrogés par Gartner placent pour la première fois le mauvais calcul stratégique sur l’IA au troisième rang de leurs préoccupations. Juste derrière s’invite un autre nouveau venu : le décrochage concurrentiel, autrement dit le risque de se faire distancer par des concurrents qui exploitent mieux l’IA. Le déficit de préparation des collaborateurs conserve, pour sa part, la cinquième place. Au total, quatre des cinq premiers risques du classement portent désormais sur l’IA.

Le haut du tableau, lui, ne bouge pas. La découverte de vulnérabilités par l’IA et les chocs géopolitiques sur l’approvisionnement énergétique conservent les deux premières places pour le deuxième trimestre consécutif. 

Pour les RSSI, voir l’IA aider à trouver et exploiter des failles plus vite que les équipes ne peuvent les corriger n’a évidemment rien de rassurant. Et vu l’actualité du moment, on pourrait presque dire que ce risque n’est malheureusement plus émergent mais bien là, affectant le quotidien de tous les IT et l’organisation de toutes les DSI.

Quant aux tensions géopolitiques, elles sont le moteur de la vague de réappropriation d’une certaine autonomie numérique qui focalise l’attention des DSI et des COMEX. Entre sanctions et attaques contre les infrastructures, elles risquent de faire grimper le prix de l’énergie et des transports. Avec, à la clé, une facture plus salée pour les datacenters. 

Dans le reste du classement, la hiérarchie des inquiétudes se recompose à vive allure : l’intégrité informationnelle, sacrée numéro un au premier trimestre, ne figure même plus dans le top 5, pas plus que l’IA agentique. Les gestionnaires de risques semblent être résignés à réviser leurs priorités au rythme des promesses… et des déconvenues de l’IA.

Quand la stratégie IA devient elle-même le risque

« Le risque IA ne se limite plus aux questions de technologie et de gouvernance : il gagne désormais le cœur même de la stratégie d’entreprise », décrypte Kevin Mercado, analyste principal senior au sein du pôle Risk & Audit de Gartner. Le cabinet définit ce mauvais calcul comme le fait de prendre des décisions stratégiques, opérationnelles ou RH en tablant sur des bénéfices de l’IA qui arrivent plus tard que prévu, se révèlent plus étroits ou créent moins de valeur qu’espéré. 

Investir trop, choisir les mauvais cas d’usage, déployer l’IA avant que l’entreprise soit prête : les façons de se tromper ne manquent pas. La pression de la concurrence pousse parfois à foncer sans mesurer les conséquences, au risque de priver d’autres projets de budget et de ressources. Bien des DSI reconnaîtront ces feuilles de route qui promettent des gains de productivité jusqu’ici très théoriques.

Gartner étaye l’inquiétude par plusieurs autres enquêtes menées cette année. Seuls 17 % des directeurs financiers interrogés affirment que plus de la moitié de leurs projets IA ont produit une hausse de revenus ou des économies mesurables. Ce qui n’empêche pas 64 % des administrateurs sondés d’estimer que les entreprises devraient prendre davantage de risques technologiques pour créer de la valeur pour l’actionnaire. Un sacré grand écart… D’où, sans doute, ce troisième chiffre : 43 % des membres de comités d’audit s’attendent à voir la stratégie IA de leur entreprise auditée dans l’année qui vient.

Le piège du pilote perpétuel

Lever le pied n’offre pourtant aucune échappatoire. Ainsi, le quatrième risque du classement est le reflet inversé du troisième : les entreprises dont les projets IA restent englués au stade du pilote s’exposent à perdre des clients au profit de concurrents capables, grâce à l’IA, de proposer de meilleurs services ou des prix plus bas.
Comme souvent, toute la difficulté est de trouver le juste équilibre entre précipitation et attentisme.

La quête de cet équilibre influence aussi le cinquième et dernier risque de ce Top 5 des risques émergents. Il résulte du danger de voir les métiers évoluer plus vite que les compétences, avec à la clé une adoption inégale et un retour sur investissement amoindri. Investir trop vite et former trop lentement… rien n’interdit, hélas, de cumuler les deux écueils.

Piloter l’IA comme un portefeuille

Les responsables des risques s’adaptent déjà. Dans une enquête Gartner menée en 2025 auprès de 225 d’entre eux, 54 % des organisations suivent l’IA à la fois comme un risque à part entière et comme un élément présent dans d’autres risques. Celles qui la traitent comme un sujet isolé ne sont plus que 23 %, contre 36 % un an plus tôt. L’IA traverse la panoplie des risques comme elle traverse déjà tous les usages.

Pour éviter les mauvais paris, Gartner conseille de piloter l’IA comme un ensemble d’investissements métier, avec des objectifs clairs. Qui décide ? Qui déploie ? Quel budget chaque projet mobilise-t-il au détriment des autres ? Et comment mesurer les résultats, au-delà du temps gagné ? Avant de passer à l’échelle, il faut aussi vérifier que l’entreprise est prête et que l’IA améliore vraiment les décisions. Du bon sens. Mais si Gartner continue de le rappeler, c’est sans doute que bien des projets ont démarré sans ces éclairages.

Le vrai changement est là : la question n’est plus seulement de savoir si l’IA est fiable et sûre, mais si l’entreprise a fait les bons choix. Pour les DSI, chargés de concrétiser des gains souvent promis par d’autres, l’enjeu est de taille. Si le pari tourne mal, qui en répondra : le DSI, le directeur financier ou le COMEX ? Mieux vaut régler cette question avant que la facture arrive.

Photo : Sasun Bughdaryan sur Unsplash

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