Toujours au cinquième rang mondial par son PIB, la France est descendue au vingtième rang dans le domaine du numérique. Il est grand temps de réagir.

Notre ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, a jeté un pavé dans la mare en défendant le « Made in France ». Certains l’ont taxé de protectionnisme. Il y a une trentaine d’années, il en existait bel et bien un dans le domaine de l’informatique. Cette époque d’interventionnisme de l’Etat remontant au Plan Calcul a été dénoncée depuis[1]. Ce n’était effectivement pas sain : le protectionnisme n’incite ni à innover pour satisfaire le marché local ni à exporter sur le marché mondial.

Les éditeurs français de logiciel font la course avec un boulet au pied

Aujourd’hui, nous sommes tombés dans l’excès inverse. Un trop grand nombre d’acheteurs délaisse le « Made in France ». La préférence américaine est tellement ancrée dans les esprits qu’il semble inimaginable pour un acteur français de ne pas se donner un nom à consonance anglophone. De façon plus importante, la question de la pérennité d’un éditeur français de logiciel va souvent peser à son désavantage : cette méfiance a des allures de prédiction autoréalisatrice.

Dans ces conditions, les acteurs français ont souvent l’impression de faire la course avec un boulet au pied. Quels que soient les efforts réalisés en termes de richesse fonctionnelle, d’ergonomie, de qualité technique, de robustesse, de sécurité, de performance… c’est trop rarement suffisant. On peut toujours se rassurer en se disant que « ce qui ne tue pas rend plus fort », mais il ne faut pas s’étonner que la France, toujours au cinquième rang mondial par son PIB, soit descendue au vingtième rang[2] dans le domaine du numérique.

Comment favoriser le développement du numérique français ?

Quand on comprend l’importance du numérique dans l’économie de demain, on sait combien il est vital, pour l’économie française et ses emplois, de changer les mentalités et de reprendre confiance dans notre savoir-faire et notre capacité d’innovation. Pour y parvenir, entendons le message de Steve Jobs s’adressant au journal télévisé français en 1984[3], alors que la crise de la sidérurgie était déjà d’actualité : « L’informatique est le pétrole d’aujourd’hui ; la France forme des ingénieurs de haut niveau ; ce sont les PME qui innovent ; il faut de nombreuses PME ; motiver les entrepreneurs ; avoir des champions qui servent de modèle ; disposer d’investisseurs pour leur permettre de se développer. » Trente ans après, ces propos résonnent terriblement. Heureusement il y a eu quelques progrès : grâce au crédit impôt recherche, il existe en France des PME innovantes dans le domaine du logiciel. Il est urgent de leur faire confiance et d’améliorer l’environnement pour qu’elles se développent. Saluons ainsi l’initiative encore trop limitée du Pacte PME[4] qui rassemble des grands comptes avec l’objectif affiché de « faire émerger de nouveaux leaders grâce aux achats partenariaux ».

Alors bravo à Arnaud Montebourg : qu’il contribue à faire évoluer les mentalités ! Et dans cette voie, que l’Etat et les collectivités territoriales montrent l’exemple dans leurs achats, sans attendre le « Small Business Act » que préconise le rapport Louis Gallois[5] !

Le « Made in France », on y croit, surtout dans les secteurs d’avenir comme l’édition logicielle.

 

[1] Jean-Pierre Brulé L’Informatique malade de l’Etat. Editions Les Belles Lettres, 1993.

[2] http://www.institutmontaigne.org/le-defi-numerique-comment-renforcer-la-competitivite-de-la-france-3392.html

[3] http://www.ina.fr/video/CAB8400655401/interview-steve-jobs.fr.html

[4] http://www.pactepme.org/

[5] http://www.gouvernement.fr/premier-ministre/remise-du-rapport-sur-la-competitivite-de-l-industrie-francaise

Vincent Bouthors

Vincent Bouthors