Aymeril Hoang : « La maille minimale critique, c’est l’Europe » : EuroCommons veut sortir les DSI du chacun-pour-soi

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Aymeril Hoang (EuroCommons) : « Il faut créer des coalitions opérationnelles de DSI »

Par Laurent Delattre, publié le 16 septembre 2026

Réduire les dépendances numériques européennes sans tomber dans l’illusion de l’autarcie : c’est toute l’ambition d’EuroCommons, l’initiative lancée début 2026 par la Caisse des Dépôts. Sur le plateau d’IT for Business, en plein cœur du salon Big Data & AI Paris 2026, son directeur Aymeril Hoang appelle les DSI à changer de méthode : moins d’achats isolés, davantage de coalitions, d’open source, d’interopérabilité… et surtout une ambition à l’échelle européenne.

EuroCommons part d’un constat désormais difficile à esquiver : les entreprises et administrations européennes ont empilé, au fil des années, des dépendances technologiques qui pèsent directement sur leur capacité d’action.
Et il ne s’agit plus seulement d’un débat abstrait sur la souveraineté.
Invité sur le plateau d’IT for Business à Big Data & AI Paris 2026, Aymeril Hoang, Directeur d’EuroCommons à la Caisse des Dépôts, défend une approche très concrète : identifier ces dépendances, fédérer les DSI autour de besoins communs et faire émerger des alternatives crédibles, notamment open source, à l’échelle européenne.

« EuroCommons, c’est comment on réduit les dépendances à partir d’alternatives open source ou de communs numériques. Ces dépendances sont d’abord budgétaires : selon l’étude Asterès pour le Cigref, 260 milliards d’euros par an quittent l’Europe au niveau logiciel vers des éditeurs extra-européens. Mais ce sont aussi des dépendances techniques et fonctionnelles. »

Le “kill switch” n’est plus une vue de l’esprit

Le contexte géopolitique donne à cette réflexion une tout autre urgence. Une organisation européenne peut-elle accepter qu’un service indispensable puisse, demain, être interrompu par une décision prise à des milliers de kilomètres ?

« Le fameux “kill switch” était au fond quelque chose d’un peu théorique. Mais on voit aujourd’hui, dans un monde très fragmenté, que ça ne l’est plus du tout. Quand on parle de réduction de dépendance, on ne dit pas autarcie, on ne dit pas qu’on va tout faire nous-mêmes. On reste dans une logique de réseau. Mais on peut faire des arbitrages qui font qu’on est moins soumis aux aléas du réseau. »

La méthode EuroCommons consiste justement à ne plus laisser chaque DSI résoudre l’équation dans son coin.

« L’idée, c’est de sortir d’une logique individuelle où je suis le grand DSI, je passe un appel d’offres et je regarde ce que le marché me propose. On met en place des coalitions opérationnelles de DSI sur des priorités de migration, brique par brique. Vous êtes sept DSI à vouloir quitter telle suite collaborative ? Très bien. Mettez-vous ensemble, regardez ce qu’il y a sur le marché, vos temporalités, ce que vous êtes prêts à lâcher ou pas. »

Mutualiser pour donner une chance aux alternatives

Cette logique existe déjà autour de certaines briques. Aymeril Hoang cite notamment les travaux menés avec le TOSIT pour rechercher des alternatives à Jira et Confluence, avec XWiki et OpenProject.

Mais remplacer un géant par un petit acteur fragile n’aurait guère de sens.

« Quand je suis une grande DSI et que j’achète un logiciel, je n’achète pas seulement un logiciel : j’achète de la pérennité, de la maintenance, de l’évolution. On ne va pas passer d’une dépendance à une autre. La communauté open source doit pouvoir proposer, à côté de logiciels très performants, un niveau de garantie et de réassurance équivalent à celui des éditeurs géants. »

D’où l’intérêt de mutualiser besoins… et investissements.

« Sur les 200, 300 ou 400 plus grandes entreprises et administrations européennes, on peut regrouper les grandes DSI par grappes de besoins communs. Et à partir de ces besoins : vers quelles alternatives puis-je me tourner ? Quelles alternatives puis-je aider à développer pour pouvoir ensuite migrer ? »

Suites collaboratives, virtualisation, Active Directory, géodata, rail, nucléaire… le terrain de jeu est immense. Mais pour Aymeril Hoang, la réussite passera impérativement par un changement d’échelle.

« Je lance un appel aux DSI : la maille minimale critique, c’est l’Europe. Ça ne peut pas être le territoire ou l’État. Le logiciel est mondial. La masse critique européenne est pertinente, mais il faut l’organiser. »

Et surtout ne pas chercher à construire une mécanique trop centralisée.

« Ce qu’on veut, c’est une myriade, une longue traîne de coalitions très concrètes. Il n’y a pas de jardin à la française. C’est bien européen : un jardin européen foisonnant, une jungle européenne. »

Une jungle, certes. Mais une jungle où l’interopérabilité et la réversibilité pourraient enfin devenir des armes collectives. 

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