Luigi Buffeteau : « Nous agissons dans la crise, il faut donc aussi penser la résilience du numérique »

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Luigi Buffeteau (Protection Civile) : « Nos outils doivent être à la hauteur de la criticité de nos missions »

Par Laurent Delattre, publié le 16 septembre 2026

32 000 bénévoles, 500 antennes locales, des données de santé, des applications maison et des interventions parfois menées là où le réseau a disparu : à la Protection civile, la cybersécurité n’a rien d’un sujet théorique. Aux EUCC 2026, Luigi Buffeteau, responsable des systèmes d’information de la Protection civile, raconte comment une association aux moyens contraints protège désormais un SI digne d’une organisation critique.

On connaît les gilets orange, les postes de secours et les interventions lors des grands événements. Beaucoup moins l’infrastructure numérique qui tourne derrière. Et pourtant, à écouter Luigi Buffeteau, responsable SI de la Protection civile, le numérique est aujourd’hui partout. Planification des missions, gestion des bénévoles, suivi des interventions, données de santé : en dix ans, l’association a profondément numérisé ses activités. Avec, à la clé, un défi de taille : protéger des outils devenus critiques avec des exigences de grande organisation… mais un budget associatif.

« La Protection civile, c’est une association loi 1901 à but non lucratif qui a la particularité d’être agréée de sécurité civile. Nous assurons des postes de secours lors de grands rassemblements, des renforts du service public au profit des sapeurs-pompiers et des SAMU, de la formation aux premiers secours, mais aussi toute une partie d’aide humanitaire. Nous avons 32 000 bénévoles répartis dans 500 antennes locales, et leurs missions sont réalisées au quotidien avec l’appui des systèmes d’information. »

Des systèmes devenus d’autant plus critiques que la transformation numérique a gagné quasiment toutes les activités.

« Cela va de la planification de nos missions à la gestion des ressources humaines, à la mise à disposition de documentation opérationnelle, jusqu’à la gestion des interventions et de la prise en charge des victimes et des patients par nos secouristes, nos infirmiers et nos médecins. Il y a eu un grand plan de numérisation ces dix dernières années. Aujourd’hui, cela va de la gestion d’un poste de secours jusqu’à la génération des diplômes dématérialisés des personnes que nous formons. »

Des données de santé… et beaucoup de logiciels maison

Qui dit numérisation dit aussi changement radical d’échelle côté cyber.

« On parle de données à caractère personnel, mais aussi de données de santé de plus en plus importantes, précises et interopérables avec les services de l’État et nos différents partenaires. Notre premier enjeu est donc de protéger ces données et nos environnements informatiques. »

Avec une difficulté supplémentaire : les besoins de la Protection civile rentrent rarement dans les cases des logiciels standards.

« Nous avons des besoins numériques extrêmement particuliers et précis. La majorité de nos outils sont donc des outils maison, développés selon nos besoins et nos pratiques opérationnelles, de formation ou d’action sociale. »

Parmi eux, Argos, outil de gestion opérationnelle et de dématérialisation des fiches bilans secouristes et médicales, conçu et piloté directement par la Protection civile.

Des besoins d’entreprise avec un budget d’association

C’est probablement là que l’équation devient la plus intéressante. Car les exigences cyber sont celles d’une organisation critique. Les moyens, eux, restent ceux d’une association.

« Nous avons des activités sensibles et donc des besoins entièrement professionnels, similaires à ceux d’entreprises ou de services de l’État. Mais nous avons en parallèle la problématique d’un budget associatif. Nous n’avons pas des moyens comparables à ceux des entreprises privées. »

D’où le recours à l’écosystème Hexatrust et à différents partenaires : outils de protection, supervision, pentests, audits ou encore analyse de code.

« Grâce à ces partenaires, nous avons la possibilité d’être équipés en cybersécurité comme il se doit. Ce sont des éléments absolument nécessaires pour assurer la sécurité de nos systèmes d’information. »

Souveraineté, mais surtout résilience

La question ne se limite pas à protéger les systèmes : elle concerne aussi l’endroit où résident les données et les infrastructures qui les hébergent.

Pour la Protection civile, la localisation des données devient donc un sujet à part entière, à la croisée de la souveraineté, de la sécurité et de la résilience.

« Notre enjeu est que la majorité, en tout cas les données sensibles, soient hébergées en France. Nous nous autorisons l’Europe, mais la majorité de notre infrastructure est située en France. »

Pour Luigi Buffeteau, souveraineté et résilience finissent surtout par se rejoindre sur le terrain.

« Nous agissons dans la crise. Nous intervenons parfois dans des zones où nous n’avons plus accès au réseau. Il faut donc être capables de continuer à numériser nos opérations dans des environnements critiques, même lorsque l’accès au réseau n’est tout simplement plus possible. »

Et c’est finalement toute la philosophie du SI de la Protection civile : la technologie n’est pas là pour faire moderne, mais pour permettre aux bénévoles de continuer leur mission lorsque tout le reste se complique.

« Ces systèmes d’information permettent à nos secouristes, logisticiens, sauveteurs humanitaires, infirmiers et médecins de réaliser leurs missions sur le terrain dans les meilleures conditions, avec des outils à la hauteur de la criticité de leurs missions et avec un niveau de sécurité optimal. »

Avec au final une leçon à retenir : Quand le terrain bascule en mode crise, le système d’information n’est plus un simple support, il devient, lui aussi, un équipement de secours.

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