L’intégration de la blockchain dans la technologie de l’IoT ouvre des marchés et des modèles de monétisation des données prometteurs.

Dans le monde de la tech, une nouvelle piste d’innovation digitale fait beaucoup parler d’elle. En les associant, deux technologies émergentes pourraient bouleverser, une fois de plus, les modèles économiques et générer des opportunités de création de valeur. La blockchain, cette base de stockage et de transmission de données transparente et sécurisée permettant de réaliser des transactions sans intermédiaires, lèverait les principaux freins au déploiement très attendu de l’Internet des objets (IoT). Comme souvent face à une nouvelle marche disruptive, les dirigeants doivent opérer des arbitrages délicats en matière de R&D. Faut-il dès maintenant investir et expérimenter ? Si oui, quelles applications cibler ? Aujourd’hui, les entreprises sont peu nombreuses à lancer des programmes de développement qui intègrent la blockchain dans l’IoT. Et, quand elles le font, il ne s’agit encore que de phases pilotes.

Pour mieux comprendre les enjeux économiques de cette technologie innovante et mesurer le potentiel de ces solutions, nous avons réalisé une étude en partenariat avec le groupe Cisco. Nous avons analysé 35 cas d’usage sur cinq champs d’application stratégiques. Il ressort de nos travaux deux projections. À court terme, les premières expérimentations susceptibles d’être implémentées permettent d’améliorer les process internes, réduire les coûts et maîtriser les risques. À moyen et plus long terme, nous sommes convaincus que l’intégration de la blockchain dans la technologie de l’IoT ouvre de nouveaux marchés et des modèles de monétisation des données prometteurs.

Pour le court terme, nous avons identifié deux applications prêtes à être déployées dans les 12 à 18 mois. Les premières, liées à traçabilité et la transparence, sécurisent et améliorent les process de la chaîne d’approvisionnement, la maintenance d’actifs complexes dans l’aérien ou dans les raffineries, et optimisent les démarches qualité dans les secteurs de la santé et de l’alimentation. Les secondes, liées à la provenance et à l’authentification, garantissent l’interopérabilité sécurisée des objets connectés ou encore permettent de détecter plus efficacement les contrefaçons. En éliminant les intermédiaires et en automatisant les opérations, l’intégration de la blockchain dans l’IoT représente un puissant levier de réduction des coûts et de gestion des risques.

À plus long terme, le potentiel de ces solutions sera déterminant pour la croissance des entreprises. Véritables accélérateurs de création de valeur digitale, les objets connectés représentent en effet un enjeu crucial dans la transformation des industries. C’est le cas, en particulier, dans les secteurs de l’automobile et des biens de consommation. Depuis deux ou trois ans, les investissements dans l’IoT ont explosé. Il reste toutefois encore difficile d’évaluer avec fiabilité le poids de son marché, estimé à 1 trillion de dollars d’ici 2020 par le cabinet IDC. En cause, des freins persistants à la généralisation de cette technologie disruptive : changements culturels, absence de standardisation, infrastructures inadaptées, complexité de la technologie ou encore enjeux de sécurité et de protection des données. Or, la blockchain peut lever la plupart de ces barrières, libérant ainsi la création de valeur de l’IoT.

La blockchain, développée pour offrir des solutions de transactions sécurisées après la crise financière de 2008, a donné naissance aux crypto- monnaies. Encore méconnue pour ses autres applications, cette technologie disruptive supprime les intermédiaires lors des transactions et offre des garanties de transparence et de sécurisation de données cryptées. Le sujet de la confiance sera déterminant dans l’adoption des objets connectés par les usagers. La réussite des prochaines étapes de la révolution digitale repose en grande partie sur cette question dont s’est saisie la blockchain. Son intégration jouera un rôle clé dans le développement des services et des nouveaux marchés de l’IoT. Mais, il faudra encore du temps avant que ces deux technologies puissent déployer tout leur potentiel.

Par Antoine Gourévitch, directeur associé senior BCG