En acquérant la moitié dédiée aux entreprises de Symantec, Broadcom poursuit son virage vers le logiciel quelques mois après avoir absorbé CA Technologies.

L’annonce est surprenante. Il y a un mois, Broadcom avait déjà entamé des discussions pour absorber l’un des grands noms américains de la cybersécurité : Symantec. Mais les négociations avaient échoué et le projet semblait abandonné, les deux entreprises n’ayant pu s’entendre sur un prix d’acquisition.
Finalement, le 8 août, Broadcom a annoncé acquérir le nom Symantec et toute la division entreprise de Symantec pour 10,7 milliards de dollars. C’est le deuxième achat majeur dans l’univers du logiciel pour cette société réputée pour ses composants électroniques après l’annonce en juillet 2018 du rachat de CA Technologies pour 18,9 milliards de dollars. On se souvient que Broadcom avait aussi racheté l’équipementier réseau Brocade fin 2016 et tenté d’absorber le fondeur Qualcomm par une OPA inamicale avant que Donald Trump ne bloque l’opération.

Hock Tan, le CEO de Broadcom, continue donc de chercher à créer de la valeur par des acquisitions dans un univers logiciel réputé plus profitable que celui des composants et renforce sa position sur le marché des briques logicielles d’infrastructure. Avec à peine 1% de croissance en 2018, Symantec traverse depuis plusieurs trimestres une période compliquée. Les CEO se succèdent sans jamais réussir à imposer une nouvelle dynamique. L’entreprise venait d’ailleurs d’annoncer un nouveau plan d’allègement de son effectif de l’ordre de 7%.

Le split de Symantec demeure pourtant une surprise. S’il semble logique pour Broadcom d’absorber la division entreprise dont les activités complètent et parfois entrent en concurrence avec le portfolio CA Technologies, il ne faut pas perdre de vue que bien des technologies de protection présentes dans l’offre Symantec Endpoint Security sont d’abord développées et expérimentées par la division grand public (Norton Security). En outre, si les deux divisions ont un poids à peu près égal en termes de chiffre d’affaires, la division grand public avec ses produits Norton et Lifelock contribue à 90% aux bénéfices. Broadcom n’absorbe donc pas la division la plus rentable de Symantec.

En toute logique, la division grand public devrait poursuivre son aventure seule sous le nom « Norton Lifelock » avec des offres adaptées aux consommateurs et aux TPE.
Quant à la division entreprise, Broadcom la voit générer 2 milliards de dollars de revenus supplémentaires pour le groupe et lui permet d’asseoir sa présence dans l’univers de la sécurisation des infrastructures. Mais cette acquisition devrait entraîner de profonds bouleversements notamment dans les équipes commerciales internationales.