L’adoption du cloud public s’est souvent accompagnée de dépenses devenues imprévisibles et donc ingérables. Dans un monde devenu multicloud et axé sur la périphérie, la commodité des clouds publics doit s’accompagner de plus d’observabilité et de prévisibilité.

Par Ravi Naik, DSI et vice-président senior de la stratégie d’entreprise, Seagate Technology

Les clouds publics ont servi de catalyseur à presque toutes les entreprises prospères. Ils ont permis à de nombreuses start-up de voir le jour. Leur modèle de coût et leur commodité ont permis à des petites équipes ayant de bonnes idées de développer des activités. Les fournisseurs de services de cloud public ont accéléré des innovations qui, autrement, auraient nécessité beaucoup plus de temps ou n’auraient jamais vu le jour.

En ne facturant que la capacité de stockage utilisée, ils ont non seulement contribué à la croissance de leurs clients, mais également à leur propre croissance.
Selon Forrester, même dans une phase de faible croissance potentielle, entre 2018 et 2022, le chiffre d’affaires généré par les infrastructures, plateformes et applications des clouds publics augmentera de 21 % par an en moyenne, atteignant 411 Md$.

Seagate Technology fait partie des nombreuses entreprises qui tirent parti du cloud. Comme bon nombre d’entre elles, nous avions des données dispersées dans des silos. Les problèmes opérationnels mobilisaient trop notre personnel. L’hétérogénéité était problématique en termes d’évolution.
En transférant une charge de travail complexe, en l’occurrence nos analyses Hadoop, vers un cloud, nous avons réduit nos coûts de 40 %.

Au début, nous avons constaté que la consolidation dans le cloud présentait des avantages.
Mais ensuite, nous avons rencontré un certain nombre de problèmes.
L’enthousiasme suscité au départ par la réduction des dépenses d’investissement a abouti à une augmentation progressive de nos dépenses mensuelles dans le cloud : en raison de la façon dont nous accédons à nos données, nos dépenses mensuelles totales sont devenues imprévisibles.

Et nous ne sommes pas les seuls à avoir fait ce constat. Lorsque les entreprises atteignent une certaine taille, trop de DSI doivent aller voir leur supérieur pour lui demander une augmentation de 20 % de leur budget pour couvrir les factures. Et s’ils veulent migrer une partie des données hors du cloud, ils exposent l’entreprise à des pénalités.

Dropbox et Snapchat attestent de cette problématique. En 2015, Dropbox a décidé de réduire ses coûts en migrant ses utilisateurs vers sa propre infrastructure et ses propres logiciels. Les économies ainsi réalisées se sont élevées à 75 M$. Snap Inc., société mère de Snapchat, a dépensé plus de 1 Md$ dans des serveurs de cloud computing au cours des deux dernières années et tente de renégocier ses contrats avec ses partenaires cloud afin de cesser de « perdre tant d’argent ».

Par ailleurs, étant donné que de plus en plus de données sont générées à la périphérie et que 30 % d’entre elles devront bientôt être traitées à proximité de l’endroit où elles ont été créées, la périphérie éloigne également les données des clouds publics.

Nous entrons dans un monde multi-cloud, axé sur la périphérie et le coeur du réseau. Dans ce nouveau monde, la commodité des clouds publics doit s’accompagner de la prévisibilité des coûts, de la latence et de la croissance. C’est pourquoi les entreprises décident d’ajouter des clouds privés et hybrides à leur modèle.
Selon IDC, d’ici 2022, 70 % des entreprises « intégreront la gestion des clouds, dans leurs clouds publics et privés, en déployant des technologies, outils et processus de gestion unifiée d’environnements devenus hybrides et multi-clouds ».

Cela ne menace en rien les fournisseurs de services cloud à très grande échelle. Chez Seagate, nous pensons que l’ère des données ne fait que commencer, car le volume de données créées dans le monde devrait, en 2025, passer à 175 Zo (175 millions de petaoctets !). La prolifération des données est un gage de croissance. L’année dernière, Gartner a estimé que le chiffre d’affaires généré par les clouds publics allait augmenter de 17,5 % rien qu’en 2019. Et selon un rapport d’IDC, les dépenses dans les clouds publics vont plus que doubler entre 2019 et 2023, passant de 229 Md$ à près de 500 Md$.

Malgré ce succès, et peut-être grâce à celui-ci, les fournisseurs de services cloud ont la possibilité d’en faire profiter les entreprises à grande échelle.

Au nom des DSI et des professionnels partisans des clouds publics, je propose l’idée suivante qui serait bénéfique pour tous : pourquoi ne pas s’appuyer sur cette position à grande échelle pour aider les clients que le cloud a aidés à se développer ? Réfléchissez-y : les volumes de données ne feront qu’augmenter et cela créera de nouvelles opportunités commerciales. Il y a suffisamment de valeur créée et partagée pour tout le monde. Pourquoi ne pas investir dans des partenariats à long terme avec des clients choisis en leur proposant une expérience prévisible ? Plutôt que d’appliquer des niveaux de tarification et de limiter la quantité de données stockées et activées, les fournisseurs de services cloud peuvent ouvrir le marché en proposant une tarification simple, forfaitaire et prévisible, basée sur le seul critère de la capacité.

Le stockage de centaines d’exaoctets de données offrira de nouvelles opportunités qui créeront des sources de revenus bien plus importantes, mais ce ne sera pas le cas si les clients rapatrient leurs charges de travail.


Tribune de Ravi Naik, DSI et vice-président senior de la stratégie d’entreprise, Seagate Technology
publiée
dans le numéro 2248 daté mars du magazine IT For Business.