Les dernières semaines ont vu se concrétiser plusieurs initiatives de soutien aux entreprises du numérique et de renforcement de la souveraineté sur le vieux continent. Des signaux forts, à quelques semaines d’une élection présidentielle française qui, de son côté, ne place pas vraiment le sujet au cœur de la campagne.

Accélération ou défense ? Beaucoup d’observateurs ont cru voir, dans les récentes prises de décision de l’UE concernant le soutien militaire accordé à l’État ukrainien, comme un accélérateur d’une construction européenne qui se traînait jusqu’alors, en particulier sur le thème de la Défense commune.

Mais ils auraient pu aussi remarquer, début février, la conjonction de plusieurs annonces qui veulent la concrétiser sur le plan numérique, dans des secteurs aussi variés que les semi-conducteurs, les satellites basse-altitude, le quantique ou le cloud. Sans oublier les initiatives visant à aider la croissance des start-up européennes en les soutenant avec des fonds dédiés.

C’est ainsi que le ministre français de l’Économie Bruno Le Maire a pu se féliciter d’un « réveil européen, une vraie prise de conscience », à l’ouverture d’une conférence à Paris sur la souveraineté numérique le 8 février.
Il faisait notamment référence au Chip Act, présenté simultanément par la Commission européenne : un plan à près de 50 Md€ pour que le Vieux Continent héberge à l’horizon 2030 des usines produisant jusqu’à 20 % des besoins mondiaux en semi-conducteurs.
Il a également été question, lors de cette conférence, du PIIEC (Projet important d’intérêt européen commun, dans le jargon bruxellois) en cours de constitution sur le cloud souverain et dans lequel la France va injecter 300 M€ aux côtés de dix autres États européens.

UN FONDS DE FONDS POUR LES « SCALE-UP »

Au menu également de cette conférence, une proposition française de créer avec de l’argent public un « fonds de fonds » qui pourrait participer, aux côtés du secteur privé, à des fonds européens spécialisés dans le numérique. L’objectif est ici de mieux soutenir les start-up en forte croissance ‒ ou « scale-up » dans le jargon financier ‒ pour les aider à grandir encore jusqu’à devenir, pourquoi pas, des géants européens voire mondiaux.

« Pendant des décennies, par pur dogmatisme, on s’est empêché d’accorder des aides publiques à des projets industriels innovants, alors que la Chine le faisait, que les États-Unis le faisaient », relevait ainsi le ministre de l’Économie. Et d’ajouter que « la souveraineté aujourd’hui, c’est la souveraineté technologique ».

Message relayé une semaine plus tard à Toulouse par Thierry Breton, Commissaire européen du marché intérieur, qui mesurait l’avancement du projet européen de constellation de satellites à basse altitude. Les premiers déploiements de ces satellites destinés à rendre accessible à tous et partout un Internet haut-débit, devraient advenir avant la fin 2024, en réaction à la concurrence de Starlink d’Elon Musk, de Kuiper de Jeff Bezos, ou encore des réseaux russes et chinois.

DES POLITIQUES FRANÇAIS MUETS OU PRESQUE

Ces annonces en kyrielle ne seront peut-être pas toutes suivies d’effet. Mais elles ont le mérite d’exister. On n’en dira pas autant des propositions des candidats à l’élection présidentielle française, que le Medef avait invités à venir présenter à station F leurs propositions économiques pour le pays, et notamment pour le développement du numérique. Aucun d’entre eux – Anne Hidalgo, Marine Le Pen, Valérie Pécresse, Yannick Jadot, Fabien Roussel, Éric Zemmour – ne l’a véritablement placé au centre de sa stratégie. Et il y a fort à parier que les récents développements de l’actualité internationale ne vont pas changer la donne.


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