La course à l’armement est relancée ! C’est du moins ce que l’on pourrait conclure de l’étude réalisée par France Digitale et le cabinet de conseil Wavestone qui estime que l’ordinateur quantique est devenu un enjeu stratégique de souveraineté et de sécurité.

Entre IBM et Google, la bataille pour la suprématie quantique fait rage. Si peu d’entre nous sont en mesure de comprendre de quoi il est réellement question et en quoi cette bataille est essentielle, le fait est que les grandes manœuvres sont lancées. « De toutes les vagues technologiques, l’informatique quantique pourrait bien se révéler la plus puissante », affirme Nicolas Brien, CEO de France Digitale, association européenne de startups. C’est pourquoi « le sujet est trop important pour être laissé aux seuls ingénieurs. En augmentant et en accélérant la capacité de calcul, l’ordinateur quantique pourra, demain, transformer de nombreux pans de nos économies : banques, laboratoires pharmaceutiques et transports seront les premiers touchés. La cryptographie, l’intelligence artificielle ou encore la modélisation du vivant connaîtront une accélération technologique », ajoute le CEO de France Digitale.

Nette domination des Chinois et des Américains

Répartition des fonds d’investissement européens en 2019

Si l’informatique quantique ouvre de nouvelles perspectives en termes de solutions de sécurité, elle fait aussi peser un risque majeur sur la cybersécurité en menaçant de rendre inopérants les systèmes de chiffrement actuels selon l’étude « Informatique quantique : prêts pour le grand saut ? » réalisée par France Digitale et le cabinet Wavestone. Ce qui, toujours selon l’enquête, expliquerait les nombreuses stratégies nationales adoptées par les états avec des programmes de financement allant de 140 millions à 1 milliard d’euros.
Sans surprise, les géants américains et la Chine font la course largement en tête. Pour mémoire, l’administration américaine a lancé en 2019 le National Quantum Initiative Act, un programme de 1,3 milliards de dollars pour encourager la R&D et l’éducation en matière de technologie quantique. De son côté, La Chine a déjà investi 2 milliards d’euros sur le sujet depuis 2006 selon l’étude et s’apprêterait à dépenser environ 10 milliards de dollars dans un programme baptisé National Laboratory for Quantum Innovation.

Le Royaume-Uni se détache en Europe

Répartition des startups européenes en 2019

En 2016, l’Europe affirmait aussi ses ambitions dans le domaine de l’informatique quantique avec le Quantum Manifesto. Deux ans plus tard, naissait le Quantum Flagship, projet de la commission européenne sur dix ans doté d’1 milliard d’euros et qui mobilise plus de 5 000 chercheurs. Pour l’étude, l’écosystème européen est encore sous-développé : les startups ne sont pas assez nombreuses et surtout trop récentes. Résultat, bon nombre d’entre elles sont encore trop concentrées sur la R&D avec un modèle d’affaire « peu propice au passage à l’échelle ».
Dans cet écosystème européen, la France fait toutefois figure de bon élève : classée derrière le Royaume-Uni qui compte 20 startups spécialisées dans l’informatique quantique et devant l’Allemagne qui en compte 14, la France arrive en seconde position en Europe avec 16 startups. Selon l’étude, nous possédons même une recherche très active et de qualité, à l’image du projet recherche Quantum Silicon à Grenoble qui réunit les chercheurs de trois laboratoires français (CEA-IRIG, CNRS-Institut Néel et CEA-Leti) autour de la composition de processeurs quantiques basés sur du silicium. Et un plan national serait également en cours de préparation pour renforcer les investissements français dans le domaine du quantique. Une initiative saluée sans aucun doute par Nicolas Brien qui rappelle que « L’Europe a tout intérêt à maîtriser la technologie quantique pour rester dans la course, garder sa souveraineté et ainsi se préserver de certains risques (transfert des activités de R&D vers les USA ou la Chine, perte de productivité, incapacité à protéger ses communications sensibles telles que le renseignement ou l’intelligence économique…) ».

Source:
Informatique quantique : prêts pour le grand saut ?