2013 partait bien. L’ire de Google face à la décision de Free de filtrer les publicités au niveau de la Freebox avait en effet fait naître l’espoir de voir la France sortir de sa morosité.

L’année 2013, que tout le monde se souhaite – rituel oblige – bonne, est néanmoins annoncée comme l’annus horribilis dans la plupart des domaines. Y compris dans celui de l’IT qui, pourtant, partait plutôt bien. L’ire de Google, face à la  décision de Free de filtrer les publicités au niveau de la Freebox, avait en effet fait naître l’espoir de voir la France sortir de sa morosité. Et de rappeler au reste du monde ce qui fait le miracle hexagonal : ce délicat mélange – unique au monde – entre l’esprit de Descartes et ce célèbre esprit gaulois qui souvent innove, surprend et montre le chemin. La décision de Free est un coup de génie en même temps qu’une sacrée leçon de courage pour nos décideurs. Outre qu’elle ose défier cette superpuissance autoproclamée qu’est devenu Google, elle a le mérite de relancer de manière assez originale et subtile le pseudo-problème de la « neutralité du net ».

La France étouffe son orgueil

Ce qui m’attriste le plus, c’est que notre champion français a suscité plus de critiques de la part de ses compatriotes que d’admiration et de soutien. Reste que la décision de Free est comparable, dans la sphère internet, à la vibrante intervention de notre ministre des Affaires étrangères à l’ONU pour contrer les va-t’en guerre de la Maison Blanche dans le domaine de la politique internationale. Ou au combat très courageux de Jérémie Zimmermann contre les nauséabondes entreprises économiques des USA (brevet logiciel, Acta…). Mais cette fois, les Français, intoxiqués par la pub, Google et les autres marchands du temple, étouffent leur orgueil national pour un plat de lentilles… numériques. La France a toujours eu le chic pour douter de son génie et de ses capacités. Pour preuve, sans le moteur de Google, les internautes se sentent perdus, ignorant qu’il existe d’autres moteurs, et en particulier Exalead, d’une excellente facture souvent plus pertinent que Google, mais dont le seul tort est d’être… français. 

L’utopie de la neutralité

Quoi qu’il en soit, la démarche de Free aura prouvé, pour peu que l’on veuille bien regarder froidement la réalité en face, que l’éventuelle neutralité du net tient du mirage : qu’on le veuille ou non, internet est d’inspiration WASP (White Anglo-Saxon Protestant) et fonctionne donc selon une économie unique –celle de la publicité– avec une censure et des contrôles de plus en plus importants et ce, tous pays confondus. Un internet totalement et véritablement neutre – où tout propos et contenu serait autorisé— deviendrait vite intolérable et une atteinte permanente contre les valeurs démocratiques (voir, par exemple, le cas récent de Twitter que tente de gérer le gouvernement).  Internet n’est qu’une extension physique (des serveurs et une infrastructure) des territoires géographiques, politiques, culturels existants avec l’application du droit déjà en vigueur dans ces sphères. Le droit est normatif, et tout sauf neutre : il est l’expression d’une culture et d’une histoire. Le problème tient à la confusion entre, d’une part, impartialité (toutes les personnes sont égales et méritent l’équité de traitement) et, d’autre part, neutralité (toutes les idées sont égales). Au passage, personne ne s’émeut quand Google modifie en catimini la formule secrète gouvernant son moteur de recherche pour favoriser telle ou telle entité politique, économique ou industrielle au détriment d’une autre. 

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