Le spectre du cloud souverain renaît de ses cendres… L’Allemagne et la France ont officialisé la naissance de Gaia-X, une initiative destinée à regrouper différents acteurs du cloud européen pour s’affranchir du Cloud Act américain et retrouver une totale souveraineté sur les données européennes. Une idée ancestrale qui a jusqu’ici connu plus d’échecs que de réussites…

Cloud souverain… le terme donne encore des sueurs froides à tous ceux qui se souviennent encore des fiascos et gouffres financiers nommés Cloudwatt et Numergy, fruits d’une lubie d’un cloud à la française dénommée Andromède et voulue par le gouvernement français de l’époque, à savoir celui de François Fillon. On est alors en 2009.
Dix ans plus tard, en 2019, Bruno Lemaire évoquait à nouveau l’idée d’un cloud souverain, d’un cloud national stratégique… Comme si les acteurs nommés OVHcloud, Scaleway, Orange Business Services (OBS Flexible Engine), Alwaysdata, Clever Cloud, Total Cloud et autres Outscale ne suffisaient pas à assurer une autonomie au numérique français. Et comme si le travail de l’ANSSI autour de la certification de cloud de confiance n’avait aucune utilité, aucun intérêt, ni aucun impact politique.

Accordons au moins à Bruno Lemaire le mérite d’avoir finalement étendu sa vision à une approche européenne. Avec son homologue allemand, il a annoncé cette semaine le coup d’envoi d’un projet de cloud européen : Gaia-X. « Nous ne sommes pas les États-Unis, nous ne sommes pas la Chine, nous sommes l’Europe, avec nos propres valeurs économiques et nos propres intérêts économiques, que nous voulons défendre » a lancé le ministre de l’Économie et des Finances en débutant sa déclaration, plaçant ainsi le fond du débat. Objectif, mettre un terme à l’emprise des hyperscalers américains sur les données européennes.

Heureusement, l’approche européenne s’annonce cette fois un peu plus logique et plus pragmatique que les initiatives précédentes. L’idée n’est plus de « construire » un concurrent à AWS, Azure, GCP ou Alibaba Cloud, mais plutôt de fédérer autour d’un label commun des acteurs régulés par les lois locales et indépendants de toutes juridictions américaines (et notamment du tristement célèbre Cloud Act) ou chinoises. En cela, les mots de Peter Altmaier, le ministre des finances allemand, qualifiant « Gaia-X » d’ « Airbus du Cloud » sont plutôt maladroits même s’ils cherchaient probablement à promouvoir l’idée d’une coopération européenne.
En l’état, Gaia-X est d’abord un label régi par une structure à but non lucratif qui sera basée en Belgique. Elle comporte déjà 22 membres dont Deutsche Telekom, Bosh, Siemens, SAP, BMW côté allemand et Atos, OVHcloud, Scaleway, Orange, Safran côté français.
Le label se construit autour des principes d’indépendance (aux lois extra-territoriales), de transparence, et de réversibilité. Bercy souhaite voir les premières certifications « Gaia-X » être apposées dès le premier semestre 2021.

Cette déclaration d’indépendance européenne fait évidemment grincer les dents des grands clouds américains, d’autant que tous sont assez conscients qu’une telle initiative peut fonctionner uniquement à cause de l’US Cloud Act qu’ils ont eux-mêmes largement combattu. Reste que l’Europe peut tenter de se calfeutrer derrière un label, les réalités politico-économiques ne permettront pas d’écarter si facilement les Microsoft, Google et AWS du label Gaia-X. Un porte-parole de Microsoft a d’ailleurs déclaré à Euractiv que « à l’ère du cloud, nous pensons qu’il est erroné de définir la souveraineté sur les frontières territoriales… Nous sommes en discussion avec le ministre de l’Économie à Berlin autour de notre participation à Gaia-X ». AWS et Google auraient eux aussi entamé des démarches pour ne pas être laissés en marge du label à venir.
En outre, les grands groupes français, allemands, européens, ont besoin de servir leurs clients internationaux avec la meilleure réactivité possible et ne sont donc pas près de pouvoir se passer des grands hyperscalers désormais présents dans toutes les régions du globe.

De façon ironique, ce n’est pas tant l’arrivée d’un futur label européen que le fâcheux US Cloud Act qui plombe aujourd’hui les démarches européennes des grands clouds (rappelons qu’AWS et Azure disposent de régions cloud en France et en Allemagne).

Plan de soutien conjoncturel aux entreprises technologiques

Bruno Lemaire est décidément un homme très occupé en ce moment par les affaires numériques. Quelques heures après le lancement de Gaia-X, le ministre de l’Économie et des Finances, a annoncé un plan de soutien conjoncturel pour les entreprises technologiques de la French Tech.
Ce plan prévoit :
– un fonds « French Tech Souveraineté » composé d’une première enveloppe de 150 millions d’euros qui pourra être étendu à 500 millions d’euros en 2021.
– un soutien à la trésorerie composé d’un réabondement de 80 millions d’euros du fonds French Tech Bridge  et du lancement d’une offre de prêts de 100 millions d’euros pour des startups prometteuses ayant des difficultés conjoncturelles.
– un rechargement du fonds d’investissement PSIM pour 120 millions d’euros.
– un renforcement du dispositif d’aides à l’innovation avec une extension du concours i-Nov (enveloppe de 80 millions d’euros) et le lancement d’une nouvelle vague de Challenges IA dotée de 15 millions d’euros.
– un soutien de 200 millions d’euros à l’émergence d’un nouveau vivier de startups
– un large appel à contribution auprès du grand public et des entreprises
– un soutien au recrutement par des actions d’information au travers d’une plateforme de contenus en ligne, d’une campagne de communication sur les opportunités d’emploi de la Grench Tech et 1 million d’euros pour financer les initiatives locales.