Le jeu vidéo a toujours été l’un des moteurs de l’innovation technologique en informatique aussi bien en matière de matériel, de développement logiciel que d’expériences utilisateur. Et la dernière Gamescom se révèle riche en enseignement…

La Gamescom est le plus grand salon de jeux vidéo en Europe – un événement aussi important que l’incontournable E3 Show de Los Angeles – qui se tient chaque année à Cologne fin août. Les constructeurs et éditeurs en profitent pour y lancer leurs innovations et leurs productions phares de fin d’année. Et même si rien n’interdit aux DSI et autres responsables IT d’être des gamers enflammés durant leur temps libre, la visite du Gamescom est aussi instructive d’un point de vue professionnel. Tendances dans les domaines des interfaces, du design et même goûts du public sans oublier les innovations technologiques qui s’appliqueront un jour ou l’autre à l’univers professionnel… Il y a beaucoup à glaner lors de la visite d’un tel salon. Car le jeu vidéo reste un moteur clé dans l’évolution des techniques de programmation et de conception des CPU et GPU. Responsables IT et DSI auraient donc tort de passer à côté de cet événement essentiel pour anticiper les tendances de demain.

Voici ce qu’il faut retenir de cette édition 2019 dans laquelle la réalité virtuelle (star des éditions précédentes) aura été plutôt discrète. Ceci malgré la présence d’un « Showcase VR » dédié et l’arrivée d’expériences un peu nouvelles comme « Acron » un jeu multijoueur mixant joueurs en VR et joueurs sur smartphones.

Du Ray-Tracing pour embellir les rendus…

Le support du ray-tracing temps réel via DirectX DXR et la nouvelle génération de cartes graphiques NVidia (telles les GeForce RTX 20xx et 20xx Super) donne droit à une véritable révolution visuelle. Et la meilleure démonstration de cette révolution visuelle a été dévoilée lors de la Gamescom avec le support du ray-tracing dans Minecraft. Il est possible, à moindres frais de développement, de totalement transformer l’impact visuel d’un jeu et de manière générale de toute scène 3D voire de toute interface 3D, en y introduisant les techniques de ray-tracing.

L’exemple spectaculaire de Minecraft (dont le look au départ volontairement pixélisé et désuet se retrouve profondément transformé) peut ainsi inspirer les DSI et les développeurs dans le cadre du serious gaming comme dans le cadre des expériences utilisateurs (le ray-tracing a toujours été présent en infographie et en CAO) et mérite que l’on s’y intéresse.

Du Cloud Gaming aux Worsktations 3D dans le cloud

Les grands acteurs du Cloud à commencer par Amazon, Microsoft et Google, s’apprêtent à poursuivre leur confrontation sur un nouveau champ de bataille. Celui du Cloud Gaming. L’idée n’est pas nouvelle et a déjà notamment été expérimentée par Orange (depuis la seconde génération de Livebox), puis par NVidia (et son service GeForce Now) ainsi que par des startups comme la jeune pousse française Blade (et son service Shadow PC). Des services comme Google Stadia et Microsoft xCloud veulent aujourd’hui promouvoir le jeu en streaming sur n’importe quel device et s’auto-décrivent comme la « 3ème génération du cloud gaming ». Plus besoin de disposer de la dernière génération de consoles ou de PC de gaming pour profiter des jeux les plus exigeants du moment.

N’importe quel terminal suffit, y compris les tablettes et smartphones, tous les calculs de rendu s’effectuant sur des serveurs dans les clouds de ces grands opérateurs. Et quand on voit la fluidité du rendu et la réactivité des commandes, difficile de ne pas s’interroger sur la pertinence des offres entreprises actuelles de VDI (Virtual Desktop) et DaaS (Desktop as a Service). Les technologies mises en œuvre pour xCloud ou Stadia sont applicables à la création de Workstations de CAO/DAO 3D hébergées dans le cloud et semblent beaucoup plus pertinentes que celles aujourd’hui utilisées dans les offres VDI/DaaS. Et Microsoft a aussi prévu que sa technologie xCloud puisse être utilisée pour exécuter sur n’importe quel device les jeux hébergés sur son propre PC « on premises ». Même si l’éditeur n’est pas entré dans les détails d’un tel fonctionnement, la technologie pourrait ouvrir la voie à des scénarios applicables en entreprise. Stadia et xCloud entrent en phase de bêta tests publics en octobre prochain (cf Ce que Google Stadia et Microsoft xCloud peuvent apprendre aux DSI).

Et si l’entreprise adoptait les PC de gamers ?

Depuis des années, des constructeurs comme Dell, HPE ou Lenovo proposent aux entreprises des Workstations 3D à prix forts sous prétexte qu’elles sont certifiées pour les grands workloads que sont les outils de création d’Autodesk, Adobe, Dassault Systems, etc.
Mais le nombre d’utilisateurs ayant besoin d’accès ponctuel à ces outils s’est accru. L’une des solutions consiste à utiliser des Workstations en VDI. Une autre consiste à équiper ces collaborateurs de PC bon marché dotés de capacités 3D. Or on voit apparaître sur le marché toute une nouvelle génération de PC très nomades, légers et fins, aux capacités graphiques boostées. Lors de la Gamescom 2019, MSI a introduit ses nouveaux Prestige 14 et Prestige 15 à base de processeurs Intel Core 10ème génération (à 6 cœurs) associés à la nouvelle génération de GPU NVidia GTX 16 Series ou NVidia MX 250. Selon MSI, ces machines offrent une expérience 50% plus rapide sur des applications comme Adobe Photoshop par rapport aux générations précédentes.

Le constructeur HP s’est plutôt tourné vers AMD pour réduire encore les prix de ses machines. Sa nouvelle gamme « Pavilion Gaming Laptop » embarque des processeurs AMD Ryzen de 3ème génération associés à des cartes NVidia GTX 1660 ou RTX 2060/2070. Les prix démarrent à 699 €.

Une réflexion similaire peut aussi être envisagée sur les stations fixes. Alors qu’Apple s’est inspiré des râpes à fromage pour le design de ces nouveaux Mac Pro, la filiale Alienware de Dell est allée chercher inspiration chez Dyson et ses ventilateurs pour ses très spectaculaires et réussis « Aurora R9 » aux spécifications affolantes : Core i9, 64 Go de RAM DDR4, 4 To de stockage flash NVMe et carte graphique RTX 2080 Ti.

Transformer les ultrabooks en Workstations 3D

La plupart des ultrabooks aujourd’hui proposés en entreprise sont certes ultra-légers, ultra-designs et ultra-autonomes, mais ils pèchent souvent par leur capacité graphique. Heureusement, ils sont le plus souvent dotés de sortie USB-C compatible Thunderbolt 3. Grâce à des solutions sorties de l’univers Gaming, cette interface peut les transformer en puissantes stations graphiques lorsque ces machines sont utilisées comme PC principal une fois de retour au bureau. Les boîtiers eGPU (aussi appelés eGPU Enclosure) ajoutent une carte graphique externe de compétition à tout ordinateur portable. Ils peuvent accueillir une ou plusieurs cartes graphiques PCIe et piloter plusieurs moniteurs externes. De tels boîtiers sont proposés par Razer (Core X et Core X Chroma), Gigabyte (Aorus RTX GamingBox), Sapphire (Gearbox), et même Asus (ROG XG Station 2).

Bref, l’univers du jeux vidéo reste toujours aussi foisonnant et inspirant. Le Gaming est avec les ultrabooks l’un des seuls créneaux du marché PC qui soient en croissance soutenue. C’est ici que les constructeurs innovent le plus pour proposer des machines aux performances exceptionnelles dans des habits toujours plus designs, fins et utlra-mobiles. Des innovations qui auront un impact sur les PC des entreprises tout comme les nouveaux jeux auront un impact sur les techniques et les outils de développement en entreprise à l’heure où la réalité virtuelle y trouve ses usages et où la visualisation 3D des données se généralise…

Des PC modulaires pour un monde Green IT

Parallèlement à la Gamescom, Dell a présenté un nouveau concept de PC modulaire. Bien des entreprises s’orientent vers des PC « All in One » pour limiter le nombre de fils et économiser un maximum de place sur le bureau. Une solution qui n’est pas très écologique puisque électronique PC et écran ne font qu’un. Toute la solution doit donc évoluer lorsque l’on veut gagner en performances. Or les technologies d’écran n’évoluent pas au même rythme que celles des CPU et des GPU. D’où l’intérêt de la nouvelle approche modulaire proposée par Dell avec son nouvel OptiPlex 7070 Ultra qui dérive de la tendance mini-PC. Ici, la mini machine se cache au cœur même du pied du moniteur. Pour faire évoluer la configuration, il suffit simplement de changer le « module PC ».  Une idée simple qui mérite d’être explorée (cf Vers des PC plus modulaires et plus écologiques).