Avec l’arrivée de Microsoft et Google, le marché du cloud gaming devrait connaître une forte accélération. Leurs innovations ne peuvent laisser les DSI indifférents.

2019 devrait marquer le véritable départ de l’ère du cloud gaming avec l’arrivée des offres de Microsoft (xCloud) et Google (Stadia). Certes d’autres acteurs les ont précédés à l’instar de NVidia et de son service GeForce Now conçu notamment pour son boîtier TV Shield, mais aussi des Français de Blade (avec leur Shadow PC) ou encore des opérateurs comme Orange. Des pionniers qui ont plus que largement démontré la faisabilité du concept.

Jusqu’ici, ce marché a surtout été freiné par les infrastructures Internet locales. Le Gaming dans le cloud impose non seulement du très haut débit mais également une bande passante stable et une latence extrêmement faible. L’arrivée de la 5G, la montée en puissance régulière de la fibre, les améliorations apportées par « HTTP/3 » ouvrent de nouvelles perspectives que les grands du cloud n’ont pas l’intention de laisser passer.

Jouer sans limite

À l’occasion de l’E3 Show – le plus grand salon international dédié aux jeux vidéos qui s’est tenu la semaine dernière à Los Angeles -, Google et Microsoft ont donné un peu plus de détails sur leurs futures offres respectives qui seront lancées en Bêta à partir d’octobre 2019. Leur objectif est finalement assez simple : permettre de jouer n’importe quel jeu sur n’importe quel type de périphérique, toute la puissance graphique nécessaire étant embarquée dans le nuage. Les deux entreprises comptent s’appuyer sur la performance de leurs infrastructures cloud existantes, leur réseau mondial de fibres et leur forte présence sur les points d’interconnexion pour faire la différence et imposer une nouvelle façon de profiter des jeux vidéos.

Des infras cloud puissantes

Avec Stadia, Google vise essentiellement les navigateurs Web et tous les appareils Chromecast comme terminaux de jeux. L’infrastructure est destinée à proposer des jeux PC avec une expérience de gaming 4K en 60 images par secondes si l’utilisateur dispose de la fibre et de l’abonnement Stadia Pro offrant ce niveau de qualité de service. Google annonce que les jeux seront délivrés par des serveurs d’une puissance graphique de 10,7 Téraflops.

Avec xCloud, Microsoft cherche davantage à permettre à tous ses joueurs XBox One de retrouver l’expérience ludique et le catalogue de la console sur mobiles et sur n’importe quel autre appareil entre ses doigts. Pour cela, Microsoft a conçu des serveurs lames « maison », basés sur l’électronique de la Xbox One, qu’elle place dans ses datacenters Azure.

Le jeu, moteur d’innovation

Contrairement aux apparences, l’arrivée de ces services n’est pas sans intérêt pour les DSI. Le jeu vidéo a toujours été l’un des grands moteurs d’innovation de l’informatique. C’est lui, bien plus que la CAO, qui rythme l’évolution des GPU et ceci depuis leur origine. Une tendance qui n’est allée qu’en s’amplifiant. Si la dernière génération de processeurs graphiques (NVidia GeForce RTX 2000, AMD Radeon RX 3000) intègre désormais le « Ray-Tracing » temps réel, c’est d’abord pour satisfaire les innovations de DirectX 12 (DXR) et les besoins des développeurs de jeux. De même, la nouvelle génération de processeurs Intel Core i9 a d’abord trouvé refuge dans les PC de Gaming.

Des DSI pas indifférents

C’est pourquoi les DSI devraient s’intéresser dès aujourd’hui à ces offres. Ils peuvent déjà tirer plusieurs enseignements de ces nouveaux services de Cloud Gaming et réfléchir sur leurs impacts à moyen terme :
Le WaaS devient réalité : Le savoir-faire accumulé sur ces offres purement graphique et ludique devrait aussi à terme impacter les offres de « PC dans le cloud » ou « Desktop as a Service » (DaaS) proposées par Microsoft et Google. Les exigences de connectivité du cloud gaming auront forcément des répercussions sur les interconnexions. Parallèlement, l’idée de « Workstation as a Service » (WaaS) prend forme vu les performances de rendu et les latences réduites promises par Stadia et xCloud. Ces technologies pourront en effet être exploitées à des fins plus professionnelles.
L’infographie 3D s’invite sur client léger : ces services de cloud gaming permettent de profiter pleinement de jeux 3D sur n’importe quel navigateur Web (donc n’importe quel Thin-Client) et n’importe quel smartphone ou tablette. Les technologies sous-jacentes permettent donc de faire abstraction des plateformes et des terminaux même pour exécuter des applications extrêmement consommatrices de puissance graphique. Elles offrent de nouvelles solutions pour les entreprises en manque de performance graphique mobile.
Une nouvelle ère s’ouvre pour le Serious Gaming et les simulateurs : l’un des freins à l’apprentissage par le jeu vidéo réside dans la diversité du parc de PC de l’entreprise et dans son incapacité à exécuter des jeux 3D avec les performances nécessaires. Avec de tels services, tous les appareils acquièrent la capacité d’exécuter les simulations 3D les plus complexes et les serious games avec une richesse graphique et des performances extrêmes.
Nouveaux usages = nouvelles politiques : les consoles de jeux, certes virtualisées dans le cloud, vont dès lors entrer dans l’entreprise via le smartphone dans la poche des employés mais aussi via les navigateurs des Mac et PC. La tentation de poursuivre au boulot la partie démarrée sur la console de salon sera forte chez tous les collaborateurs « gamers ». Des garde-fous devront être imaginés à l’heure où les frontières entre vie professionnelle et vie privée s’estompent plus que de raison.
Nouveaux usages = nouvelles opportunités : si la sauce « cloud gaming » prend, le nombre de joueurs à travers la planète va augmenter ouvrant de nouveaux marchés et de nouvelles opportunités de toucher les clients à travers les jeux vidéo. Une piste à explorer.