De Claude Code à Cowork : l’agent généraliste change d’échelle

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IA Agentique : Anthropic lance Cowork, le Claude Code des non Devs…

Par Laurent Delattre, publié le 14 janvier 2026

Anthropic surfe sur son « moment Claude Code » qui a envahi la toile médiatique et les réseaux sociaux depuis quelques semaines pour inaugurer une nouvelle IA agentique généraliste, inspirée de Claude Code, crée avec Claude Code, mais qui se destine à tous et à toutes les tâches qui ne tiennent pas du développement. Dénommée « Cowork », elle promet de secouer l’automatisation des métiers par l’IA autant que Claude Code a secoué l’ingénierie logicielle !

Annoncé cette semaine par Anthropic, Cowork est un produit dérivé de Claude Code, né d’un constat d’usage plutôt que d’un plan de gamme prévu de longue date.
Anthropic explique qu’à la sortie de Claude Code, l’outil devait servir “pour le développement”, avant que les utilisateurs ne l’emploient également « pour à peu près n’importe quoi d’autre ». Ainsi, chez les développeurs adeptes de Claude Code, l’agent IA qui automatisait des tâches de dev s’est mis à automatiser des tâches de travail au sens large, mais en restant prisonnier d’un terminal et d’une expérience “développeur”. Typiquement, certains Devs lui ont demander des recherches de vacances, de nettoyer leur boîte email, d’annuler leurs souscriptions à des services ou encore de récupérer toutes les photos de mariage disséminées sur leur disque dur.

Et cette variété d’usages et de demandes utilisateurs a inspiré Anthropic. Utilisant le même moteur agentique mais une interface desktop et quelques ajustements comportementaux, Cowork est la réponse à une demande qui dépasse le cadre du développement et touche potentiellement tous les collaborateurs des organisations.

Quand l’assistant IA devient un exécutant

Avec Cowork, Anthropic ne se contente pas d’améliorer l’expérience d’un assistant conversationnel. L’éditeur fait un pas de plus vers un Claude “d’action”, capable d’opérer sur des fichiers et d’enchaîner des opérations de façon autonome. De quoi exciter les utilisateurs et inquiéter les DSI qui voient les collaborateurs s’approprier une IA qui agit directement sur les fichiers en faisant un nouveau sujet de contrôle, de traçabilité et de responsabilité qui dépasse largement le cadre des simples assistants IA.

Sur le plan fonctionnel, Cowork se veut volontairement simple à appréhender. L’utilisateur accorde un accès explicite à un dossier, et Claude peut ensuite « lire, modifier ou créer des fichiers dans ce dossier ». Ce point, en apparence basique, est en réalité structurant : Cowork n’est pas conçu pour rester dans une conversation abstraite, mais pour travailler “dans” les artefacts, transformer un ensemble hétérogène de documents en livrable, puis le produire sous la forme attendue.
Anthropic illustre ce chaînage avec des cas concrets, comme la génération d’un tableau de dépenses à partir de captures ou la réorganisation d’un répertoire de téléchargements. Et l’éditeur insiste sur le mode opératoire : Claude peut « élaborer un plan et le mener progressivement à bien », pendant que l’on empile des tâches, avec une expérience qui ressemble davantage à des consignes laissées à un collègue qu’à un dialogue en aller-retour.

Organize your desktop files with Cowork

Dans cette vidéo, Anthropic montre comment Cowork peut être utilisé pour réorganiser le bureau et ranger automatiquement des documents au bon endroit.

Et Cowork ne s’arrête pas au système de fichiers local. L’agent peut s’appuyer sur des connecteurs et des “compétences” destinés à améliorer la production de documents ou de présentations. Des intégrations sont possibles avec des services comme Asana, Notion ou PayPal. L’agent peut même se coupler à “Claude for Chrome” pour exécuter des tâches dans le navigateur, jusqu’au remplissage de formulaires. Cette extension est loin d’être un détail : dès que l’agent IA peut passer du dossier local à des applications hébergées, il commence à ressembler à une brique d’automatisation transversale, à mi-chemin entre assistant bureautique et automatisation robotisée des processus “nouvelle génération”.

L’ère de la “shadow IA” sur le poste de travail

C’est précisément à cet endroit que la discussion bascule, côté DSI, vers la maîtrise du risque. Anthropic rappelle que Claude « ne peut pas lire ni modifier ce à quoi vous ne lui avez pas donné un accès explicite » et qu’il « demande avant d’effectuer des actions significatives ». Mais l’éditeur met aussi en avant les angles morts : l’agent peut réaliser des actions « potentiellement destructrices » (supprimer des fichiers, par exemple) s’il en reçoit l’instruction ou s’il interprète mal des instructions insuffisamment précises, et il existe toujours un risque d’injection d’instructions via des contenus rencontrés sur Internet, susceptibles « de modifier le plan de Claude ». « Ces risques ne sont pas nouveaux avec Cowork, mais c’est peut-être la première fois que vous utilisez un outil plus avancé qui dépasse la simple conversation » alerte un responsable de l’éditeur. On comprend alors que Cowork doit être évalué non comme un assistant, mais comme un mécanisme d’exécution, qui appelle des garde-fous, une journalisation des actions et une gouvernance fine des droits.

De façon un peu ironique, Cowork a largement été créé par Claude Code ! L’équipe a construit son nouvel agent généraliste en « une semaine et demie » en décrivant ses besoins, en laissant l’IA implémenter les prototypes, puis en la guidant au fil de l’eau pour peaufiner la version preview actuelle.

Reste à voir si l’adoption sera aussi rapide et enthousiaste que celle de Claude Code car son public reste moins expert mais bien plus large. Après tout, la plupart des fonctions tertiaires manipulent des fichiers, des documents, des tableaux, des synthèses et des flux de travail, exactement ce que Cowork peut et sait faire si on le lui demande. Pour l’instant, son déploiement dans les entreprises restera limité. Car Anthropic se montre prudente dans son approche : Cowork est encore un « aperçu de recherche », limité aux abonnés Claude Max (l’offre la plus onéreuse) et à macOS. Mais Anthropic promet d’itérer rapidement avec une feuille de route annoncée vers Windows et des capacités de synchronisation entre machines.

Une nouvelle fois, au fur et à mesure de l’ouverture de Cowork à tous les plans payants de Claude AI, les DSI vont devoir se méfier de la Shadow IA que ne manquera pas de provoquer une adoption rapide de l’outil par les métiers dès que ces derniers découvriront son utilité dans les tâches de préparation, de consolidation et de production de livrables. Or, dès lors qu’un agent peut écrire dans des dossiers, exploiter des connecteurs et agir dans un navigateur, il devient urgent pour les DSI de poser des règles simples, compréhensibles et vérifiables en définissant des espaces de travail dédiés plutôt que d’ouvrir l’accès à tous les répertoires, en encadrant les connecteurs et les identités associées, en exigeant une traçabilité des actions, et en traitant l’injection d’instructions comme un vrai risque de sécurité applicative. Bref, l’arrivée de Cowork promet de secouer le paysage agentique des entreprises à une échelle bien supérieure à Claude Code. Et nous n’en sommes qu’au début de l’année 2026. La concurrence ne manquera pas de réagir…

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