Tous les dinosaures ne sont pas préhistoriques. Le Z15 est un mainframe certes, mais il parle Linux, containers, API, DevOps, malgré une conception aux antipodes des grands clouds x86…

IBM inaugure le z15 un nouveau mainframe digne héritier de la série Z. Lors des deux premiers trimestres 2019, les résultats financiers ont été fortement impactés par la morosité de sa branche mainframe. Mais on aurait tort d’y voir là un déclin majeur de cette activité. Cette morosité est tout simplement liée aux cycles de vie du business des monstres informatiques. Depuis les années 2000, tous les neuf trimestres environ ce Business rebondit boosté par la sortie d’un nouveau modèle et le besoin des entreprises de moderniser leur environnement. À dire vrai, les cycles s’accélèrent même et le dernier cycle en date aura été l’un des plus glorieux depuis bien longtemps.
Car le marché du mainframe pèse encore plus de 2 milliards de dollars par an et, contrairement à une idée ancrée dans l’inconscient collectif, est toujours en croissance : il est estimé à 2,91 milliards de dollars en 2025 selon Allied Market Research.

Non, les mainframes ne sont pas morts

 

Des z15 en assemblage chez IBM…

Le z15 arrive donc à point nommé alors que le z14 atteint sa fin de parcours après 9 trimestres de bons et loyaux services. Selon IBM, 87% des transactions de cartes bancaires sont gérées par le biais de ses systèmes Z. 29 milliards de transactions ATM (distributeurs de billets) par an sont également gérées par ses mastodontes.
Des mastodontes qui ne sont pas aussi archaïques que ce que certains jeunes esprits aiment à penser. Introduit en 2017, le Z14 embarquait jusqu’à 170 CPU par partition, boostés à 5,2 GHZ et dotés de gros caches L1 à L4 (672 Mo pour le cache L4) et une mémoire de 32 To RAIM (Redundant Array of Independant Memory, bien plus résiliente que la mémoire ECC des serveurs x86).
Le Z14 fonctionne bien sûr sous le système propriétaire z/OS (mais aussi z/VSE et z/TPF) mais aussi sous des éditions « Z » de Red Hat Enterprise, SUSE Linux Enterprise Server et Ubuntu Server. Deux hyperviseurs sont aussi supportés (au-dessus du mécanisme de virtualisation LPAR au cœur de la plateforme) : z/VM et KVM.
Mais IBM n’a pas uniquement modernisé l’électronique et les OS supportés par ses mainframes. Il a surtout modernisé sa façon de les commercialiser ! Dès le début des années 2000, IBM a introduit l’idée d’un paiement à l’utilisation de CPUs donnant aux entreprises une certaine flexibilité sur le nombre de CPUs dont elles avaient besoin à un moment donné. Cette année, préparant l’arrivée des z15, IBM est allé encore plus loin en introduisant son programme TFPP (Tailor Fit Pricing Program) très inspiré de la facturation cloud : les clients payent à la consommation de ressources. Autrement dit, les entreprises ont accès à toute la puissance du z15 mais ne payent que ce qu’elles consomment réellement. Le tarif TFPP se révèle plus intéressant si l’utilisation du mainframe est très élastique et variable.

Le z15, un mainframe bâti pour la cybersécurité et le cloud hybride

Un z15 en version max, 4 châssis

IBM a fait de la « Privacy » (confidentialité et sécurité des données) le cheval de bataille de son nouveau mainframe. Le z14 comportait déjà des ASICs pour tout chiffrer sans impact sur les performances. Le z15 va encore plus loin. Il est capable d’absorber jusqu’à 1000 milliards de transactions Web chiffrées par jour ou encore d’animer 2,4 millions de containers Linux (sur un seul z15) ! Mais il introduit surtout une volonté de garder les données chiffrées et protégées (par des droits) lorsqu’elles sortent de l’univers du mainframe au travers d’une infrastructure « Data Privacy Passports » et de « Trusted Data Objects » (TDO). Selon IBM, la volonté de cette approche est d’offrir à tous les terminaux d’une entreprise un niveau de sécurité « mainframe ».
Pourtant, ce qui intéressera probablement plus encore les entreprises, c’est l’arrivée d’OpenShift (l’implémentation de Kubernetes sous RHEL associé à un ensemble d’outils Red Hat pour Kubernetes) sur ses mainframes suite au rachat de Red Hat par IBM cet été. En un mot, le z15 acquiert une capacité native à servir de cluster Kubernetes pour exécuter des containers Linux.
Côté technique, on retiendra que le z15 propose jusqu’à 190 cœurs CPU, améliore les performances d’exécution de 14% par rapport au z14, accueille jusqu’à 40 To de RAIM (soit 25% de plus que le z14), et offre 20% de canaux I/O supplémentaires.
Voilà de quoi satisfaire les besoins des banques et autres grands organismes qui n’ont pas l’intention de se départir de leurs mastodontes informatiques. Pour les autres, l’heure de sortir la calculette sonne à nouveau alors que les grands clouds leur proposent différentes approches pour migrer les Workloads mainframes (y compris Cobol) à l’instar d’Azure (déplacer le calcul mainframe Azure)…

Source :
IBM z15 : The new standard for data privacy and security in a hybrid cloud world