La production industriellea été transformée par la vapeur au dix-neuvième siècle, par l’électricité au début du vingtième siècle, et par l’automatisation dans les années 1970. Aujourd’hui, la production évolue sous l’effet d’une quatrième vague technologique qui voit l’émergence de technologies disruptives appliquées à l’industrie (imprimante 3D, cloud, robotique avancée, etc.). Cette quatrième vague a un nom : l’industrie 4.0. Déjà une réalité pour de nombreux acteurs, elle va dans la prochaine décennie transformer nos modes de production et l’organisation du travail, à condition que les acteurs prennent pleinement la mesure de son potentiel.

Si l’industrie 4.0 constitue une source d’avantage concurrentiel essentielle pour les entreprises, elle aura également un impact fort sur les économies. Le BCG a ainsi calculé que si l’Allemagne maintenait ses investissements dans le développement de l’industrie 4.0 au cours de la prochaine décennie, elle pourrait gagner jusqu’à 1 % de PIB par an. L’impact sur l’emploi serait également bénéfique, puisque 350 000 nouveaux postes nets seraient créés d’ici 2025 en Allemagne.

Pourtant, le déploiement des outils de l’industrie 4.0 doit encore être accéléré. Par exemple, si 1,4 million de robots avancés sont déjà à l’œuvre à travers le monde, chiffre qui devrait tripler d’ici 2025, on note de fortes disparités d’équipement d’un pays et d’un secteur à l’autre.

Cinq pays (Corée du Sud, Chine, États-Unis, Japon et Allemagne) concentrent à eux seuls 80 % des robots déployés, et quatre industries (transports, électronique, équipements électriques et machinerie) représenteront à elles seules 75 % des investissements en robotique avancée dans la décennie à venir.

L’exploitation de cette dernière reste bien inférieure à son potentiel. Ainsi, les industries chimique et métallurgique italiennes n’ont automatisé à ce jour que 0,5 % des tâches, alors que 14 à 16 % sont automatisables. De même aux États-Unis, 53 % des tâches dans l’industrie des équipements de transport pourraient être effectuées par des robots, contre seulement 8 %, dans les faits, aujourd’hui.

La robotique avancée reste par ailleurs pour l’instant l’apanage des grands groupes, alors même que l’importante baisse des prix d’achat (chute de 40 % sur les dix dernières années) et la facilité grandissante d’utilisation en font un levier de compétitivité à ne pas négliger pour les entreprises de petite taille ou de taille intermédiaire.

Pour tirer pleinement parti des nouvelles possibilités offertes par l’industrie 4.0, la question des talents est cruciale. Les entreprises doivent former leurs employés à de nouveaux outils et modes de travail (contrôle qualité basé sur le big data, utilisation de la réalité augmentée, etc.).

Par ailleurs, les systèmes éducatifs doivent être adaptés pour répondre à une demande nouvelle. On anticipe ainsi en Allemagne, par exemple, que 120 000 spécialistes de l’informatique viendront à manquer d’ici 2025.

Cette nouvelle révolution industrielle est une véritable opportunité pour la France. Nous avons en main tous les atouts pour transformer rapidement notre industrie : une main d’oeuvre qualifiée, des ingénieurs de haut niveau, quelques-uns des fleurons de l’industrie mondiale, mais également un écosystème solide de start-up dans le domaine des nouvelles technologies. L’ensemble des acteurs industriels doivent prendre rapidement la mesure du changement qui nous attend, et ce, quel que soit leur secteur ou la taille de leur structure.

Antoine Gourévitch, Directeur Associé senior, BCG Paris
Moundir Rachidi, Directeur du Centre des opérations, BCG Paris