Dédié aux acteurs intervenant dans les applications Machine to Machine et IoT, le salon « IoT World + MtoM Embedded » est un bon indicateur du dynamisme du secteur. Cette édition a illustré la montée en puissance, en particulier chez les industriels, de ces applications comme des freins.

150 exposants et près de quelques milliers de visiteurs par jour. Si la cuvée 2021 du salon « IoTWorld + MtoM Embedded » n’a pas brillé par sa fréquentation, les problèmes de transports en commun n’ont pas facilité les choses, elle a dénoté la montée en puissance des applications basées sur les objets connectés.

Le BtoB en est le fer de lance notamment avec la maintenance prédictive pour l’industrie et au-delà. RTE par exemple travaille en collaboration avec l’Université Paris 8 sur une solution destinée à mieux prévenir les défaillances sur ses 100 000 km de réseaux à partir de l’analyse de facteurs environnementaux, de capteurs et d’IA. « Les équipements installés en bord de mer ne vieillissent pas comme les autres », a illustré un chercheur travaillant chez RTE. Cette application permettra de mieux les entretenir. L’étape de POC a été concluante et une généralisation est prévue. Le smart building, et dans une moindre mesure la domotique, émergent aussi.

Côté acteurs, au-delà des présents sur le salon, la banque des territoires a dénombré en 2019 plus de 400 entreprises proposant des offres sur le marché français liées à des applications IoT. On y trouve des PME comme des filiales de grands groupes fabricants de boitiers parfois tout en un, incluant capteurs de mesures physiques, température, pression…, algorithmes d’IA ou encore, composants dédiés aux réseaux sans fils.

Toujours dans le hardware, des entreprises comme EBDS propose des antennes de toutes tailles, de celles intégrées sur les smartphones à des modèles de quelques mètres de large. Elle en a vendu 70 000 l’année dernière sur le marché français.

Côté logiciel, le recours massif à l’open source accélère la mise au point des solutions. Aujourd’hui, le stade des POC et autres pilotes semble dépassé et booste des solutions capables de prendre en charge tous les protocoles de réseaux pour interconnecter ou déployer des applications à l’international. Les entreprises de télécom et les fournisseurs de cloud sont également actifs.

Des freins conjecturels …et des embouteillages prévisibles

Si la crise sanitaire a globalement accéléré les projets, plusieurs freins ralentissent les passages à l’échelle. La pénurie de composants, notamment de semi-conducteurs, se fait sentir. Problème plus structurel, l’absence de protocoles unifiés pose question. Les solutions techniques existent, par exemple pour interconnecter les nombreux protocoles radios, LTE_M, NB-IoT, Sigfox, LoRa, Mioty, DECT 2020, DASH7…, mais alourdissent les projets.

Dans le domaine de la domotique, les Gafa poussent le protocole Matter, dans la lignée de Zigbee, pour développer ce marché. Prévu pour être finalisé en 2022, celui-ci sépare la couche transport des données. Le but est de faciliter l’ajout de tout équipement comme de son pilotage. Plus sensible encore dans le domaine de la sécurité, cette absence, ou plutôt la multiplicité des protocoles, complique la donne. La mise en place de solutions lourdes de cryptographie impacte le coût comme l’autonomie des capteurs et peut annuler l’intérêt économique d’un projet lors du passage à l’échelle. Autre question émergente, toutes ces applications reposent sur des liens radios, un domaine public réglementé.
Un spécialiste a rappelé que si un nombre croissant de bandes de fréquences sont libérées, dans les 870 Mhz par exemple, leur utilisation est limitée à une certaine puissance. Ce, sous couvert de sanctions du gendarme des ondes, l’ANFr. Une entreprise du BTP avait remplacé un système à base de câbles destiné à gérer le ballet des grues sur ses chantiers (un système anti-collisions) par une application IoT. Pour pallier des problèmes d’interférences, et les arrêts qui en découlaient, elle avait augmenté la puissance d’émission des capteurs. L’ANFr est intervenu et la solution a dû être revue et corrigée.
Dans un registre différent, l’opérateur de LPWan Sigfox avait constaté des problèmes de transmission dans une zone urbaine. Après enquête, le responsable était un restaurant utilisant une application sans fils pour les terminaux sans fils de ses serveurs. Même si de larges plages pourraient être libérées, la réglementation ne prévoyant pas de zone géographique, des embouteillages d’ondes émises par l’IoT sont prévisibles, et ce, même en respectant les puissances autorisées.

Le déploiement des applications pose aussi d’autres questions. Quand les capteurs équipent des conteneurs pour la supply chain par exemple, ils doivent suivre les fréquences des opérateurs des zones traversées…et épuisent leur batterie pour suivre les changements de réseau. Pas de doute, tous les acteurs de la chaine ont du travail en perspective.