Le confinement en France a eu plu sieurs effets sur les projets IT des entreprises : d’abord, une mise sous tension forte des budgets d’investissement dans une logique de recherche d’économies immédiates, ensuite, une perturbation des modes de fonctionnement liée au télétravail, enfin une perte de visibilité sur les objectifs des DSI à court et moyen termes, un retour à la normale d’avant la crise n’étant plus acquis en 2021 dans de nombreux secteurs.

Par Marine Pini, Consultante, TNP Consultants
et Thierry Cartalas, Associé TNP Consultants

Avec plus de huit points de baisse prévisionnelle des richesses produites dans notre pays, et une nouvelle période d’incertitude exceptionnelle en matière d’investissements, en quoi l’Agile peut-il être un levier pour surmonter la crise et rebondir ?

Une adaptation facilitée aux restrictions budgétaires

Pour faire face à la baisse brutale d’activité, les entreprises ont lancé des plans de réduction des coûts massifs avec une contraction drastique des périmètres des projets IT. Nous avons constaté que les projets agiles s’adaptaient mieux à cette baisse de la demande.

En effet, la méthode Agile prévoit une décomposition du projet en fonctionnalités conçues pour être indépendantes les unes des autres (les User Stories). Il est alors plus facile de déprioriser certaines fonctionnalités sans générer d’impacts significatifs sur la chaîne de production.

À l’inverse, dans un projet en cycle en V, les fonctionnalités et les composants techniques sont conçus comme un tout complet. Toute dépriorisation de fonctionnalités requiert alors des études d’impact et des ajustements lourds, fonctionnels comme techniques, pour s’assurer de ne pas bloquer le « Delivery » du projet.

Une garantie de continuité du « Delivery »

Avec le confinement, la majorité des entreprises se retrouvent face à la contrainte du télétravail. Malgré la puissance des outils digitaux (Teams, Zoom, Skype…), l’enjeu majeur est le maintien d’un bon niveau de productivité des équipes projet malgré la perte soudaine de repères collectifs et managériaux.

Dans un projet classique en V, l’interdépendance d’équipes en silo (hiérarchies séparées) pour livrer les différentes phases d’un même projet (études, conception générale, conceptions détaillées, développements, recette…) induit une lourde tâche de pilotage, de validation et de synchronisation par la direction de projet. Cette fonction se retrouve sur le chemin critique des livraisons successives du projet. Ce mode de fonctionnement devient vite insupportable en période de confinement : le chef de projet cherche d’une part à micro-manager sa propre équipe pour se rassurer, alors qu’il perd d’autre part la visibilité sur l’avancement des travaux en dehors de son organisation directe, du fait que les occasions d’échanges entre pairs sont contraintes (comités de direction réduits, points informels non remplacés…). Il en résulte un blocage des travaux croissant sur les dépendances externes.

Au contraire, dans un projet agile, la dépendance au chef de projet et aux autres équipes est plus limitée. D’une part, les équipes agiles sont pluridisciplinaires et disposent de toutes les compétences nécessaires pour livrer le projet. D’autre part, elles montrent une capacité à se répartir les travaux et à identifier des solutions à leurs problèmes de manière autonome.

La capacité de rebond supérieure des organisations Agiles

Avec la crise Covid-19, les dirigeants et politiques font face à un degré d’incertitude économique jamais atteint depuis 1929. À date, personne ne sait exactement ce que seront les enjeux économiques de demain. En particulier, la relocalisation de certains processus de fabrication semble devenir une évidence. N’est-ce pas aussi le bon moment pour envisager une économie plus verte ?

Face à ces incertitudes, l’Agile montre une résilience et une capacité d’adaptation plus grande des projets. En effet, avec une philosophie de repriorisation constante des besoins et de livraisons régulières, les équipes agiles sont plus aptes à se reconfigurer sur de nouveaux objectifs business sans perdre en productivité.

Cette crise sanitaire est une réelle épreuve pour tous, néanmoins elle doit être l’occasion d’apprendre, de repenser nos organisations IT et métiers, pour accélérer la transition numérique vers des méthodes de travail plus agiles et ainsi réagir plus vite aux besoins d’un avenir par définition plus incertain encore que celui que nous avons connu jusqu’ici.


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