Aujourd’hui, la question n’est plus de savoir « si » mais « quand » adviendra l’ère de l’informatique quantique.

Par Antoine Gourévitch, Directeur associé senior, BCG

Selon notre dernière étude, le rythme de son déploiement s’est fortement précipité (accéléré ?) en 2020. L’activité du capital-investissement sur ce marché a, en effet, enregistré une année record et devrait mobiliser quelque 800 M$ en 2021.
Autre signal fort, IonQ a été la première start-up quantique à opérer une introduction en bourse en 2020 avec une valorisation de 2 Md$. La « licorne » prévoit la mise sur le marché de son calculateur quantique fonctionnant à température ambiante et de la taille d’une console Xbox dès 2023.

Ces dernières années, nous avons suivi de près l’émergence de cette technologie de pointe inspirée des sciences atomiques et capable de résoudre des problèmes complexes que les ordinateurs classiques ne peuvent pas aujourd’hui traiter. Ces capacités font la promesse de décupler le potentiel des applications digitales. Nous observons une nette accélération de cette nouvelle rupture informatique depuis 2018. D’ici 2040, nous estimons à 850 Md$ la création de valeur annuelle ainsi générée dans de très nombreuses industries. Et si les progrès réalisés par les fournisseurs tiennent leurs promesses, on peut en attendre entre 5 et 10 Md$ dans les trois à cinq années à venir.

Un certain nombre d’évolutions confortent ces prévisions. Après le capital-investissement, les institutionnels et les pouvoirs publics sont entrés dans la course. Les partenariats stratégiques entre le géant IBM et Cleveland Clinic, l’Université de l’Illinois aux États-Unis et un centre de recherche anglais représentent plus d’1 Md$ d’investissements. Enfin, les entreprises sont de plus en plus nombreuses à se positionner sur l’informatique quantique. Selon le cabinet Gartner, 20 % d’entre elles prévoient d’investir en 2023 contre à peine 1 % en 2018.

Cette accélération a été motivée par des avancées techniques probantes. Google en 2019 et des chercheurs chinois en 2020 ont démontré la réalité de l’« avantage quantique », cette puissance de calcul inégalée à même de débloquer rapidement des problèmes complexes. Autre levier d’une structuration du marché, les plus grands fabricants d’ordinateurs quantiques ont réussi, ces deux dernières années, à établir un calendrier des différentes étapes clés vers la maturité technologique. Enfin, les entreprises ont travaillé sur des applications business concrètes portées par l’avantage quantique, permettant ainsi d’évaluer la création de valeur attendue.

À ce moment charnière de la révolution quantique, notre étude analyse ses enjeux, ses perspectives dans différentes industries et les axes d’actions des différentes parties prenantes.

Ainsi, les ordinateurs quantiques ne remplaceront pas les ordinateurs classiques, mais leur apporteront, en complément, leur puissance de calcul.
Nous avons identifié quatre problématiques stratégiques ciblées par ces machines hybrides : la modélisation et la simulation dans les activités de R&D ; l’optimisation dans la logistique ou la gestion des risques ; le machine learning dans l’intelligence artificielle et, enfin, la cryptographie dans le domaine de la sécurité informatique. Dans chacun de ces champs d’application, nous avons estimé les gains potentiels en analysant l’impact de l’informatique quantique dans les secteurs de la pharmaceutique, de la finance, de l’énergie ou encore de l’aéronautique.
À noter que toutes les industries seront concernées par l’avantage quantique dans le déploiement de l’intelligence artificielle. La R&D, pour sa part, gagnera en précision et en temps. Un leader de la pharmacologie doté d’un budget de recherche de 10 Md$ pourrait ainsi gagner 30 % d’efficacité et réduire ses coûts d’environ 2,5 Md$.

Certes, avant d’atteindre sa pleine maturité, la révolution quantique doit encore affronter d’immenses défis techniques et environnementaux. La route est encore longue, mais jamais le marché n’avait réagi aussi tôt face à une technologie émergente. Les entreprises les plus concernées par ses applications ne peuvent pas rester à l’écart d’une telle dynamique et ont tout intérêt à réfléchir, dès maintenant, à leur feuille de route.