Data / IA
L’IA en vedette à Eurosatory 2026, le grand salon de l’armement terrestre
Par Aude Leroy, publié le 09 juin 2026
Longtemps déconsidéré par les banques et les investisseurs, le secteur de la Défense attire désormais capitaux, fonds d’investissement et start-up technologiques. Un regain d’attractivité porté par la montée des tensions géopolitiques et l’essor de l’intelligence artificielle.
Au salon Eurosatory, du 15 au 19 juin prochain, un espace accueillera pour la première fois un emplacement entièrement dédié aux investisseurs et aux acteurs de la finance.
La Fédération Française Bancaire, la Banque Publique d’Investissement (BPI), la Banque centrale européenne ou encore le fonds Weinberg Capital Partners et Allianz Holding France…
Quinze fonds seront présents pour « voir les entreprises et les start-up qui viennent présenter des solutions de technologies, notamment celles avec de l’intelligence artificielle (IA) », se réjouit le commissaire général du salon, le Général (2e section) Charles Beaudouin, qui apprécie « cette très forte militarisation de la deeptech » pour cette édition.
Car si les Armées ont intégré dès les années 90 le numérique dans les systèmes d’armes (comme l’avion Rafale ou le char Leclerc), puis en numérisant le champ de bataille dans la période 2000-2020, elles sont aujourd’hui en retard concernant l’IA. L’émergence de celle-ci dans le secteur civil a créé des cas d’usage pertinents qui les intéressent, marquant une troisième ère technologique. D’autant, affirme un général expert qu’en France, « nous ne savons pas bien passer à l’échelle » seuls.
Le Général Charles Beaudouin
Commissaire général du salon Eurosatory
« Nous vivons une forte militarisation de la deeptech. »
La guerre en Ukraine a servi de catalyseur, le pays pariant sur la technologie pour atteindre une sorte de parité avec le belligérant russe. Aujourd’hui, l’IA y est notamment cruciale pour outrepasser le brouillage GPS – devenu un danger majeur pour les Ukrainiens, notamment lors de l’utilisation de radios à évasion de fréquence, qui se calent sur le temps GPS. « La contrainte est extrêmement forte, explique encore le commissaire d’Eurosatory,il faut maintenir des capacités de réseau stable, chercher des fréquences durcies au brouillage, ce que seule l’IA peut faire grâce à sa capacité de traitement des données. »
La masse de celles-ci est telle que leur tri et leur sécurisation en quasi-temps réel deviennent une aide à la décision du haut commandement, tout en gagnant du temps. « Aujourd’hui, ces solutions d’IA couplées à une centrale inertielle très bas coût et à de l’imagerie thermique permettent de se localiser très précisément malgré ces brouillages », explique Charles Beaudouin. L’IA est dans ce cas indispensable aux drones pour réaliser leur mission. Ou aux soldats pour tirer des roquettes à l’endroit voulu.
Au sein des Armées, trois grandes familles d’IA ont été identifiées : celle de l’entreprise, pour les tâches quotidiennes, celle embarquée à bord des systèmes d’armes et celle qui aide à la décision, exigeant une chaîne souveraine de classification et de filtrage des données. Une vingtaine de cas d’usage sont actuellement déployés dans les forces, comme l’amélioration de la détection acoustique ou la compréhension du spectre électromagnétique. D’autres plus discrets existent, notamment dans le domaine de la lutte cyber. Tout l’enjeu de cette co-construction de solutions avec les entreprises et les start-up civiles, dans un modèle agile qui permet d’être toujours à la pointe de l’évolution de l’IA, est d’aider la France à résorber le retard pris dans le domaine par rapport aux États-Unis ou à la Chine.
Ces start-up duales qui boostent les Armées
Parmi les start-up présentes cette année à Eurosatory, Comand AI, créée en 2023, a affiché dès le départ sa spécialisation dans l’IA appliquée au commandement militaire. Sa suite de logiciels, appelée Prevail, doit permettre des prises de décisions quatre fois plus rapides, apporter un retour d’expérience automatisé et la génération de plans d’opérations en quelques minutes. Comand AI a déjà passé un contrat avec l’armée de Terre en France et en Allemagne.
De son côté, Harmattan AI, née en 2024, a décroché au bout de 15 mois un contrat avec la Délégation générale de l’Armement pour lui fournir 1 000 micro-drones du combattant, à moins de 1 000 € l’unité. Ils viennent d’être utilisés dans un exercice de grande ampleur ‒ Orion 2026, de février à avril 2026. En parallèle, Harmattan AI a conçu GOBI, un intercepteur autonome pour la lutte anti-drone qui communique avec d’autres capteurs pour limiter les tirs fratricides.
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