Sans numérique, point de salut possible ! Vecteur de changement et de croissance, le digital est devenu incontournable pour l’économie, tant au niveau européen que français.

Sans numérique, point de salut possible ! Vecteur de changement et de croissance, le digital est devenu incontournable pour l’économie, tant au niveau européen que français.
Notre pays se distingue d’ailleurs par son écosystème numérique dynamique et par la qualité de sa formation scientifique. Néanmoins, il accuse un retard qui ne fait que s’accroître, et se positionne loin derrière ses voisins européens. Il s’agit donc maintenant de bâtir « l’édifice numérique ».
Dans l’étude Pour un « new deal » numérique, l’Institut Montaigne dresse un constat clair : la France peut et doit moderniser l’action publique et l’économie via le numérique. Les technologies de l’information et de la communication (TIC) ont largement pénétré les pratiques quotidiennes.
Le changement d’ère socio-technologique impacte l’ensemble de la population, et les pouvoirs publics ne peuvent l’ignorer. Cela concerne les problématiques d’e-gouvernement, d’e-santé, d’e-éducation, ou encore d’e-participation, domaine dans lequel l’Hexagone dispose d’une marge de progrès importante.
Notre pays, terre d’excellence universitaire, doit aussi faire le lien entre le monde de la recherche et celui du travail : il ne s’agit pas uniquement de former des entrepreneurs, mais aussi de les aider à mettre en œuvre leurs projets !
La France doit favoriser le développement de start up. L’environnement fiscal et économique actuel leur est peu favorable, en raison, notamment, du manque de capitaux privés pour financer l’innovation. Cette situation provoque le départ de bon nombre d’entrepreneurs vers des cieux plus cléments.
La création d’un statut d’entreprise de croissance contribuerait à y remédier en proposant une fiscalité dérogatoire et simplifiée non seulement aux entrepreneurs, mais aussi aux investisseurs et aux salariés. Dans le même temps, il est nécessaire de soutenir les réflexions de l’OCDE visant à établir un cadre international qui limiterait l’évasion fiscale de grandes entreprises technologiques.

Le digital fait ses débuts à l’école primaire

La transition numérique est également au coeur des processus de modernisation de l’Etat. La France figure parmi les six meilleurs pays du monde en matière d’e-gouvernement, mais trois facteurs font obstacle à l’amélioration de l’action publique par le biais du numérique.
D’une part, les nouveaux enjeux technologiques sont mal connus des cadres supérieurs de l’Administration comme des élus locaux. D’autre part, l’ouverture des données publiques, qui garantit une confiance accrue des citoyens envers l’Etat, n’est pas achevée dans notre pays. Enfin, le développement des outils numériques dans les collectivités locales s’est fait de façon cloisonnée et désordonnée, tandis que la mutualisation des applications utilisées en mode Saas (Software as a Service) permettrait de rationaliser ces usages.
Pour gagner en performance et en compétitivité, il faut donc encourager une évolution à double niveau : en interne (les administrations), mais aussi en externe (services publics et relations avec les citoyens).
Les processus d’e-participation sont encore peu généralisés, alors que la demande venant des citoyens ne fait qu’augmenter. La révolution numérique doit enfin s’opérer dans l’éducation et la santé. Ces deux domaines sont à la croisée de l’action publique et de leviers de croissance.
Le digital fait d’ailleurs ses débuts à l’école primaire. Et si les TIC peuvent être exploitées comme complément des cours suivis dès les petites classes, il convient de baser la politique de l’éducation au numérique sur les conclusions d’expérimentations rigoureuses. Les expériences réussies se multiplient dans les autres pays. Il est impératif que la France, elle aussi, s’engage dans cette voie.

« Le DMP est une illustration du mal français »

La santé est un second exemple de réorganisation de l’action publique : la mutualisation des données, la télémédecine et plus généralement l’e-santé sont les solutions aux problèmes de la dépendance et  du traitement des pathologies chroniques.
Le dossier médical personnel (DMP) synthétise parfaitement les possibilités d’évolution de la santé via le numérique et les freins que cette évolution rencontre. Comme le souligne un récent rapport de la Cour des comptes, « au moment où va s’accélérer sa montée en charge, il est urgent que l’Etat définisse, dans une concertation plus étroite avec tous les acteurs, une stratégie d’ensemble pour intégrer le DMP dans une vision globale des systèmes d’information (SI) en santé ».
Mis à la disposition des usagers en janvier 2011, le DMP regroupe les informations médicales des patients afin de faciliter la coordination des professionnels de santé. Pourtant, au 30 septembre 2012, seuls 200 000 dossiers ont été ouverts, sur un objectif de 500 000 (et une cible potentielle de 60 millions) !
Ce qui, en outre, rend inopérant le principe même d’un dossier unique est la possibilité donnée aux patients de masquer une partie des informations. Le manque de visibilité pour ceux-ci et de stratégie affirmée de la part du gouvernement, alors que tout devait être fait pour faciliter la vie des malades et des praticiens, devient un poids supplémentaire.
A cela, s’ajoutent les coûts d’une telle opération (qui devait pourtant permettre de les réduire !) : le développement et la mise en place du DMP « ont vraisemblablement dépassé un demi-milliard d’euros fin 2011 ».  De plus, les hôpitaux ayant ouvert des dossiers informatisés pour les patients sont confrontés à un autre problème : les SI ne peuvent communiquer entre eux !
Pierre Le Coz, philosophe et président du Comité de prévention des conflits d’intérêts à l’Agence nationale de sécurité sanitaire, résume ce paradoxe entre volonté d’évolution et manque de stratégie : « Le DMP est une illustration du mal français. D’abord, on confie à des technocrates la conception de projets compliqués. Puis, on essaie de les appliquer dans la réalité. Enfin, on se rend compte qu’il aurait fallu interroger les gens sur le terrain ».
Le numérique représente une formidable opportunité pour l’Hexagone : levier de croissance, vecteur d’innovation et de compétitivité, source d’économie de coûts, il offre à voir des horizons prometteurs vers lesquels il convient que la France se dirige dès maintenant.

Gilles Babinet, digital champion

Gilles Babinet, digital champion