Tenir compte de l’empreinte énergétique de son informatique n’est pas seulement bon pour la planète, mais contribue aussi à diminuer la facture d’électricité et à augmenter l’autonomie des terminaux mobiles comme la durée de vie des PC.

D’abord, il est important de noter que l’écoconception applicative n’a rien à voir avec la pratique du green washing (ou écoblanchiment), cette mascarade marketing permettant de « verdir » n’importe quel produit ou société.

L’écoconception applicative est la mise en œuvre de procédés visant à réduire l’impact environnemental d’une application informatique durant son cycle de vie (on utilise souvent le terme d’ACV, Analyse du cycle de vie). Cela concerne, notamment, la consommation électrique d’une application en exploitation (poste client, serveur) et le besoin en ressources matérielles.

En quoi cela peut-il vous concerner ?

Diminuer la facture d’électricité de la DSI

Le rapport « TIC et Développement durable », publié par le ministère de l’Ecologie en décembre 2008, faisait état de 13,5 % de la consommation électrique française consacrés aux nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC), soit, à l’époque, l’équivalent de huit centrales nucléaires !

Surfer sur le web ou envoyer des SMS n’a rien de virtuel. Leur impact énergétique est très fort, ce qui entraîne de fortes émissions de CO2 (d’où le terme d’empreinte carbone applicative).

Les choix faits par les DSI des grands groupes ou par les petites (voire très petites) et moyennes entreprises prennent très rarement en compte le coût de l’énergie. Si c’était le cas, ils verraient que le coût énergétique des machines est non seulement en augmentation constante, mais qu’en plus, la part relative par rapport aux autres dépenses énergétiques est très significative. Idem pour la location d’une machine dans un datacenter. D’ailleurs, il pourrait être intéressant de demander à l’hébergeur quel est la part des dépenses d’électricité dans le coût total.

A l’heure où le prix de cetet énergie n’a jamais autant fait l’objet d’enjeux politiques et économiques, je ne suis pas le seul à penser que, très bientôt, les entreprises intégreront le coût énergétique dans les critères d’achat. De nouveaux modèles économiques verront alors le jour, avec des prix tenant compte de la consommation électrique des applications hébergées.

Augmenter l’autonomie des terminaux mobiles

Contrairement à un PC relié au réseau électrique, qui a besoin en permanence de courant pour nourrir des applications de plus en plus gourmandes, un smartphone ou une tablette tactile ne peuvent compter que sur leur batterie. L’autonomie étant un critère de choix majeur pour les utilisateurs, les développeurs logiciels ont de plus en plus une contrainte « énergie » à respecter.

Ecoconcevoir, c’est aussi limiter les ressources matérielles nécessaires pour faire tourner les applications. Combien d’utilisateurs ont encore des machines tournant sur des configurations matérielles de plus de cinq ans d’âge ? Est-ce judicieux d’exclure ces clients potentiels ?

Enfin, agir sur l’obsolescence matérielle ou logicielle permet aussi de limiter l’impact sur les ressources premières (ce que l’on appelle les minerais rares, comme le lithium) nécessaires la réalisation des composants électroniques ou des batteries.

Anticiper la future taxe carbone

On en parle depuis de nombreuses années, mais cette taxe carbone n’a probablement jamais été aussi près d’être généralisée. Face aux menaces d’un changement climatique et étant donné les stratégies de nos gouvernements en la matière (le malus-bonus, par exemple), il est fort probable que les entreprises devront s’acquitter d’une taxe environnementale en fonction de l’énergie consommée, en particulier par les NTIC. Reste à en fixer les modalités et les outils de mesure…

Faire partie des entreprises visionnaires et écoresponsables

Last but not least : anticiper la raréfaction des ressources et leur gestion est une composante de l’activité qui pourra être appréciée positivement ou négativement par vos clients. Certains appels d’offres incluent déjà des prises en compte environnementales.

Ecoconcevoir, c’est donc bon pour la planète, votre image et votre business.

Des outils pour se mettre à l’écoconception

Si les éléments précédents vous ont convaincu de vous mettre à l’écoconception, sachez qu’il existe aujourd’hui des guidelines (voir les patterns du Green Code Lab), des outils de développement (intégrés à des plates-formes d’intégration continue) et des sondes (matérielles ou logicielles) de mesure.

On assiste donc à l’apparition d’outils indispensables pour que le développement écoconçu devienne une réalité industrielle !

Mathieu Destrian

Mathieu Destrian