Une vague technologique chasse l’autre. Celle de la deep tech s’annonce particulièrement disruptive. Ces innovations de pointe à peine sorties de la phase de recherche, mais porteuses d’applications concrètes, s’imposent déjà dans les stratégies des entreprises.

Par Antoine Gourévitch, Directeur associé senior, BCG

Intelligence artificielle, machine learning, nanotechnologie, biotechnologie, robotique, biologie synthétique…, leur combinaison démultiplie leur potentiel et offre des réponses aux grands défis contemporains, au premier rang desquels la santé et le réchauffement climatique.

Ces enjeux devenus aussi critiques qu’urgents exigent le déploiement à grande échelle de pratiques industrielles durables que la deep tech rend possible.

Les investisseurs ne s’y trompent pas. Selon nos estimations, les start-up de la deep tech ont capté 60 Md$ en 2020 contre 15 Md$ en 2016. Un montant dépassé sur les huit premiers mois de 2021 pour atteindre 77,5 Md$.

Pour les entreprises, la question de se doter de ces technologies de pointe et de développer des applications à fort impact ne se pose déjà plus. L’attentisme leur fait courir le risque de se voir distancées. A contrario, saisir en pionnier les opportunités offertes par les technologies les plus avancées peut créer beaucoup de valeur et garantir un leadership.

Mais comment évaluer la maturité et le potentiel des deep tech, dont certaines émergent à peine ? Plus délicat encore, comment trouver la bonne combinaison capable de répondre aux besoins du marché ?

Plutôt que de travailler sur chacune des technologies individuellement, les entreprises ont tout intérêt à adopter une approche bien connue des start-up, centrée sur les enjeux du marché, les problématiques à résoudre, pour ensuite explorer les solutions possibles parmi les six domaines stratégiques liés au développement durable dans lesquels la deep tech aura un rôle crucial à jouer (voir encadré).

Une technologie, même pointue, ne peut pas relever tous les défis

Dans chacun d’eux, les innovations de rupture peuvent impacter de nombreux secteurs, créant ainsi un effet systémique. Davantage encore que d’autres avancées technologiques, la deep tech interroge les process et les chaînes de valeur. Seule une transformation en profondeur libérera pleinement son potentiel.

Face aux défis inédits rencontrés par les entreprises, une technologie, aussi pointue soit elle, ne peut, à elle seule, les relever. Seule la combinaison de plusieurs technologies de la deep tech peut résoudre des compromis critiques – comme la réduction des émissions de gaz à effet de serre avec les exigences de performance et de gestion des coûts – et dépasser les limites de l’adoption, à grande échelle, de pratiques durables.

Des entreprises se sont déjà engagées dans cette convergence technologique. John Deere fournit des solutions associant la robotique, l’analyse de données issues de l’Internet des objets ou encore l’intelligence artificielle. Les clients du spécialiste américain de l’équipement agricole ont pu ainsi réduire de 50 $ par acre (environ 4 000 m2) leurs coûts de production et freiner l’utilisation des herbicides.

La plus grande accessibilité des technologies, la structuration des incubateurs et des écosystèmes de start-up facilitent les étapes du design thinking. Cette accélération des rythmes d’innovation met sous pression les entreprises qui doivent, plus que jamais, adapter leurs approches et leur stratégie.

Encore embryonnaire il y a dix ans, le développement des protéines alternatives traduit bien cette nouvelle réalité. Aujourd’hui en plein essor, cette industrie mobilise un large portefeuille de technologies autour de la biologie synthétique, la robotique, l’intelligence artificielle ou encore l’impression 3D, et promet de bouleverser le secteur alimentaire.

La deep tech annonce des transformations plus importantes encore que la révolution digitale. Mais sa nature et son caractère systémique placent désormais les entreprises traditionnelles au cœur de ces enjeux. Une opportunité unique d’initier les ruptures plutôt que de les subir.

 

LES DOMAINES DANS LESQUELS LA DEEP TECH AURA UN RÔLE CRUCIAL À JOUER

• les méthodes de construction et de gestion des bâtiments
• l’énergie propre
• les transports
• l’industrie
• l’agriculture
• les systèmes de collecte et d’assainissement de l’eau


À lire également :

Le marché de la deep tech s’emballe en Europe

Les deep tech challengent les modèles traditionnels de la R&D

Embauchez un docteur ès deeptech !

Vers une stratégie conjointe tech-business