De plus en plus de grandes entreprises adoptent les services de cloud proposés par les géants du digital et de la tech comme Amazon, Google, Microsoft, HPE ou IBM. Bien implémentées, ces solutions libèrent la productivité, l’agilité et la performance des activités digitales. Mais la mise en oeuvre de la migration exige une attention particulière et une feuille de route rigoureuse.

Par Antoine Gourévitch, directeur associé senior, BCG

Cette transformation implique des enjeux complexes de standardisation des process informatiques, d’adaptation aux besoins de la stratégie de l’entreprise, d’industrialisation du nouveau système et exige des compétences pointues. Faute d’avoir engagé les recrutements nécessaires ou formé ses équipes informatiques, un leader de l’industrie s’est ainsi placé dans une situation de dépendance visà- vis de son fournisseur.

Nous avons identifié six étapes clés qui permettent de réduire les risques et de tirer le meilleur parti du cloud.

En premier lieu, il s’agit de concentrer ses efforts sur les usages stratégiques, créateurs de valeur pour l’entreprise. Quatre domaines nous paraissent répondre à une stratégie de cloud computing. Les plateformes d’analyse des données des fournisseurs de PaaS (Platform as a Service) apportent les fonctionnalités du big data régulièrement mises à jour et à des coûts très compétitifs. Les infrastructures digitales – plateformes collaboratives, applications et sites internet – sont parfaitement adaptées au cloud. Difficile, en effet, sur ce terrain, de rivaliser avec les fournisseurs. Ces derniers développent sans cesse de nouveaux outils à la pointe de la technologie et à grande échelle. Enfin, en fonction de l’environnement de l’entreprise et moyennant certaines conditions de migration, le cloud peut avantageusement remplacer les systèmes informatiques existants.

Les deux étapes suivantes consistent à choisir et contractualiser ses relations avec son ou ses fournisseurs de cloud computing. Les offres de cloud public, privé ou hybride se sont fortement développées sur le marché. Les plus gros fournisseurs élargissent leurs solutions en couvrant tous les champs du digital et en proposant des formules d’abonnement diversifiées en fonction des contraintes et besoins des entreprises. D’autres se spécialisent sur des technologies de pointe dans l’intelligence artificielle, le machine learning ou l’informatique quantique. Il faut être attentif à ne pas cumuler des environnements différents. Outre les questions de sécurité informatique que cette inflation poserait, les coûts d’interopérabilité pourraient devenir difficiles à contrôler.

Autre point de vigilance, les entreprises doivent pouvoir s’appuyer sur les services des fournisseurs en matière de design des applications, d’automatisation, de reporting, de configuration ou encore de process de sécurité et de gestion des incidents. Ces compétences rares, souvent longues à développer en interne, pourront ainsi, pendant un temps, être externalisées.

Une fois ces choix opérés, les directions informatiques doivent repenser le système existant dans une logique de rationalisation et de standardisation des process et du design. C’est au prix de ce travail réalisé en lien avec les équipes « business » que la migration vers le cloud produira l’agilité, la performance et la résilience attendues. La cinquième étape engage le passage des applications vers le cloud. Pour réussir cette délicate opération, il est important de sélectionner les applications en fonction de leur capacité à intégrer le nouvel environnement et de déterminer un plan de migration pour chacune d’elles.

Enfin, la phase de déploiement à grande échelle représente une étape critique et doit mobiliser une équipe multidisciplinaire. Plusieurs approches sont possibles et pourront être utilisées conjointement en fonction du profil du système informatique et des ressources de l’entreprise.

Dans les grandes entreprises traditionnelles disposant d’un important système informatique en propre, une migration vers le cloud prend entre 3 et 5 ans. Cela peut paraître long, mais brûler les étapes risque de produire des résultats aléatoires et décevants, voire de fragiliser les activités digitales.