La filiale de la SNCF a profité de la modernisation de son outil de supervision pour établir des passerelles entre ses réseaux OT et IT et mettre en place de nouveaux outils d’information en temps réel afin de mieux gérer les incidents.

En charge de l’entretien, de la modernisation et de la sécurité d’un réseau ferroviaire de 30  000 kilomètres, SNCF Réseau avait dès le début des années 1990 commencé à déployer des dispositifs de collecte d’informations sur ses lignes. Au début, il s’agissait surtout d’automates industriels connectés aux systèmes de signalisation. Par la suite, la société a aussi déployé des capteurs sur les voies et les caténaires, ainsi que des systèmes mobiles de captation qui circulent sur les voies.
Certaines mesures sont effectuées sur des périodicités longues, d’autres en quasi-temps réel mais, dans tous les cas, les données collectées sont agrégées au niveau des quatre centres qui couvrent la supervision du réseau français : un pour l’Île-de-France et trois autres pour le reste du territoire : Normandie, Hauts-de-France et Grand Est ; Bretagne, Centre-Val de Loire, Nouvelle Aquitaine et Midi-Pyrénées ; et enfin Bourgogne Franche-Comté, Auvergne-Rhône-Alpes, PACA et Languedoc-Roussillon.

Au fil des années, SNCF Réseau n’a cessé d’enrichir son réseau OT (Operational Technology). Mais cette évolution s’est opérée en parallèle de la modernisation du SI.

Comme dans beaucoup d’entreprises dotées de technologies OT, le cloisonnement entre les deux mondes est progressivement devenu un frein. La société souhaitait, par exemple, alimenter son tout nouveau système géographique avec les données collectées par ses différents dispositifs et ainsi positionner les alertes, incidents, etc., directement sur une carte numérique. Or, comme l’explique Cyril Degas, chef de projet chez SNCF Réseau, « les données collectées étaient remontées avec des identifiants mis en place au début des années 1990 pour certains. Entre temps, l’IT avait créé sa propre base de référence pour la totalité de nos actifs. Dit autrement, à moins de reparamétrer tous les dispositifs de collecte de données, ce qui n’était bien entendu pas envisageable, nos réseaux OT et IT ne pouvaient pas dialoguer, faute d’identifiants communs ».

Profitant d’une modernisation du système de supervision qui équipait ses quatre centres, la société a fait d’une pierre deux coups. Redéveloppé avec des interfaces ouvertes notamment sur la base patrimoniale IT et le système d’information géographique, le nouveau système de supervision sert également de passerelle entre les deux mondes.

Forte de cette communication unifiée, SNCF Réseau en a profité pour repenser ses scénarios d’intervention et mettre en place des processus complètement dématérialisés. Pour mener à bien un projet aussi ambitieux, SNCF Réseau a travaillé en co-construction avec Capgemini. « Nous sommes partis d’une feuille blanche fin 2016, se remémore Cyril Degas. Nous avons commencé par définir les grands axes. Mi-2017, nous avions nos premiers plans d’action, et un an plus tard nous sortions un démonstrateur. Mais le véritable test de la chaîne complète n’a eu lieu qu’en octobre 2018, soit moins de deux ans après le lancement du projet, ce qui constitue un record pour une application d’une telle ampleur ».
En réalité, après une phase d’industrialisation, le passage en production sur un premier centre de supervision n’a eu lieu qu’en juillet 2020. Il n’en reste pas moins que les équipes de SNCF Réseau et de Capgemini ont réussi un véritable tour de force, car le périmètre du projet « Supervision Nouvelle Génération » est définitivement bien plus large que celui d’une simple application. La chaîne complète va en effet de la remontée des données des systèmes d’acquisition sur le terrain jusqu’à une app destinée aux agents de maintenance dépêchés sur site, qui échangent ainsi en temps réel avec l’IHM de supervision.

Le projet comporte trois grands volets : acquisition de données, couche fonctionnelle et IHM.
Passerelle entre les univers OT et IT, le premier volet repose sur une architecture OPC-UA (Open Platform Communications – Unified Architecture). Chargée de réagréger les données en provenance du réseau OT, elle les réindexe selon le schéma de données de la base patrimoniale IT.
Les informations sont ensuite transmises à une application développée en java. Pivot de la plateforme, elle place la provenance de l’alerte sur une carte en dialoguant avec le système géographique. Interfacée avec les systèmes RH et dotée d’une capacité d’analyse, cette application identifie aussi la bonne équipe à envoyer sur place en fonction des compétences nécessaires, selon la nature de l’incident, la géolocalisation de la panne ou encore les astreintes.
Enfin, dernier volet, la console des opérateurs de supervision a été développée avec le framework Angular. Parallèlement, les opérateurs de maintenance ont été équipés d’une application mobile sur tablette Android. Elle leur permet de recevoir les fiches d’intervention transmises par les agents de supervision avec toutes les données utiles à la réparation. Elle calcule aussi le temps nécessaire pour se rendre sur place et transmet en temps réel les informations saisies par les opérateurs au système central : heure d’arrivée sur site, temps estimé de l’intervention, etc. Ces informations sont directement affichées sur les consoles des agents d’exploitation, responsables de la circulation des trains. « Ils peuvent ainsi adapter le plan de transport, informer les voyageurs, etc., et ce, en temps réel, explique Cyril Degas. Parallèlement, les informations d’intervention sont stockées et analysées, ce qui va nous permettre d’optimiser le suivi technique ».

Pour l’heure, seul le centre de supervision couvrant la région Auvergne Rhône-Alpes a été équipé du système Supervision Nouvelle Génération. Le déploiement sur l’ensemble du réseau et les trois autres centres est prévu sur 2021 et 2022. À défaut de métriques précises sur les bénéfices déjà réalisés, Cyril Degas constate une vraie appétence des utilisateurs pour ce nouveau système avec des gains opérationnels induits, grâce notamment à un meilleur partage de l’information. « À terme, ce système va nous permettre d’améliorer le traitement de l’incidentologie et donc la régularité des circulations. Nous allons aussi passer d’une maintenance très systématique à une maintenance au plus près des besoins, plus précise et en temps réel : la maintenance du réseau au bon moment et au bon endroit », conclut le chef de projet.

L’ENTREPRISE

ACTIVITÉ : Supervision et exploitation du réseau ferroviaire
EFFECTIF : 53 000 collaborateurs
CA 2019 : 6,5 Md€