La lutte contre l’économie du jetable gagne le secteur de l’IT avec de nouveaux modèles pensés pour prolonger la durée de vie des équipements. À l’heure du choix, les DSI doivent désormais aborder la question du renouvellement en intégrant la composante écologique.

Par Marie Varandat

La consommation globale d’un datacenter de grands prestataires tel que Equinix, Global Switch ou encore Interxion équivaut à celle d’une ville de 75 000 habitants. Or, Equinix possède à lui tout seul huit datacenters rien que dans le nord de la région parisienne ! Certes, selon différentes études autour du Green IT, les datacenters n’arrivent généralement qu’en troisième position en termes de consommation énergétique, d’eau ou encore d’émission de GES, derrière les utilisateurs et les équipements réseau. Il n’en reste pas moins qu’ils représentent une consommation colossale de nos ressources qui selon IDC va encore s’accélérer : à l’horizon 2025, soit quasiment demain, le cabinet d’analyse table sur une volumétrie de données à l’échelle mondiale de l’ordre 175 zettabytes alors qu’on a aujourd’hui à peine atteint les 50 zettabytes. « On ne pourra pas continuer à multiplier les datacenters à travers le monde avec les technologies actuelles, sinon, comme le rappelle l’ADEME, le secteur de l’IT finira par consommer 51% de l’énergie électrique avant 2030, avec des datacenters qui représentent déjà 13% de la consommation électrique », rappelle Gabriel Ferreira, directeur technique de Pure Storage France.

Inverser le courant de l’hyperconvergence

Gabriel Ferreira, directeur technique de Pure Storage France

Selon lui, la solution impose une rupture technologique. Elle repose notamment sur une densification des équipements afin de limiter l’espace occupé dans les bâtiments et sur de nouveaux modes de consommation des matériels : « les entreprises sont habituées à se débarrasser de leurs équipements au bout de cinq ans, quand elles ont fini de les amortir, pour investir dans une génération plus récente intégrant les dernières innovations. Outre le fait que ces changements imposent des migrations non dénuées de risques et qui prennent du temps, rien ne justifie de « jeter » un équipement au bout de cinq ans. Certains composants, tels un câble ou encore un châssis métallique, peuvent avoir une durée de vie beaucoup plus longue. C’est pourquoi nous avons adopté un nouveau modèle technologique mais aussi de vente qui permet à nos clients de ne changer que le processeur ou encore un SSD, afin de pouvoir continuer à capitaliser leur matériel et ainsi diminuer leur empreinte numérique environnementale ».

Selon Gabriel Ferreira, l’avenir de l’IT passe forcément par une rationalisation des achats avec des démarches plus raisonnées de la part des entreprises mais aussi des acteurs du secteur qui doivent développer des solutions plus durables. Un discours qui s’inscrit clairement à contre-courant des approches hyperconvergées traditionnelles où la montée en charge se fait par nœud, et peu importe si l’entreprise achète une capacité supplémentaire globale incluant la mémoire, les disques ou encore des processeurs alors qu’elle n’a besoin que d’espace de stockage supplémentaire. Si certaines entreprises apprécient la simplicité du principe – j’ai besoin de capacité supplémentaire, j’ajoute simplement un nœud sans remettre en cause l’existant  –, elle peut s’avérer coûteuse, tant du point financier qu’écologique. D’ailleurs, beaucoup d’acteurs HCI ont assoupli leur stratégie en offrant la possibilité aux entreprises de moduler à volonté la composition des nœuds.

Des technologies plus denses et moins énergivores

« La montée en charge par nœud n’a jamais été notre modèle, nous n’y avons jamais cru, ajoute Gabriel Ferreira. Nous lui avons toujours préféré la mise à jour technologique par composants et d’ailleurs nous ne sommes plus les seuls ». Et de citer des acteurs comme Splunk, Vertica ou encore Elastic Search qui désagrègent aujourd’hui le compute du stockage afin de permettre aux entreprises faire évoluer les deux séparément, en fonction de leurs besoins réels.

Parallèlement, les acteurs du marché s’appuient de plus en plus sur la densification du matériel pour offrir un meilleur ratio écologique. À titre d’exemple, il y a peine dix ans, il fallait environ 11 à 12 armoires pleines de disques mécaniques pour stocker 3 Po de données, soit une occupation au sol de 12 m² pour une consommation électrique d’environ 55 KW/h. « Avec le Flash, une technologie beaucoup plus dense, l’espace occupé passe à environ 1,2 m² pour une consommation électrique équivalente à celle d’un grille-pain ! Résultat, en combinant notre approche par composants aux nouvelles technologies, nos solutions consomment 100 fois moins d’énergie et permettent de réduire l’espace occupé de 99% », conclut Gabriel Ferreira.

Autrement dit, les fabricants de matériels doivent repenser leurs approches encouragées par des DSI de plus en plus engagés dans des démarches responsables. Des approches qui, contrairement à certaines idées reçues, reposent apparemment davantage sur une adoption intelligente et raisonnée des innovations technologiques que sur la pure sobriété numérique.


Chaque semaine, retrouvez sur ITforBusiness.fr un nouvel épisode de notre série « RSE & GREEN IT » :

Episode 1 : Mesurer l’empreinte environnementale du numérique
Episode 2 : Une IT plus responsable grâce à l’écoconception
Episode 3 : Embarquer les utilisateurs dans une démarche Green IT
Episode 4 : Green IT, une source d’économies et d’innovation
Episode 5 : Stratégie GreenIT : Bien peser le choix du matériel