Chaque vendredi et durant 8 semaines, IT for Business revient sur les DSI de l’année et publie le portrait d’un des lauréats. Pour ce premier épisode,  faisons connaissance avec notre « DSI for Good » de l’année, Alice Guehennec, directrice du numérique et des systèmes d’information, du groupe Saur, également élue « DSI de l’année » !

Depuis 2019, Alice Guehennec exploite le numérique au mieux de ses potentialités pour développer l’offre de services du groupe Saur, en adhérence avec la mission de défense de l’eau qu’il s’est donnée. Au bout d’à peine deux années, la transformation digitale est déjà largement avancée.

Avouons-le tout de suite, Alice Guehennec n’était pas candidate dans la catégorie DSI for Good. Son dossier s’y est imposé naturellement. « Une légitimité naturelle parce que les solutions digitales qu’elle développe contribuent à préserver cette ressource vitale », a souligné un membre du jury. « Les services proposés par sa plateforme facilitent le contrôle de cette ressource », a ajouté un autre. « Toute sa démarche porte bien l’angle DSI for Good », a résumé un troisième. À tel point que son dossier a dominé largement cette catégorie.

La candidature d’Alice Guehennec portait avant tout le projet de transformation numérique de Saur, un vaste projet déjà largement entamé pour développer une nouvelle gamme de services numériques. Il comportait également un volet résilience plébiscité par le jury : de fait, la crise sanitaire n’a pas ou que très peu affecté l’activité du groupe et les projets de la DSI ont continué à être délivrés dans un contexte de télétravail. Avec tous ces points forts, son dossier a remporté la majorité des suffrages lors du vote pour le Grand Prix des DSI de l’année.

Les raisons de cet engouement tiennent bien sûr au travail effectué par l’ensemble de ses équipes, mais aussi à « l’ADN de la mission » prise en charge par Alice Guehennec. Lors de son arrivée en 2019, elle reçoit un mandat clair : la transformation digitale est définie comme une priorité stratégique et portée au plus haut niveau de la direction, dont la DNSI fait partie.

Dans la foulée, les moyens suivent. La nouvelle arrivante prend conjointement sous sa responsabilité les équipes de la DSI et celles, distinctes, affectées à la transformation digitale pilotée par Rudy Bertrand. Celle-ci est prévue sur trois années, jusqu’en 2023. En plus du budget attribué annuellement à la DSI, un montant exceptionnel de 120 M€ est alloué pour financer cette mutation. Les contraintes à prendre à compte sont multiples. Il s’agit de préserver la ressource naturelle et, plus classiquement, d’améliorer la performance des opérations de l’entreprise, avec des budgets publics aujourd’hui plus contraints. Il s’agit aussi de s’intégrer plus profondément avec les SI des collectivités et de délivrer de nouveaux services aux usagers. L’objectif est également de passer d’une maintenance réactive à une maintenance prédictive.

Autant de challenges que la dirigeante et ses équipes ont su relever grâce à une vision partagée, une forte implication et une solidarité sans faille. La première étape a été de placer les données au cœur de l’architecture du système d’information. Ces données permettent de déployer de nouveaux services pour les usagers et les collectivités, comme l’optimisation du fonctionnement des installations qui fournissent de meilleures prévisions tant sur les besoins de consommation que sur la maintenance. 19 000 installations sont ainsi télé-surveillées, et 170 000 km de réseau d’eau potable ont été modélisés. Cela se traduit par la remontée et le traitement de plus d’un million de données par jour. Côté opérationnel, cette architecture industrialise l’activité des huit centres de pilotage opérationnel présents sur le territoire, de véritables tours de contrôle. 3 200 agents sont en connexion permanente sur leur smartphone pour interagir depuis le terrain.

Parallèlement, l’exploitation des sources d’information internes et externes, avec des algorithmes de machine learning, est le moteur de la transformation. Pour identifier et modéliser les cas d’usage pertinents, une équipe de data scientists, pilotée par Guillaume Dolbeau et Grégory Denis, croisent les données disponibles, celles issues des sites de production et des réseaux entre autres, avec des données externes telles que celles de la météo. Des dizaines de cas d’usage ont été formalisés depuis le lancement du projet de transformation, avec la nécessité de les hiérarchiser. Déjà en production, les premières applications facilitent la préservation de la ressource. Le volume d’eau à traiter par les usines de traitement est très variable et dépend de nombreux paramètres. L’exploitation des données permet d’anticiper ces volumes et de calibrer les usines afin qu’elles puissent les prendre en charge de manière optimale.

Dans le même registre, corréler les données internes avec des prévisions sur les épisodes de sécheresse se concrétise par une optimisation des forages et, par suite, permet d’affiner le pompage de la ressource naturelle, en fonction des zones géographiques les plus touchées par ces épisodes. L’analyse des données par de l’IA a également pour but de mieux prévenir et limiter les fuites sur les réseaux. Des applications de prédiction de leur localisation remplacent désormais en partie la maintenance réactive. Les applications visent également à mieux contrôler la consommation électrique des pompes. Le niveau de granularité des informations analysées va jusqu’à l’optimisation de l’utilisation des réactifs de déphosphatation, l’une des étapes essentielles dans le traitement de l’eau.

L’année 2020 a également vu l’identification de cas d’usage à destination des collectivités et des particuliers, et le développement des premières applications correspondantes par l’équipe de Kamal Khiyat. Pour bénéficier de ces services, les collectivités pourront verser leurs données et avoir accès à des indicateurs de volumes et de qualité. Les foyers, eux, disposent d’indicateurs pour limiter leur consommation, notamment via leur espace clientèle dédié.

C’est cette transformation générale et déjà bien avancée qui a entraîné l’adhésion du jury. « Elle est arrivée depuis deux ans et transforme la maison de fond en comble », a résumé l’un de ses membres.

L’histoire continue. Cette année, Alice Guehennec poursuit sa feuille de route. La transformation va continuer par le déploiement de la plateforme IoT sur 4  000 installations, par de nouveaux modules d’IA, et notamment par une refonte de la plateforme de planification des interventions portée par l’équipe de Philippe Bovagnet.

L’AGILE AU CŒUR DE LA TRANSFORMATION

Pour réussir la transformation dans les délais, Alice Guehennec mise sur l’agile et sur l’offshore. La crise sanitaire n’a pas ralenti le rythme. Les collaborateurs ont basculé en télétravail en 48 heures. En 2020, une usine digitale dédiée à la transformation a été mise en place en mode agile. Toujours en 2020, dans le but d’améliorer encore la performance de la DSI, un fournisseur outsourceur a été retenu et l’activité de la DSI a été industrialisée avec la mise en place d’une usine offshore. Une gestion prévisionnelle de l’emploi et des compétences et du lean management accompagnent les équipes internes dans cette mutation qui prendra corps en 2021.

L’ENTREPRISE

Troisième groupe dans le domaine de l’eau en France, Saur compte 10 400 salariés et génère un chiffre d’affaires annuel de 1,5 Md€. L’entreprise gère 500 stations de pompage, 1 700 usines de traitement d’eau potable, 170 000 km de conduites d’eau potable et 230 000 km de conduites pour les eaux usées. En moyenne, 3,1 % du CA sont affectés annuellement à la DSI. Dans le cadre de la transformation digitale, un investissement exceptionnel de 120 M€ supplémentaires vient s’y ajouter pour la période 2020-2023. La DSI compte environ 400 collaborateurs. La direction de l’innovation et de l’offre digitale, qui lui est rattachée, compte dix personnes dont huit data scientists.

Mini Bio d’Alice Guehennec

Depuis juin 2019 : Directrice des systèmes d’information et du digital, Saur
       2016-2019 : DSIN, Sodexo France
       2014-2016 : Senior Manager, Accenture
       2010-2014 : DSI adjointe, préfecture de Police de Paris
       2008-2010 : Directrice de business unit, Capgemini
       2005-2007 :  Directrice technique, Capgemini
       2002-2005 : Consultante senior en management, Capgemini
       2001-2002 : Consultante IT, EY

Formation
   Master IT, Université de technologie de Compiègne

Volontariat
   Présidente du réseau EllEau, de promotion de la mixité de Saur
   Membre du club Ivy
   Coordinatrice Eau du Village Francophone du CES 2021
   Membre des Mentors Numériques de l’État


Retrouvez également le portrait :
De la DSI de l’année 2019 : Véronique Puche
De la DSI for Good 2019 : Malika Pastor