IA et Licenciements : Licencier pour financer l’IA, le mauvais calcul des dirigeants tech

Data / IA

IA et licenciements : Gartner démonte l’équation « moins d’humains = plus de rentabilité »

Par Laurent Delattre, publié le 19 mai 2026

Depuis plusieurs mois, l’intelligence artificielle sert de justification à une vague de licenciements dans la tech. Derrière la promesse d’une entreprise plus productive et donc plus rentable avec moins de salariés, Gartner dresse pourtant un constat beaucoup moins évident : les entreprises qui réduisent leurs effectifs au nom de l’IA n’obtiennent pas de meilleurs retours sur investissement que les autres.

Gains de productivité, automatisation croissante des tâches, émergence des agents IA capables d’exécuter certaines fonctions de manière autonome : de plus en plus d’entreprises sont convaincues qu’elles pourraient mieux fonctionner avec davantage d’IA… et moins d’humains. Pour certaines, les licenciements permettent aussi de dégager des marges financières afin d’accélérer les investissements dans l’IA et préparer la transformation de l’organisation. Amazon, Google, Microsoft ou encore Salesforce : les géants de la tech ayant engagé des réductions d’effectifs tout en affichant des ambitions massives autour de l’intelligence artificielle générative se comptent désormais par dizaines.

Derrière ces restructurations, une même idée semble s’être imposée : une entreprise plus automatisée deviendrait mécaniquement plus productive et plus rentable. Une étude de Gartner prouve le contraire : les entreprises qui réduisent leurs effectifs pour financer ou accélérer leurs projets IA n’obtiennent pas de meilleurs retours sur investissement que les autres.

Licencier pour l’IA : l’illusion d’une rentabilité facile

Publiée début mai, l’étude ne remet pas en cause les avantages de l’IA. Gartner estime en effet que les technologies de « business autonome » (agents IA, automatisation intelligente, systèmes capables d’exécuter certaines tâches de manière indépendante) vont profondément transformer les entreprises dans les prochaines années. Mais selon le cabinet, les entreprises surestiment la rapidité avec laquelle ces outils peuvent remplacer le travail humain et générer des gains économiques mesurables.

Menée auprès de 350 dirigeants d’entreprises mondiales réalisant plus d’un milliard de dollars de chiffre d’affaires annuel, l’étude révèle que près de 80 % des organisations ayant déployé ou expérimenté des technologies de « business autonome » ont réduit leurs effectifs. Pour autant, elles n’affichent pas de meilleurs résultats que celles qui n’ont pas licencié. « De nombreux dirigeants se tournent vers les licenciements pour démontrer rapidement le ROI de l’IA. C’est une mauvaise approche : les réductions d’effectifs peuvent libérer du budget, mais elles ne créent pas de retour sur investissement », souligne Helen Poitevin, Distinguished VP Analyst chez Gartner.

Plus de bots, moins d’humains : le pari perdant des dirigeants

Pour Gartner, l’erreur de nombreuses entreprises est de croire que les gains de productivité promis par l’IA peuvent être obtenus rapidement et à grande échelle, au point de compenser immédiatement les réductions d’effectifs. Or, dans la réalité, les usages de l’IA restent encore largement concentrés sur des périmètres ciblés : assistance au développement, automatisation documentaire, support client ou génération de contenu. Ces outils permettent certes d’améliorer certaines tâches, mais ils ne transforment pas encore suffisamment les opérations pour générer, à eux seuls, des gains économiques massifs et durables.

Le véritable défi apparaît au moment du passage à l’échelle. Car déployer des agents IA dans toute une organisation suppose de résoudre des problématiques beaucoup plus complexes : gouvernance, qualité des données, sécurité, supervision des systèmes autonomes, intégration dans les workflows métiers ou encore adaptation des processus internes.

Dit autrement, le défi posé par l’IA n’est pas seulement technologique. Il est aussi organisationnel. Et c’est précisément ce qui explique, selon Gartner, pourquoi les investissements dans l’IA ne se traduisent pas automatiquement par de meilleurs résultats économiques.

Cette question devient d’autant plus stratégique que les montants engagés continuent d’augmenter à un rythme spectaculaire. Selon Gartner, les dépenses mondiales consacrées aux logiciels d’agents IA passeront de 86,4 milliards de dollars en 2025 à 376,3 milliards de dollars en 2027.

L’équation gagnante : une IA qui augmente l’humain sans le remplacer

Pour Gartner, le véritable enseignement de l’étude réside dans la remise en cause d’un récit devenu dominant dans la tech : celui d’une IA synonyme de suppression massive d’emplois. « Sur le long terme, les technologies de ‘business autonome’ vont créer plus d’emplois qu’elles n’en supprimeront », affirme même Helen Poitevin.

Le cabinet estime ainsi que les investissements les plus efficaces concernent moins la réduction des effectifs que la montée en compétences des équipes, la supervision des systèmes autonomes et la gouvernance des usages de l’IA. Autrement dit, l’intelligence artificielle semble aujourd’hui créer davantage de valeur lorsqu’elle vient renforcer les capacités des collaborateurs que lorsqu’elle est utilisée uniquement comme levier de réduction des coûts.

En filigrane, l’étude suggère surtout que le marché traverse une phase de transition où les promesses associées à l’IA vont beaucoup plus vite que la capacité réelle des entreprises à transformer ces technologies en gains durables. Et alors que les investissements dans les agents IA devraient être multipliés par plus de quatre entre 2025 et 2027, Gartner remet implicitement en cause le récit dominant autour de l’IA comme simple outil de rationalisation des effectifs.

De quoi alimenter encore un peu plus le débat entre les prophètes d’une IA appelée à remplacer massivement les humains et ceux qui parient au contraire sur une transformation des métiers plutôt que sur leur disparition. Avec son étude, Gartner vient clairement renforcer le second camp.

À LIRE AUSSI :

À LIRE AUSSI :

À LIRE AUSSI :

Dans l'actualité

Verified by MonsterInsights