Chez Pro à Pro l’IA commence par les corvées des développeurs avant de toucher au code

Data / IA

Delphine Boudou (Pro à Pro) : « L’idée, c’est de faire rentrer l’IA par les tâches que les développeurs n’aiment pas faire »

Par Laurent Delattre, publié le 24 septembre 2026

Chez Pro à Pro, filiale du groupe Metro spécialisée dans la livraison aux professionnels de la restauration, l’IA générative ne débarque pas avec la promesse de remplacer les développeurs. Elle commence beaucoup plus modestement par leur éviter la documentation. Sur le plateau de Big Data & AI Paris 2026, Delphine Boudou, responsable architecture et intégrations applicatives chez Pro à Pro, détaille une feuille de route qui doit progressivement conduire l’IA du code legacy jusqu’au support métier.

Pro à Pro n’est pas forcément une marque connue du grand public. Pourtant, « à chaque fois que vous mangez hors de votre domicile, il y a de fortes chances pour que Pro à Pro ait livré la cuisine », résume Delphine Boudou. L’entreprise appartient au groupe Metro et opère dans le food service delivery. Derrière cette activité très physique, avec notamment une flotte d’environ 530 camions, se cache aussi un système d’information largement développé en interne.

« La DSI de Pro à Pro, c’est environ 35 personnes. Notre cœur du système d’information est développé en interne. Au sein de mon service, on va gérer la data, le développement de l’ERP interne, mais aussi tous les flux à travers les outils que l’on utilise dans l’entreprise. »

Un ERP maison, construit et enrichi au fil des années, c’est aussi beaucoup de code patrimonial. Et forcément, tous les DSI en sont conscients, une documentation qui n’a pas toujours suivi.

Commencer par ce que les développeurs n’aiment pas faire

C’est là que Pro à Pro a décidé de faire entrer l’IA. L’entreprise teste depuis décembre Bob, l’assistant de développement d’IBM intégré directement à l’environnement de travail des développeurs. Après une première phase sur une version bêta, les équipes disposent depuis cet été de la version premium.

Premier terrain de jeu : la rétro-documentation.

« On a une équipe composée à la fois de juniors qui sortent de l’école et de personnes plutôt proches de la retraite. L’idée, c’est d’embarquer plus vite les jeunes et surtout d’accéder à une documentation qui devient standardisée. Tout le monde fait la même documentation, sur une tâche qu’il n’aime pas forcément faire au quotidien. »

Avec à la clé un retour sur investissement très immédiat contrairement à bien d’autres expérimentations IA.

« Une personne qui arrive chez nous sur un ERP conséquent, développé en interne depuis plusieurs années et pas forcément documenté depuis son origine, va pouvoir être embarquée plus rapidement. Et quand on demande aujourd’hui à un développeur de faire de la documentation et qu’il n’aime pas ça, je peux vous dire qu’il met du temps ! »

Objectif, utiliser l’IA non pas pour court-circuiter le développeur, mais pour lui retirer une partie du travail périphérique qui ralentit aujourd’hui les équipes : documenter un code ancien, retrouver la logique d’un traitement, remettre en forme une connaissance jusque-là disséminée ou transmise oralement : « concentrer les développeurs sur leur valeur ajoutée première, c’est-à-dire coder, ou vérifier que ce qui est produit est juste ».

Chez Pro à Pro, l’enjeu est d’autant plus sensible que l’équipe fait cohabiter des profils très juniors avec d’autres beaucoup plus expérimentés. Standardiser et automatiser une partie de cette documentation, c’est donc aussi accélérer la montée en compétence des nouveaux arrivants et éviter qu’une partie de la connaissance du SI ne reste enfermée dans la tête de quelques anciens.

Ne surtout pas braquer les développeurs

Sur le papier, difficile pour une équipe de développement de refuser un outil censé lui faire gagner du temps. Dans les faits, l’arrivée de l’IA touche directement à l’un des marqueurs les plus identitaires du métier : écrire du code. Et dès qu’un assistant commence à suggérer, documenter, refactoriser ou générer à la place du développeur, la promesse de productivité peut vite être perçue comme une forme de dépossession. Chez Pro à Pro, cette méfiance a bien existé.

« Il y a eu des réactions de défiance vis-à-vis de l’IA venant des développeurs, parce que les développeurs aiment développer. Ils voyaient cette automatisation comme une forme de confiscation d’une partie de leur travail. »

Plutôt que d’imposer brutalement la génération de code, Pro à Pro avance donc marche après marche.

« On a dessiné une feuille de route avec différentes étapes. Le but, c’est de les embarquer à chaque étape en leur expliquant pourquoi. L’idée, c’est de faire rentrer l’IA par les tâches qu’ils n’aiment pas faire, pour ne pas opposer l’humain à l’IA, mais montrer que grâce à l’IA, l’humain va être plus efficace et plus rapide. »

La suite sera plus ambitieuse. Pro à Pro veut notamment permettre aux équipes fonctionnelles d’interroger le code en langage naturel via des serveurs MCP. Aujourd’hui, lorsqu’un incident remonte du support niveau 1 vers les fonctionnels, puis jusqu’aux développeurs simplement pour comprendre un comportement applicatif, « c’est du temps de développeur qui est pris à faire autre chose que produire du code ».

Demain, un agent pourrait fournir directement cette lecture. Puis des systèmes RAG construits sur la documentation standardisée pourraient donner au support niveau 1 davantage d’autonomie. Et, à terme, les spécifications techniques pourraient servir à générer du code « qui sera contrôlé, vérifié, validé ».

Et il reste un autre terrain où l’IA pourrait se révéler particulièrement utile : aider Pro à Pro à mieux comprendre, moderniser et faire évoluer un ERP maison enrichi au fil des années.

« Avec les tests que l’on a faits, on se retrouve avec du code documenté, mais aussi avec des propositions pour le refactoriser, le remettre au goût du jour et le moderniser. Parfois, le code avait l’air compliqué et finalement, quand on regarde fonctionnellement ce qu’il fait, ce n’est pas si compliqué que ça. »

Une manière très pragmatique de transformer l’IA en archéologue du legacy avant, peut-être, de lui confier les clés de l’atelier.

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