Newtech
Vates lève 30 millions d’euros pour peser face à VMware
Par Guillaume Perissat, publié le 08 octobre 2026
Le marché de la virtualisation se recompose. Entre les effets du rachat de VMware par Broadcom et la situation géopolitique, Vates compte bien tirer son épingle du jeu. Jusqu’à présent autofinancé, l’éditeur grenoblois annonce lever 30 millions auprès de Bpifrance et d’IRIS afin de mettre un grand coup d’accélérateur et devancer la concurrence.
C’est un peu un des sujets du moment, pour peu que l’on parle d’autre chose que d’IA. Trois ans après le rachat de VMware par Broadcom, et l’augmentation conséquente du prix des licences, le mouvement se confirme : de plus en plus d’entreprises veulent quitter le giron du célèbre hyperviseur. Une étude de Gartner confirme d’ailleurs la tendance et estime que 55 % des organisations testeront, d’ici à 2029, une alternative à VMware.
Ajoutons à cela que le sujet revient désormais régulièrement dans nos conversations avec les DSI, intégrateurs et autres fournisseurs. Ce n’était donc guère une surprise que Vates invite la presse rue de la Boétie ce 6 octobre. L’éditeur grenoblois y annonçait une levée de fonds.
VMware en repoussoir
Et non des moindres : 30 millions d’euros. L’opération est portée par Bpifrance et par le fonds franco-allemand IRIS. Une rupture pour une entreprise jusqu’ici autofinancée depuis 2016, mais que son dirigeant assume comme un choix stratégique. « Une opportunité de marché s’est ouverte et nous a transformés », assume Olivier Lambert, PDG et cofondateur de la société. Une « double opportunité » même. D’un côté un marché vibrant en demande d’alternatives, de l’autre une situation géopolitique qui encourage la quête d’autonomie et de solutions européennes.
Le rachat de VMware par Broadcom, a eu « un impact commercial très fort sur les coûts de licences » rappelle Olivier Lambert. Avec comme conséquence directe, des organisations soucieuses de chercher des alternatives pour retrouver « une prévisibilité sur les coûts de licence ».
Le PDG de Vates souligne que le désamour des entreprises pour VMware n’est néanmoins pas son seul levier de croissance. Entre les fournisseurs de cloud, les secteurs requérant des environnements airgap et ceux qui ont besoin du « Edge », la virtualisation a encore de beaux jours devant elle. De nouveaux marchés restent à conquérir. Sans oublier l’IA qui, selon l’éditeur de XCP-ng, « arrive dans le datacenter de manière forte, avec de nouveaux besoins de serveurs et donc de nouveau besoin de virtualisation ».
Un marché en recomposition
Parallèlement, la situation géopolitique est porteuse, « avec une autonomie numérique qui devient un enjeu très concret pour les entreprises européennes » souligne-t-il. Désireuses de ne pas mettre tous leurs œufs dans le même panier, les organisations cherchent aujourd’hui à réduire leurs dépendances à des acteurs extra-européens.
L’éditeur en voit déjà les premiers effets dans son écosystème. Sa technologie est notamment intégrée à la nouvelle usine de Bull à Angers, tandis que Cloud Temple a engagé une migration de VMware vers Vates. Et le partenaire historique de VMware en matière de sauvegardes, Veeam, prend désormais en charge sa plateforme.
« Le marché de la virtualisation est en pleine reconfiguration et nous avons une carte à jouer » insiste le dirigeant de Vates. Un marché mature, à 10 milliards de dollars aujourd’hui, 14 milliards en 2030. L’an dernier, l’entreprise a enregistré 65 % de croissance et dépassé le millier de clients. Elle fait 90 % de son chiffre d’affaires à l’export, Amérique du Nord en tête.
Accélérer sans compromettre la réversibilité
Et justement, avec cette levée, Vates compte non seulement accélérer en Amérique du Nord, où elle compte une quinzaine de salariés et une filiale depuis 2019, mais aussi conquérir davantage les marchés européens. Tout en développant son écosystème de partenaires et en poursuivant ses investissements en R&D. « Avant la levée, on avait des choix à faire » précise Olivier Lambert. Désormais, avec 30 millions d’euros en caisse, l’entreprise n’est plus confrontée à cet écueil.
L’argument de Vates ne repose toutefois pas uniquement sur le prix ou le contexte géopolitique. Son autre carte est l’open source.
XCP-ng et Xen Orchestra restent ouverts, et les cofondateurs conservent la majorité du capital à l’issue de l’opération. À en croire le PDG et cofondateur, « c’est un choix de notre part d’avoir des investisseurs français et européens ».
Pour l’entreprise, cette ouverture constitue aussi une forme d’assurance pour ses clients. Même en cas de changement futur de contrôle, ceux-ci conservent l’accès au code et peuvent continuer à l’exploiter, voire reprendre son développement. Une caractéristique importante dans un marché où la question de la réversibilité revient au premier plan, y compris d’un futur point de vue réglementaire.
Migrer ou ne pas migrer
Vates veut d’ailleurs éviter de présenter ses solutions comme une simple alternative « low cost » à VMware. Les premiers clients ayant migré étaient plutôt de petites infrastructures, mais l’éditeur commence désormais à adresser des environnements beaucoup plus importants. « Les clients qui quittent VMware veulent un produit de qualité équivalente », explique en substance Olivier Lambert. L’enjeu est donc de leur proposer une migration aussi transparente que possible, sans leur demander de bouleverser leurs pratiques.
Le principal frein n’est d’ailleurs pas nécessairement technologique. « La résistance principale, c’est le temps », reconnaît le dirigeant. Après quinze ou vingt ans passés avec VMware, les entreprises doivent gérer à la fois la migration d’environnements de production, le renouvellement des licences et le changement des habitudes des équipes. Vates travaille donc à réduire au maximum le « delta » entre les deux environnements.
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