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Chez Poclain, automatiser la cyber pour relancer la modernisation IT

Par Reynald Fléchaux, publié le 02 novembre 2026

La cybersécurité mobilise désormais 40 % du temps des administrateurs de Poclain, au détriment des projets de transformation. Pour retrouver des marges de manœuvre, le CTO de l’industriel mise sur l’automatisation de la sécurité et du support. Avec un objectif : poursuivre la migration vers le cloud et préparer une architecture multicloud.

« Mes équipes passent 40 % du temps à faire du patching ou à réagir à des événements de sécurité, contre 10 à 12 % auparavant. » Pour François Delys, CTO de Poclain, la montée des exigences en cybersécurité menace désormais le rythme de transformation du système d’information. « Quand ces équipes ne sont pas disponibles, les projets de migration cloud sont différés », résume-t-il.

Le constat est particulièrement sensible pour cette ETI industrielle de l’Oise, spécialisée dans les transmissions hydrauliques, qui emploie environ 2 300 personnes dans une vingtaine de pays. Sa DSI compte une cinquantaine de collaborateurs, épaulés par une centaine de prestataires. Faute d’effectifs suffisants dans les équipes spécialisées en sécurité, une grande partie des opérations de remédiation revient aux administrateurs. Et lorsque la charge cyber s’envole, comme aujourd’hui, leur temps fait défaut au maintien en conformité des systèmes et à l’accompagnement des projets métier.

Pour desserrer cette contrainte, François Delys veut accélérer l’automatisation de la cybersécurité, notamment grâce à l’IA. « Ce n’est qu’une défense opérant à la vitesse des machines qui pourra répondre aux attaques se déroulant à la même vitesse. Aucune équipe humaine ne pourra y faire face. » L’objectif est de mettre des capacités de ce type en production afin de redonner du temps aux équipes pour les projets de transformation.

Automatiser le run pour libérer les équipes

Cette ambition suppose aussi de revoir plus largement les fondations, à commencer par l’outillage d’exploitation. Poclain étudie la modernisation de son ITSM et de sa CMDB pour bénéficier des fonctions d’IA embarquées, ainsi que la constitution d’un datalake regroupant les journaux techniques de ses infrastructures. Le but : repérer les signaux faibles avant les défaillances et capitaliser sur l’historique des pannes.

« L’idée première, c’est de doter les équipes d’une connaissance des incidents déjà rencontrés et des mesures prises, pour aller ensuite vers de la remédiation automatique », explique le CTO. Cette approche pourrait également faciliter la production de preuves de conformité, notamment dans le cadre de NIS 2, grâce à la génération automatique des rapports d’audit. « Je vise une baisse des tâches administratives au sein de mes équipes, grâce à l’IA, sans compromis sur le niveau d’exigence. »

Autre levier : la réduction de la charge de support. Un projet prévoit de déployer, sur plus de la moitié du parc, des terminaux reposant sur un Linux durci et conteneurisé, et de généraliser les usages SaaS sur ces postes. François Delys espère ainsi diminuer le nombre d’incidents et récupérer entre un quart et un tiers du temps consacré au support. Les gains attendus doivent contribuer au financement de la modernisation de l’ITSM et de la CMDB, deux chantiers sur lesquels le CTO estime pouvoir maximiser les économies. Il s’agit encore d’objectifs, mais la logique est claire : réduire les opérations répétitives pour investir dans les outils qui permettront d’automatiser davantage l’exploitation.

Le multicloud sans renoncer aux datacenters

François Delys, le CTO de Poclain. (Photo : D.R.)

Le temps libéré sur le run et le support doit aussi permettre à Poclain de poursuivre une transformation applicative engagée depuis plusieurs années. L’industriel a déjà fait évoluer vers le cloud une partie de son patrimoine applicatif, largement constitué de progiciels Oracle. « Sur site, nous avions des difficultés à faire évoluer certains composants, du fait de la résistance des métiers. Nous nous sommes alors donné une trajectoire de services en commençant par aller sur le cloud », raconte François Delys. Cette transition vers Oracle Cloud Infrastructure (sur les zones Marseille, pour la production, et Paris) a progressivement familiarisé les décideurs avec le modèle de consommation à la demande. Elle a aussi permis de variabiliser les coûts des environnements projets ou de tests, les systèmes de production devant, eux, fonctionner en permanence pour desservir les usines réparties dans le monde entier.

La prochaine étape consiste à conteneuriser davantage la pile applicative pour préparer le virage vers le multicloud. François Delys y voit un moyen de développer le FinOps et de limiter les risques de dépendance. « Ce qui suppose de maîtriser ces connexions multicloud et hybrides, pour que ces transitions poussées par le FinOps ne génèrent pas autant de projets », souligne-t-il. La portabilité recherchée implique donc de repenser certaines applications, et pas seulement de déplacer leurs infrastructures. Le MES développé en interne, aujourd’hui exploité localement dans les usines, pourrait ainsi évoluer vers des clouds locaux.

15 % d’économies d’ici 2030

En parallèle, Poclain entend conserver une possibilité de retour vers ses propres infrastructures. En 2027, le groupe prévoit de moderniser ses datacenters pour en faire une « roue de secours » permettant de réinternaliser certaines capacités si nécessaire. Une des deux salles informatiques pourrait toutefois fermer à l’occasion de ces travaux.

Ces choix d’architecture répondent à une contrainte économique fixée dans les objectifs du CTO : 15 % d’économies sur le budget IT d’ici 2030, tout en maintenant les investissements de transformation. En plus de l’automatisation des opérations, François Delys cherche à faire reconnaître une partie des gains de productivité procurés par les portails internes d’IA générative pour financer de nouveaux besoins en cybersécurité. « Il faut savoir être inventif pour montrer à une direction qu’il est possible de gagner de l’argent sur les couches basses », glisse-t-il.

Photos : D.R.

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