La marque employeur ne se gagne plus à coups de slogans RSE : dans le numérique, seule la preuve compte. Indicateurs chiffrés, engagements auditables et certifications crédibles deviennent des arguments de recrutement et de rétention face au risque de greenwashing.

Green IT

Marque employeur : stop au « greenwashing » !

Par Xavier Biseul, publié le 13 janvier 2026

Pour attirer ou fidéliser les talents, les entreprises doivent apporter des preuves concrètes, mesurables et auditables de leurs engagements en faveur du numérique responsable. La preuve par l’exemple avec les retours d’expérience du Crédit Agricole et des Laboratoires Pierre Fabre.

« Il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour », disait le poète Pierre Reverdy. Il en va des sentiments comme des engagements en faveur de la décarbonation de l’IT.
Il ne doit pas y avoir d’écart entre les promesses formulées dans le cadre d’une stratégie de marque employeur et les actions réellement engagées sur le terrain.
La mariée doit être aussi jolie de près que de loin. Sinon, attention, au retour de bâton. Se sentant trahie, une recrue qui a rejoint une DSI pour sa politique de numérique responsable ne finira pas sa période d’essai. Pire, elle se servira des réseaux sociaux comme d’une caisse de résonance pour faire connaître sa déception et ternir l’image de son ex… employeur.

Le sujet est d’autant plus sensible avec l’arrivée massive sur le marché de l’emploi de la génération Z, c’est-à-dire les actifs nés après 1995. Cette « Gen Z » sait non seulement manier les médias sociaux, mais elle affiche une sensibilité toute particulière sur les sujets de RSE. Selon une enquête menée par Ipsos pour le compte de l’école d’ingénieurs CESI, près des trois-quarts des jeunes Z sondés estiment primordial que les valeurs de l’entreprise soient alignées avec les leurs et souhaitent que leur travail ait un impact positif sur le plan sociétal et environnemental.

« Pour renforcer l’attractivité de l’entreprise, il est essentiel de lier les valeurs affichées à des actes concrets et à des indicateurs chiffrés », confirme Benjamin Chaminade, expert en ressources humaines et en valorisation des talents, auteur du livre intitulé Attirer et fidéliser les bonnes compétences – Créer votre marque employeur (Afnor Editions). « C’est particulièrement vrai sur des thématiques comme le numérique responsable ou les enjeux environnementaux. Les candidats et les collaborateurs attendent des preuves tangibles, au-delà des simples déclarations d’intention. »

La labellisation, élément clé de la communication

Pour donner corps à leurs engagements, les Laboratoires Pierre Fabre et Crédit Agricole Group Infrastructure Platform (CA-GIP), qui gère 80 % de la production informatique du groupe bancaire, se sont ainsi lancés sur la voie de la certification. Les deux organisations ont obtenu, en 2024, le label Numérique responsable niveau 2, le niveau le plus exigeant à ce jour.

Loin des certifications « bullshit », ce label NR présente tous les gages de sérieux, avec l’implication de l’Ademe, de l’Institut du Numérique Responsable (INR), de France IT ou de France Digitale. Pour le niveau 2, un audit est réalisé sur site par un cabinet indépendant, en l’occurrence SGS, Bureau Veritas ou Baker Tilly. Il sanctionne un engagement sur trois ans, nécessitant l’implication continue des collaborateurs et des experts métiers.

CA-GIP a fait de cette labellisation un élément clé de sa stratégie de communication, tant en interne qu’en externe. « Il est essentiel que les actions en faveur du numérique responsable soient mesurables, visibles, valorisées et porteuses de sens, estime Hervé Gachen, directeur du Secrétaire général & Communication. La RSE doit constituer un facteur d’engagement et de fierté pour l’ensemble des collaborateurs. »

Benjamin Chaminade

Expert en ressources humaines et en valorisation des talents

« Les candidats et les collaborateurs attendent des preuves tangibles, au-delà des déclarations d’intention. »

CA-GIP privilégie l’expression directe des parties prenantes. « Le discours “corporate” ne s’exprime que lors d’annonces majeures, comme la labellisation NR, poursuit Hervé Gachen. En dehors de ces moments, ce sont les “faiseurs” – les équipes opérationnelles, les porteurs de projets – qui prennent la parole de façon ciblée. Nous avons fait le choix de valoriser la pertinence et l’authenticité du message plutôt que la quantité des interventions, ou le nombre de “followers” sur les réseaux sociaux. »

Chaque mois, les collaborateurs de CA-GIP reçoivent un point sur le suivi des différents engagements pris en matière de RSE, afin de maintenir la mobilisation sur le sujet. « En termes de communication externe, notre objectif principal est de valoriser notre marque employeur, confirme Hervé Gachen. Ce choix s’explique notamment par le contexte actuel du marché de l’informatique, marqué par de fortes tensions. Dans cette “guerre des talents”, la dimension RSE constitue un élément différenciant. »
CA-GIP est intervenu à plusieurs reprises au GreenTech Forum, et sera présent au prochain forum Green IO.

L’entreprise participe également aux conférences du Gartner ou aux travaux du Cigref pour échanger avec ses pairs.

Attirer les candidats, retenir les collaborateurs

« Nous pouvons répondre aux candidats qui postulent pour entrer chez CA-GIP qu’ils sont tombés à la bonne adresse s’ils veulent faire du numérique responsable, assure Christine Applanat, responsable RSE chez CA-GIP. Les jeunes recrues ne sont pas les seules intéressées par le sujet. C’est également un facteur de rétention pour les collaborateurs expérimentés. L’engagement ne dépend pas de l’âge, il est intergénérationnel. »

Il reste que le numérique responsable n’est pas la principale motivation pour candidater, les questions de salaires et de qualité de vie au travail restant privilégiées. « Néanmoins, pour un professionnel du numérique, sensible aux enjeux RSE, l’obtention du label NR de niveau 2 peut être un critère déterminant », juge Julien Rousseau, responsable RSE, Engagement Collaborateurs & Citoyens des Laboratoires Pierre Fabre. Chez le groupe pharmaceutique et dermo-cosmétique, la RSE s’est donc imposée comme l’un des quatre piliers de sa toute nouvelle marque employeur, baptisée « We care movement ».

Hervé Gachen

Directeur du Secrétaire général & Communication de CA-GIP

« Nous avons fait le choix de valoriser la pertinence et l’authenticité du message plutôt que la quantité des interventions, ou le nombre de “followers” sur les réseaux sociaux. »

Le numérique responsable ne s’y limite pas à la seule population IT. « Lors du Digital Cleanup Day, nous invitons tous les collaborateurs à agir en participant à la collecte d’équipements numériques pour les recycler ou encore à la pose de films de protection d’écran pour allonger la durée de vie des smartphones », illustre Julien Rousseau. Cette dernière action a été organisée en partenariat avec Orange et Envoi, une association qui favorise l’insertion des personnes en difficulté et en situation de handicap.

Le numérique responsable intègre, de fait, un volet sociétal à côté de l’enjeu environnemental. Au sein du réseau interne, baptisé « Divers’IT », une centaine de collaborateurs de CA-GIP se sont ainsi engagés dans des groupes de travail traitant de thématiques aussi variées que la mixité, l’inclusion, le handicap, ou encore la lutte contre les discriminations. « Alors que le secteur bancaire est parfois perçu comme “traditionnel”, la capacité à démontrer, preuves à l’appui, notre implication sur ces sujets se révèle déterminante pour attirer et fidéliser les talents », conclut Christine Applanat.



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