Les opportunités professionnelles ouvertes par le numérique peuvent-elles bénéficier à des personnes très éloignées de l’emploi ? Oui, si nous développons des modèles suffisamment novateurs et inclusifs, à l’image des entreprises numériques à mission sociale.

Par Jean-Christophe Arnauné, directeur d’Acces Inclusive Tech

L’inclusion numérique est reconnue depuis plusieurs années comme un véritable enjeu de société. Elle désigne l’ensemble des actions mises en œuvre pour rendre le numérique accessible à chaque individu et transmettre les compétences nécessaires à son insertion sociale et économique. Son poids économique vient aujourd’hui d’être confirmé : selon une récente étude de la Banque des territoires, elle représente un marché de 370 millions d’euros par an.

La formation représente à elle seule 40% de ce marché et l’une des activités ayant le plus fort potentiel de développement. En effet, les métiers du numérique sont en forte tension – France Stratégie estime qu’en 2030, il y aura 26% d’ingénieurs informatiques en plus par rapport à 2019, et les formations du supérieur ne suffisent pas à pourvoir à l’ensemble du besoin. Face à cette pénurie, les personnes éloignées de l’emploi, aux profils plus atypiques, sont un vivier de talents à date insuffisamment exploité par les entreprises recruteuses du secteur.

Le numérique peut ainsi ouvrir de nouvelles opportunités pour les seniors en chômage longue durée, les jeunes en décrochage scolaire, les personnes en situation de handicap, ou encore les migrants et réfugiés. La technologie ne doit pas être un frein pour ces personnes mais, au contraire, faciliter la mise en œuvre d’un nouveau projet, en devenant l’alliée de l’insertion professionnelle.

Le pari est-il trop ambitieux ? Non, car l’expérience du terrain démontre que c’est un pari que l’on peut gagner. A condition de s’appuyer sur des modèles innovants et viables, basés sur des dispositifs de formation et d’accompagnement adaptés aux besoins des publics plus fragiles.

Faire de la technologie un tremplin vers l’emploi.

Nous sommes ainsi plusieurs à avoir vérifié avec succès qu’il est possible, au sein d’entreprises de services numériques à mission sociale, de miser sur le potentiel de personnes souvent très éloignées de l’emploi. Cela implique tout d’abord de baser le recrutement, non plus sur le CV, les diplômes ou les compétences techniques, mais sur les qualités individuelles de la personne. La logique, la rigueur ou le sens relationnel sont ainsi évalués en s’appuyant sur des tests et des  mises en situation ne nécessitant aucun pré-requis métier.

Cela requiert aussi de considérer l’ensemble des besoins de ces personnes. La mise en place de modalités de management de proximité renforcé permet par exemple d’accompagner leur prise de poste auprès des entreprises clientes. Les méthodes inspirées du compagnonnage sont particulièrement efficaces pour assurer une transmission des savoirs suffisamment progressive et encadrée. Le soutien à la résolution des problématiques sociales doit aussi faire partie de l’accompagnement proposé, tout comme le coaching sur le projet professionnel à moyen-long terme.

Enfin, il est fondamental que les personnes accompagnées de la sorte puissent intervenir pendant plusieurs mois sur des projets informatiques suffisamment ambitieux. L’objectif est qu’elles puissent, grâce à un parcours adapté, devenir progressivement autonomes en respectant pleinement les exigences de qualité et de délais des clients. D’où l’importance de constituer des équipes encadrées par un manager coach, qui pourra par exemple les guider dans des missions aussi variées que la réalisation de tests de logiciels, le support utilisateurs ou la préparation de données.

L’entreprise numérique à mission sociale : une double création de valeur

Nous avons tout à gagner à favoriser l’essaimage et le passage à l’échelle d’entreprises de services numériques à mission sociale, qui favorisent tout autant la satisfaction de leurs clients – condition sine qua non de leur croissance – que l’insertion professionnelle de tous, grâce à la technologie.

Alors que de trop nombreux emplois numériques sont encore délocalisés à l’étranger, le modèle de l’entreprise numérique à mission sociale démontre qu’il est possible de créer le même type de postes en France, à des coûts compétitifs, et avec une valeur ajoutée sociale extrêmement positive : les bilans d’impact successifs démontrent que plus des trois quarts des personnes (très) éloignées de l’emploi qui ont été accompagnées sont en emploi ou en formation complémentaire qualifiante à la fin de leur parcours.

Nous pouvons ensemble privilégier des modèles efficaces, créateurs de valeur économique et sociale et permettant l’insertion professionnelle du plus grand nombre grâce à la technologie. Les services IT, achats et RSE des grandes entreprises comme les acteurs publics ont donc tout intérêt à s’intéresser de près aux offres des entreprises numériques à mission sociale. L’inclusion numérique n’est pas seulement souhaitable, elle est possible et crée une double valeur économique et sociale. A ce titre elle est définitivement porteuse d’avenir.

 


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