Forrester démarre déjà ses prédictions pour l’année à venir. Avec en premier thème, l’avenir à court terme des DSI. Une année qui s’annonce difficile, très influencée par le télétravail et qui, en raison du climat géopolitique, obligera les DSI à penser globalement mais agir localement…

2020 a été une année cauchemardesque que bien des personnes sont pressées de voir se terminer. Mais 2021 ne marquera pas forcément la fin du cauchemar. Notamment pour les DSI.

Selon Forrester, les suites de la pandémie vont notamment engendrer une chute de 1,5% des investissements technologiques américains en 2021 après des années d’accélération des dépenses, entraînant une chute spectaculaire de 135 milliards de dollars par rapport au pic de dépenses enregistré en 2019 !
Une telle chute aura nécessairement un impact fort sur tous les fournisseurs de solutions IT et sur le fonctionnement des DSI.

Pour Forrester, « les DSI qui ont mis en œuvre des stratégies et des technologies hautement adaptatives pour répondre rapidement à l’impact sur les opérations de leur entreprise et de leurs clients seront les premiers de cordée. Ceux qui luttent encore pour répondre aux exigences d’une économie en souffrance tomberont encore plus, sinon entièrement, en 2021 ».

Le ton est donné et l’optimisme n’est clairement pas au rendez-vous des mois à venir. La boule de cristal est franchement sombre.

Il est trop tard pour la transformation

Pour Forrester, la pandémie a révélé les failles stratégiques de nombreuses entreprises. Et les pansements appliqués en pleine panique pandémique pour tenter de concrétiser des projets technologiques jusqu’ici freinés de toutes parts ne suffiront plus. « Ça va mal finir » pour ces entreprises embourbées dans leur transformation numérique, prévient Forrester. « Certaines se verront rachetées d’autres disparaîtront. Parmi les entreprises du Fortune 500 qui n’ont pas su se transformer avant la pandémie, 1 sur 5 ne passeront pas 2021 ! ».

À l’inverse, les entreprises qui ont pris de l’avance technologique et se sont centrées sur les clients (elles représenteraient 30% des organisations du Fortune 500) grâce à des approches plateformes et cloud connaîtront une croissance 3,5 fois plus rapide que les autres.

La fin de la gloire

Dans ce paysage plus que morose, certains DSI – qui ont pourtant souvent été essentiels et salués durant le confinement – risquent de brutalement redescendre du piédestal où ils ont été placés ces derniers mois.

Pour accélérer la sortie de la pandémie, nombre d’entreprises essaieront diverses combinaisons de métiers, stratégies technologiques et opérations, soit dans le meilleur des cas en promouvant des DSI au sens des affaires affirmé à un poste de leadership, soit plus fréquemment en replaçant les DSI sous des Chief Operating Officers aux prétentions technologiques ou des Chief Digital Officer (s’il en reste qui ont survécu aux deux dernières années).
Horreur, malheur, Aaah… comme le chantait le Grand Orchestre du Splendid.

Quand Trump et l’UE perturbent le quotidien des DSI

Outre ces problèmes politiques internes, les DSI vont devoir aussi faire face à de nouvelles difficultés engendrées par la géopolitique internationale. Car cette dernière va avoir des répercussions fortes sur les actions des DSI d’entreprises multinationales. À la lumière du bannissement de Huawei et des restrictions d’utilisation des technologies américaines mais aussi au regard de la montée d’une souveraineté Européenne dans le cloud et la data, Forrester prévoit que 75% des DSI de multinationales devront se désengager de fournisseurs techniques de longue date pour des raisons purement politiques ! « Le rôle du DSI n’a jamais été uniquement lié à la technologie, rappelle Forrester, mais la posture géopolitique actuelle et la stratégie de la corde raide des plus grandes économies du monde rendent la compréhension des contextes internationaux plus vitale que jamais ».

Les DSI vont devoir travailler main dans la main avec les responsables des achats et de la gestion des risques pour piloter des initiatives visant à localiser les choix technologiques, les partenariats et les modèles de données, choix qui devront être cohérents et compatibles avec la pile technologique mondiale de leur entreprise. Bref, ils devront penser « globalement » mais agir « localement ».

L’IA ne sauvera pas les DSI

Autre mauvaise nouvelle, si une stratégie IA est officiellement en tête des agendas des CEO et PDG, la plupart des DSI en seront écartés ! Voilà une mauvaise nouvelle assez inattendue. Forrester pense en effet que les directions métiers prendront le contrôle total de toutes les initiatives. Les analystes prédisent qu’en 2021 « seulement 10 % des DSI seront un acteur stratégique de la stratégie d’IA de leur entreprise ».
Seuls quelques DSI leaders tireront parti de leur connaissance intime de l’écosystème des données et des technologies de l’entreprise pour accélérer et lui permettre de se différencier grâce à l’IA. Mais la plupart des DSI devront s’appuyer sur des partenaires extérieurs et de contenter de faire ce qu’ils peuvent en insistant sur la gestion des politiques en matière d’IA et la nécessaire gouvernance des données.

Enfin, Forrester prédit que le nombre de télétravailleurs fin 2021 sera 3 fois supérieur à celui qu’il était avant le début de la pandémie. « La culture de travail et l’expérience des employés ont changé à jamais, que cela nous plaise ou non, faisant des DSI qui peuvent permettre de nouvelles expériences sans heurt des attracteurs de talents » expliquent les rapporteurs. Ils ajoutent que « dans les entreprises incapables de délivrer de bonnes expériences utilisateurs à distance, les employés quitteront le navire ou, pire encore, resteront en se montrant sous-productifs ».
Forrester attire d’ailleurs l’attention des DSI sur les technologies du « spatial computing » permettant de générer des jumeaux numériques du bureau et sur des fournisseurs innovants en la matière comme MeetInVR et VirBELA.

Une lueur technologique optimiste dans un paysage 2021 qui s’annonce globalement bien sombre pour les DSI…