Dans un contexte inédit d’incertitude et d’imprévisibilité, la capacité d’une entreprise à s’adapter rapidement pour résister et saisir les opportunités n’a jamais été aussi cruciale.

Par Antoine Gourévitch, Directeur associé sénior, BCG

Avec la pandémie de Covid-19, les indicateurs économiques se sont affolés. Aux États-Unis, elle a provoqué, en deux mois, une chute brutale de 20 % de la consommation et désorganisé 75 % de la chaîne d’approvisionnement.
Au même moment, le déploiement massif du télétravail faisait peser un risque fort sur les infrastructures informatiques.

Les entreprises sont durement mises à l’épreuve. Selon une de nos récentes études, 60 % d’entre elles anticipent une baisse de leurs revenus d’au moins 10 % sur l’année 2020. Sans pouvoir anticiper les conditions de la reprise, sans certitude quant aux évolutions des marchés et des habitudes de consommation, les dirigeants naviguent à vue.

La résilience, révélée comme un facteur déterminant de réussite dans un monde digital en constante mutation, devient une priorité.
Durant les quatre dernières crises survenues depuis 1985, une entreprise sur sept a ainsi réussi à augmenter son chiffre d’affaires de l’ordre de 14 % et à améliorer sa rentabilité.
D’une toute autre ampleur, le séisme provoqué par le Covid-19 intervient à un moment clé de la révolution digitale, accélérant les transformations à l’œuvre dans les entreprises. On n’a jamais autant parlé de résilience en sous-estimant souvent sa portée stratégique. Il ne s’agit en effet pas uniquement de surmonter la crise, mais de préparer toute l’organisation à une nouvelle réalité plus incertaine et plus volatile dans laquelle les approches traditionnelles ne sont plus adaptées.

La résilience, pour être efficace, doit être embarquée dans toute la chaîne de valeur de l’organisation. Nous avons identifié six dimensions particulièrement sensibles :
– protéger et développer ses revenus ;
– déployer l’agilité opérationnelle ;
– monter en compétences ses collaborateurs et son management ;
– accélérer l’appropriation des outils et des plateformes digitales ;
– renforcer la cybersécurité
– et consolider sa gestion financière.

Chacune de ces dimensions ainsi que leurs interactions participent à l’effort de résilience.

Pour construire ce nouveau modèle d’organisation, il faut pouvoir s’appuyer sur des ressources technologiques de pointe dans une logique de complémentarité constructive entre l’homme et la machine (l’entreprise bionique).
Avec la crise du coronavirus, la transformation digitale doit donc encore s’intensifier. Un constat partagé par 75 % des dirigeants interrogés lors d’une de nos enquêtes. Ils étaient également 65 % à prévoir une augmentation de leurs investissements en la matière. Les plus avancées dans leur transformation génèrent une progression de leurs bénéfices de l’ordre de 12 % à 20 %, leur permettant ainsi de financer leurs nouveaux projets.

Ce cercle vertueux milite pour la mise en place d’une stratégie volontariste et structurée. Mais face à l’urgence de la situation et à un environnement économique dégradé, il est essentiel de prioriser en fonction des enjeux spécifiques de l’entreprise et de son marché.

Nous avons toutefois relevé trois grandes étapes dans la construction d’une organisation résiliente.

La première consiste à répondre aux impératifs de la crise, du contexte sanitaire et de la reprise. Chaque entreprise doit choisir ses actions, mais beaucoup d’entre elles privilégient les revenus à forte création de valeur, travaillent sur l’optimisation de leur chaîne d’approvisionnement ou encore développent des process opérationnels agiles. Cela passe par une montée en compétences digitales des différentes équipes et de méthodes de travail collaboratives.

La deuxième phase, davantage tournée vers l’avenir, doit permettre de renforcer la résilience dans les six dimensions évoquées plus haut et considérées comme les plus stratégiques ou les plus vulnérables.

Enfin, la troisième phase explore les investissements à réaliser pour se démarquer sur les marchés et se préparer à des crises futures.

Car, on le pressent, la pandémie de Covid-19 annonce un nouveau monde plus imprévisible dans lequel seule une organisation à la fois robuste et agile trouvera sa place.