Sortie plus forte encore de la crise, la SSII indienne Infosys projette de grandes ambitions sur la France. Interview du dirigeant de la filiale hexagonale qui prévoit 100 recrutements en un an.

Face à Wipro et TCS, plus communicantes, Infosys était jusqu’à présent la plus discrète des grandes SSII indiennes implantées en France. Changement de cap depuis dix-huit mois. Avec l’Allemagne, la France est devenue une priorité stratégique et elle le fait savoir. Objectif : réaliser à terme 40 % des revenus du groupe de part et d’autre de l’Atlantique, contre actuellement 60 % et 22 % en Europe.

Symbole de cette ambition, un Country Manager a été nommé en mars 2010 pour mieux coller aux spécificités hexagonales. Ancien associé d’Accenture (plus de vingt ans de maison), Eric Laffargue a renforcé le management local, recruté un DRH et un directeur marketing. Au nouveau siège de La Défense et sur le site de Toulouse, Infosys emploie 250 personnes, dont 50 % d’expatriés indiens contre 70 % un an plus tôt.

Présente en France depuis 2001, Infosys compte Air Liquide et Alstom parmi ses clients historiques et « plus de la moitié du CAC 40 et des entreprises s’y approchant » selon Eric Laffargue. La SSII vise des sociétés qui lui ressemblent : de grands comptes internationaux dépassant 5 milliards de dollars de chiffre d’affaires. Avec quelques exceptions comme le Conseil de l’Europe ou le groupe Adeo (Leroy Merlin, Weldom, Bricoman…).

01net Entreprises : De quelle autonomie de décision disposez-vous ?

Eric Laffargue : Je construis la stratégie, et appuie certaines offres en prospection. Infosys est très présente sur le manufacturing, la banque-assurance – 35 % du chiffre d’affaires du groupe –, les fournisseurs d’énergie et les télécoms. Les quatre industries clés définies dans le plan Infosys 3.0 qui scelle la verticalisation de notre offre. Il y avait avant une trentaine de business units, c’était beaucoup trop.

J’axe aussi mes efforts sur la distribution, afin de rattraper notre retard dans ce domaine. Par distribution, nous entendons les biens de consommation (LVMH, Danone…) mais aussi la pharmacie. Cette dernière peut, en effet, s’inspirer de certaines pratiques du « retail ».

Nous avons notamment mis au point « ShoppingTrip 360 », une étagère intelligente en supermarché qui capte le nombre de clients qui passent, qui achètent. Une solution sans fil, mêlant matériel et logciel, élaborée à Londres.

EL : Il est prévu une centaine de recrutements en local sur les douze prochains mois. Des chargés de compte, des consultants business (finance, logistique…) mais aussi des profils techniques tels que des architectes et des développeurs seniors.

Je ne rencontre pas de difficultés à recruter en France. Les embauches se font à la vitesse souhaitée tout en restant sélectif. L’offshore est abordé en entretien d’embauche afin de vérifier que les candidats sont aguerris et supportent ce modèle. La plupart viennent de SSII où ils ont déjà confrontés à ce modèle de livraison global. C’est le modèle gagnant, en retard de vingt ans sur l’automobile.

En parallèle, nous faisons venir un nombre important de consultants indiens pour qu’ils aient une bonne compréhension des métiers de nos clients. Ils arrivent en tant qu’expatriés sur de longues durées avec conjoint(e) et enfants, en bénéficiant d’un contrat de travail et d’un salaire français. Un constructeur aéronautique a recruté un de nos chefs de projet indiens pour son département R&D.

Quelle est part de la R&D externalisée dans le chiffre d’affaires ?

EL : L’ingénierie représente un quart du chiffre d’affaires en France. Une centaine de collaborateurs travaillent pour la R&D d’Alstom. Infosys a aussi conçu le plancher de l’A380 – à la fois léger et résistant – pour Triumph Composite Systems, l’un des sous-traitants d’Airbus.

En ce qui concerne le cloud, nous avons mis en place une plate-forme de type App Store pour les opérateurs télécoms de second rang ou des pays émergents. Nous aidons aussi à la migration vers l’informatique en nuage, via notre partenariat avec Microsoft Azure.

Envisagez-vous une acquisition en France ?

EL : Le succès d’Infosys repose sur sa croissance organique. En 2000, nous étions 5 000 employés réalisant 200 millions de dollars. Aujourd’hui, nous sommes 135 000 pour 6 milliards de revenus. Et, ce, sans grandes acquisitions. Infosys a une forte croyance en sa capacité à progresser seul, en investissant.

Pour autant, nous sommes toujours en veille. Une trentaine de dossiers de rachat sont à l’étude. Moi-même, j’en regarde. Avec 3,7 milliards de dollars de cash, Infosys peut vivre un an sans client. Nous avons la marge la plus élevée dans le monde. Ce qui nous rend très exigeant dans nos critères d’acquisition.

Infosys peut aussi s’appuyer sur ses centres nearshore en Pologne et en République tchèque, où nous employons environ 1 000 personnes. Nous misons aussi sur l’île Maurice, peuplée en partie d’Indiens et sous influence française. On y parle anglais et français. Le Maghreb n’est pas une priorité. Je ne suis pas sûr que l’anglais y soit une langue majeure.

Infosys est le mécène de l’exposition Paris Delhi Bombay actuellement à l’affiche du centre Pompidou