Nos compatriotes sont près de 60 000 à apprécier l’esprit innovant qui règne dans la baie de San Francisco. Présents partout, ils cultivent des liens étroits.

Août n’est pas le meilleur mois pour se rendre à San Francisco. C’est celui du “ faugust ”, contraction de fog et august. Un brouillard persistant plane sur la baie et les températures dépassent rarement les 20 degrés. Mais les nombreux créateurs d’entreprise venus lancer leur start up s’en accommodent sans trop se plaindre. De toute façon, leurs journées sont longues, tout comme leurs semaines (de six à sept jours au bureau). Ici, tout le monde s’affaire, et partout. N’allez pas croire que ces jeunes en tee-shirt, installés au café devant leur ordinateur portable, sont en train de surfer sur Facebook. Il suffit de tendre l’oreille pour comprendre qu’ils discutent de business plan, de recrutement, de retour sur investissement… Surprise : ils parlent en français.

Californian dream. Infiltrés chez les géants du Webtels que Google, Facebook ou Paypal, et chez les grands éditeurs de logiciels que sont SAP, Oracle ou Salesforce, nos compatriotes sont partout dans la Valley. Il sont plus de 60 000 à travailler dans la baie de San Francisco, dont environ 15 000 dans les nouvelles technologies. Ils forment la plus grosse communauté d’origine européenne de la Silicon Valley. Le DSI de la ville de San Francisco lui-même, Marc Touitou, se trahit par un accent bien de chez nous. La French Touch n’est plus le domaine réservé de la gastronomie, du bon vin ou de la musique électronique : elle est en train d’envahir les technologies de pointe. “ Les Français sont appréciés. Certes, ils ont du mal avec l’anglais et ils sont un peu trop “ judgmental ” (comprendre : ils ont plus facilement tendance à critiquer qu’à s’enthousiasmer), mais ils sont réputés pour leur esprit analytique et leur interdisciplinarité ”, constate Lara Pagnier, directrice de Parisoma, un espace de coworking de San Francisco. Ainsi, un flot continu de Français se laisse tenter par la Californie.

Récemment arrivé, Thomas Cottereau est l’un d’entre eux. Son objectif : développer Weemo, la start up qu’il a fondée en France et dont la vocation est d’enrichir les logiciels de relation clients avec des outils de vidéochat. Au début de l’année, sa société a levé 3 millions de dollars auprès d’Idinvest Partners afin d’augmenter ses effectifs parisiens et d’ouvrir une filiale à San Francisco. “ Quatre-vingts pour cent de mes clients potentiels (les éditeurs de logiciels) ont leur siège dans un rayon de 40 kilomètres d’ici, explique-t-il. Alors qu’en France, à part Dassault Systèmes et Cegid, les opportunités ne sont pas légion. ” Le travail commercial est désormais géré par l’équipe américaine, composée de cinq personnes. Weemo, qui a déjà conquis Oracle et Tata Communications, compte bien multiplier son chiffre d’affaires par quatre cette année. “ Les contrats sont signés beaucoup plus vite qu’en France ”, se félicite Thomas Cottereau.

Jeff Clavier, Softech VC. Ce business angel enchaîne les bons coups avec son fonds de capital-risque SoftTech VC, installé à Palo Alto. Il a quitté la France en 2000, après le passage aux 35 heures. «Dans un contexte de concurrence mondial, il faut pouvoi