En mettant la main sur le leader des solutions open source, IBM espère se tailler une part du lion dans le domaine du cloud hybride et ainsi renouer avec la croissance. Un gros pari – aux vues des montants engagés – qui est loin d’être gagné…

D’un côté, un géant du secteur informatique qui peine à se moderniser et dont le chiffre d’affaires est en baisse quasi constante depuis cinq ans : IBM. De l’autre, un acteur également majeur du secteur informatique, beaucoup plus jeune, qui doit son succès aux solutions open source qu’il distribue et développe : Red Hat. Quand le premier rachète le second, ce n’est donc pas l’histoire du gros qui mange le petit mais celle du vieux qui cherche à se rajeunir et trouver des leviers de croissance, notamment dans le domaine du cloud. Et, à en croire le montant de la transaction – 34 milliards de dollars alors que Red Hat n’est valorisé que 20 milliards de dollars à la Bourse de New York-, IBM semble miser beaucoup sur ce rachat – une des plus grosses opérations financières jamais réalisées dans le secteur logiciel et la plus importante de l’histoire d’IBM – pour rattraper son retard sur Amazon AWS, Microsoft Azure ou encore Google Cloud Platform.

Selon les modalités prévues par la transaction, Red Hat ira en effet rejoindre les équipes en charge de l’offre cloud hybride d’IBM en tant qu’entité indépendante, apportant ainsi une alternative open source aux solutions propriétaires. IBM déclare vouloir préserver l’héritage et l’engagement de Red Hat dans le domaine du développement open-source tout en capitalisant sur une branche d’activité qui devrait être rentable beaucoup plus rapidement que les investissements réalisés en Intelligence Artificielle avec Watson.
D’autant qu’avec un Red Hat qui fonctionne par abonnements, IBM va récupérer une source lucrative de revenus réguliers. C’est du moins ce que laisse entendre la déclaration de Ginni Rometty, PDG d’IBM, dans le communiqué de presse annonçant le rachat : « IBM va devenir le premier fournisseur mondial de cloud hybride ».
De son côté,Jim Whitehurst, President and CEO de Red Hat, qui restera en poste après le rachat, estime qu’en rejoignant IBM Red Hat pourra étendre son rayon d’action et bénéficier d’une meilleure assise pour « accélérer l’impact de l’open source sur la transformation digitale ».

Reste à savoir comment la communauté open source va réagir à ce rachat, de nombreux intégrateurs s’interrogeant déjà sur le devenir des solutions Red Hat existantes et l’évolution des choses… Et leurs craintes sont d’autant plus légitimes que de nombreuses zones d’ombre subsistent encore, notamment en termes de doublons de produits et de partenaires. Difficile de leur donner tort quand on regarde d’un peu plus près ce que sont devenues les solutions de sociétés pourtant florissantes, telles que Lotus ou encore Cognos, une fois rachetées et noyées dans l’offre de Big Blue…