La succession des vagues technologiques de rupture s’accélère. Celle de l’informatique quantique s’annonce plus rapide que prévu. Un de nos récents rapports évalue son marché à plus de 50 milliards de dollars d’ici 2030. Inspiré de la physique nucléaire, le calculateur quantique, dont la puissance se mesure en qubits, démultiplie la vitesse de traitement d’applications complexes et offrira, demain, des solutions à des problèmes aujourd’hui insolubles. Embarquées dans la course de l’innovation digitale, les entreprises ont tout intérêt à s’emparer dès maintenant du sujet, à évaluer ses débouchés et à se positionner. En effet, les leaders de l’informatique réalisent aujourd’hui des percées significatives. Très actifs sur le marché, Google, IBM, Microsoft, Intel en partenariat avec des chercheurs du MIT ou de Yale réalisent des prouesses techniques et mettent au point des processeurs et des simulateurs quantiques de plus en plus rapides. Les immenses défis à relever avant que cette technologie ne se stabilise et atteigne sa maturité exigeront sans doute un peu plus de deux décennies. Mais l’utilisation des premières générations d’ordinateurs quantiques déjà disponibles ou attendues permet aux entreprises d’acquérir le savoir-faire, les langages de programmation, les méthodes propres à ce nouvel environnement et, surtout, d’explorer ses applications en R&D ou commerciales. Cet apprentissage précoce fera la différence au moment de l’adoption massive de cette nouvelle technologie. Or, on le sait, être le premier à déployer une innovation de rupture digitale représente un avantage concurrentiel déterminant.

Google et Intel ont organisé des communautés, déployé des outils, des simulateurs et d’autres services sur le cloud. En s’appuyant sur cet écosystème, les entreprises devraient faire émerger des systèmes hybrides qui combinent l’approche traditionnelle et l’approche quantique. D’ores et déjà, l’exploitation d’algorithmes quantiques est possible. Les industries chimique et pharmaceutique mènent les premières expérimentations de modélisation en se servant de la vitesse de simulation quantique. On estime que les découvertes de médicaments pourraient augmenter de 5 % à 10 % et que les délais de développement seraient raccourcis de près de 20 %. Autre champ investi par l’informatique quantique, les applications du machine learning. En effet, la puissance des calculateurs débloque la création de valeur des données issues de l’inépuisable sphère de l’Internet des objets.

Si votre entreprise opère une gestion intensive de données ou si son activité implique des modélisations complexes, vous avez tout intérêt à vous y préparer aujourd’hui. Même si nous n’en sommes qu’aux prémices de l’ère de l’informatique quantique, les progrès techniques, nous l’avons vu, s’accélèrent et apporteront rapidement un avantage concurrentiel. Le groupe chimique BASF, le constructeur automobile Volkswagen ou encore l’aéronauticien Airbus mobilisent des ressources pour développer leur expertise quantique. Des éditeurs comme QxBranch, QCWare ou 1Qbit travaillent sur des applications quantiques. Ces entreprises pionnières commencent ainsi à créer leurs propres écosystèmes en y intégrant des centres de recherche comme celui du MIT. Certaines initiatives vont déjà assez loin et concrétisent le potentiel de l’informatique quantique. IBM a ainsi réussi à modéliser, avec précision, la plus grande molécule connue à ce jour. Enfin, au sein des industries intéressées par cette nouvelle révolution technologique, les départements de R&D doivent rester en veille et repérer les avancées techniques de près. Les entreprises doivent également encourager la montée en compétences de leurs data scientists. Dans une économie de la connaissance marquée par des vagues d’innovation rapprochées, il faut se tenir prêt à exploiter le formidable potentiel de l’informatique quantique.  

Antoine Gourévitch, directeur associé senior BCG