Une étude expérimentale indépendante révèle que la qualité audio joue un rôle beaucoup plus important qu’on ne l’imagine dans la valeur perçue d’un discours et de son porte-parole. Appliquées au monde de l’entreprise, ces conclusions appellent à une prise de conscience, rendue d’autant plus nécessaire par l’omniprésence des interactions à distance.

Par Chad Wiggins, Senior Director Networked Audio Systems, Shure Incorporated
et William Zadnik, Senior Applications Engineer, Shure France

La parole d’un dirigeant est attendue, scrutée et passée au crible. En plus d’être transparente, détaillée et factuelle, elle se doit d’être rassurante et de faire appel aux émotions. Plus que jamais, les C-levels jouent leur crédibilité. À quel point la DSI peut-elle faire la différence pour la préserver ?

Moins intelligible, moins crédible.

D’après l’étude “Good Sound, Good Research” menée par le Dr. Eryn Newman de l’Université Nationale Australienne (ANU), en collaboration avec le professeur Norbert Schwarz de l’Université de Californie du Sud (USC), une mauvaise qualité audio influence non seulement la perception du discours mais aussi celle du porte-parole. Délivrer un contenu percutant et de qualité ne suffit pas, même sur des thèmes aussi techniques que la physique, la génétique ou l’ingénierie.

L’étude révèle en effet que lorsque des individus écoutent les enregistrements d’un chercheur scientifique présentant ses travaux, la qualité de l’audio influence fortement la perception qu’ils peuvent avoir non seulement du contenu mais aussi de son émetteur. Les propos tenus restent les mêmes, mais la qualité perçue diffère.

Ces résultats sont extrapolables au monde de l’entreprise. En effet, l’expérimentation menée par Newman et Schwarz compare deux groupes répartis de manière aléatoire, avec comme seule et unique variable la qualité audio, altérée ou non. De plus, elle porte sur une situation d’allocution précise : la prise de parole “one-to-many” que l’on retrouve notamment dans les All Hands meetings ou les webinaires. Que ce soit en entreprise ou dans le secteur éducatif, vous devez être correctement entendu pour être compris.

Les limites de l’acceptable pour une salle de visioconférence ne sont pas celles que l’on croit.

Cette étude nous incite à explorer et à questionner les limites de l’acceptable pour une salle de visioconférence. Quelles sont les variables influençant la crédibilité perçue du message et du porte-parole ? Est-ce une conséquence des niveaux de distorsion ? Des caractéristiques acoustiques de la salle, et notamment de la réverbération ? S’agit-il des limites de la bande passante d’un système ? Ou de la présence d’artefacts dans le signal sonore ? Au final, quelles sont les distorsions de son que l’on peut tolérer, ou pas.

Selon le signal de test STIPA, la valeur recommandée pour un message vocal intelligible est de 0,60 STI. Mais cette recommandation, initialement calibrée pour des centres commerciaux ou des halls de gare, se révèle insuffisante pour les usages actuels en entreprise. Certaines huddle rooms ou salles de visioconférence, qui se situent pourtant dans cette norme, sont loin d’offrir des conditions idéales à la prise de parole.

Notamment lorsque les considérations esthétiques prennent le dessus. Carrelages, murs de verre, briques apparentes, parois lisses et épurées, renvoient l’écho. Radiateurs et vitres entrent en résonance. Ces espaces contemporains présentent d’énormes défis pour les intégrateurs.
C’est pourquoi, dès la conception de la salle, il est essentiel de prêter attention à l’acoustique pour éviter des mises à niveau coûteuses.  

Bien sûr, les technologies permettent de réduire les bruits parasites et d’isoler les voix des personnes présentes, grâce au DSP intégré dans un micro de plafond, un logiciel ou un hardware dédié. Les caractéristiques de directivité des microphones multicapsules permettent de couvrir spécifiquement les endroits où sont positionnés les intervenants afin de capter leur propos et non les bruits environnants de la salle.

Mais du côté des DSI, il est néanmoins impératif de mener une démarche holistique prenant en compte tous les maillons de la chaîne : l’équipement, la salle, les collaborateurs. Au-delà du confort de l’audience, les sons agressifs influencent directement la perception que les participants à une visioconférence ont de l’intervenant. La prochaine fois que vos dirigeants organisent une grand-messe ou que vos commerciaux se connectent pour décrocher un contrat, assurez-vous que la qualité audio soit au rendez-vous. Leur crédibilité en dépend et repose plus que jamais sur les épaules de la DSI.